LIVRE V
du peuple le mystère de la grâce, ea se servant pour cet effet de la langue du pays.
Lorsqu'on apprit cette nouvelle par une lettre du P. Quarré1, on fut dans un étonnement étrange de voir que des personnes qui jusques à ce temps-là avaient témoigné tant de zèle pour la défense de saint Augustin l'abandonnaient si légèrement et si lâchement, et on crut que quand ce conseil aurait été pris dans l'assemblée générale des Jésuites, il ne leur pourrait pas être plus agréable, ne pouvant rien faire qui leur fût plus avantageux que si les disciples de ce grand saint entreprenaient ainsi de se défaire eux-mêmes par leurs propres armes, de censurer leurs propres livres, et d'accorder à leurs adversaires sans combat ce qu'ils ne pouvaient obtenir par tous leurs livres, leurs libelles et tous les efforts de leurs cabales, qui étaient de trouver des erreurs dans les livres qu'ils faisaient pour la défense de la grâce de J.-C.
Ce sont les propres paroles de la lettre fort vigoureuse que l'on adressa au P. Quarré pour lui répondre2.
On joignit à cette lettre une réponse aux objections que Ton avait faites contre le Catéchisme de la grâce, composé par M. Feydeau; et cela fit une si forte impression sur ces docteurs du Pays-Bas que M. Boonen, archevêque de Malines, prit la résolution de ne publier jamais le décret de Home, quoiqu'il l'eût déjà fait imprimer, ainsi que l'on apprit par une lettre du P. Quarré du dernier jour de Tan
Mais le Parlement, qui veille toujours pour empêcher l'érection du tribunal de l'Inquisition en France, et qui n'en reconnaît point l'autorité, conserva encore les libertés de l'Église gallicane par un arrêt de ce même jour, 31 décembre.
Il est vrai que cet arrêt donna quelque atteinte au catéchisme de M. Feydeau, en ordonnant qu'il serait apporté au greffe de la cour; mais ce ne fut que parce qu'il avait été
1. Jacques Hugues Quarré ou Quarrey, entré dans L'Oratoire en 1G18, fut le premier supérieur de l'Oratoire des Pays-Ttas. Il devint chanoine de Malines et mourut eu 1656.
2. L'analyse de cette lettre, on plutôt son texte même reproduit au style indirect, se trouve ici au mauuscrit et dans les copies; mail l'intérêt de ces documents est par trop diminué par la manière dont ils sont présentés, el comme il n'a pas été possible d<> Bavoir de qui •'•tut cette lettre vigoureuse ou a cru ne pas devoir la transcrire.
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i mprimé sans permission et sans nom d'auteur; et il tjtait visible à tout le monde que depuis l'érection du nouvi tribunal de MM. Morel et Grandin en qualité de censeurs livres, il n'y avait plus de permissions, ni de privilèges à pérer dans toutes les choses où les Jésuites, leurs pari amis, pouvaient prétendre quelque intérêt, et encore mo dans celles qui étaient contraires aux sentiments et à la cabale de ces deux docteurs.