LIVRE I
H . Bachelier, François Hallier, Martin, Morel *, et Nicolas Cornet2.
M. de Sens, ne se contentant pas de la censure particulière de ces docteurs, pour une plus grande justification de son procédé, envoya encore à Rome le Chapelet secret afin d'en d'obtenir une condamnation plus authentique, et en même temps il fit publier un petit écrit qui contenait des remarques sur le Chapelet secret, s'étant servi, à ce que l'on crut, de la plume du P. Binet, jésuite, pour composer cette pièce que l'on distribua d'abord écrite à la main, la communiquant à ceux qui s'intéressaient dans cette affaire. Ce différend étant venu jusque là sur un si petit sujet, et contre toute sorte d'apparence, fit beaucoup de bruit, et causa une grande inquiétude à la Mère Angélique qui avait encore d'autres peines plus secrètes dans son nouvel établissement. Ayant fait chercher quelque copie de ce Chapelet dans tout le monastère du Saint-Sacrement pour apporter tout le remède possible à ce mal inopiné, il ne s'y en trouva aucune, non plus que dans le monastère de Port-Royal. Enfin on se souvint qu'on en avait donné une copie à la Mère Marie des Anges 3 par confiance, lorsqu'elle était partie de Port-Royal, pour aller êlre abbesse à Maubuisson, et ce fut de là seulement qu'on la recouvra. Ce qui fait voir combien cet écrit avait été peu communiqué à la communauté, et combien on était injuste de lui en vouloir faire un crime.
1. Claude Morel, adversaire des disciples de saint Augustin. Il mourut en 1679, doyen de la Faculté de théologie.
2. Nicolas Cornet (1592-1663), grand-maître du collège de Navarre, docteur et syndic de la Faculté de théologie, se fit surtout connaître par la dénonciation des cinq fameuses propositions qu'il aurait, dit-on, fabriquées. Avait-il été jésuite? Hermant le dit en plusieurs endroits; Rapin le nie dans ses Mémoires. Son oraison funèbre fut prononcée par Bossuet, son ancien élève.
3. Marie des Anges Suyreau (1 599-16fî8)^ tante de Nicole et religieuse à Port-Royal.
42 MÉMOIRES DE liODEFROI BERMANT