‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 390 sur 524 · livre vr · texte numérisé non relu

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Sur la fin de janvier de cette année 1651, il arriva dans une audience de la grand'chambre du parlement de Rouen une chose qui surprit la plupart de ceux qui en furent les témoins. Le promoteur et l'official de l'abbaye de Fécamp, ecclésiastiques très vertueux et amateurs de la doctrine de saint Augustin, avaient cité peu de temps auparavant en leur juridiction un curé de leur dépendance, pour plusieurs cas sales et déshonnètes, que la discipline de l'Église ne permettait pas que l'on laissât impunis. Cet accusé était un gentilhomme de bonne naissance, homme d'esprit, bachelier en théologie et prédicateur, mais qui rendait ces bonnes qualités inutiles par le dérèglement de ses mœurs et de sa conduite. L'ayant suspendu de ses fonctions par une sentence qu'ils rendirent contre lui, il ne manqua pas de se servir du remède de l'appellation comme d'abus qu'il releva au parlement de Rouen, et prit même à partie l'official et le promoteur, et poursuivit si chaudement cette affaire que la cause fut plaidée à l'audience.

L'avocat qui s'en était chargé commença la défense de cet appelant par la déclaration qu'il fit contre ces deux vertueux ecclésiastiques, les nommant Jansénistes, gens de secte particulière, de doctrines nouvelles, de conduites extraordinaires, lesquels par leur rigueur excessive et l'indiscrétion de leur zèle avaient voulu perdre de réputation ce curé, qui était un gentilhomme de bonne naissance, homme savant, et qui s'acquittait dignement de sa charge. Il n'épargna pas dans son plaidoyer ni les vivants ni les morts, et n'oublia pas surtout M. Guillebert, ci-devant curé, docteur de Sorbonne, accusant ces deux ecclésiastiques d'avoir fait leur apprentissage et établi leur secte rouvilliste ' dans sa paroisse comme voisine de Fécamp. Mais surtout il s'attacha particulièrement à déchirer la mémoire de feu M. Jansénius, évêque d'Vpres, et de ceux qu'il appelait ses sectateurs, apportant en pleine audience la bulle du pape touchant le livre de ce prélat, et s'emportant contre lui avec beaucoup de chaleur à des invectives et des déclamations ridicules.

L'avocat qui parla pour l'official et le promoteur de Fécamp ne laissa pas cet excès sans répartie, et soutint vi-

i. Guillebert était curé <le Rouville, paroisse de Normaudie (Seiue- Inférieure).

goureusement l'honneur et la réputation de la doctrine de ce prélat.

La cause dura trois matinées, et le curé ne manqua pas de réparer par des brigues et des sollicitations extraordinaires le défaut d'innocence et d'équité qu'il savait être dans sa conduite. 11 trouva beaucoup de support et de protection sur ce qu'il publiait partout qu'il avait affaire à des Jansénistes. Plusieurs personnes de condition se joignirent à lui pour solliciter les juges; quelques religieux s'en mêlèrent. Les Jésuites, et entre autres le P. Caussin, y employèrent leurs plus fortes batteries et donnèrent des instructions aux plus considérables du Parlement pour les prévenir contre les personnes, et nommément contre la doctrine.

Mais comme Dieu est absolu sur le cœur des hommes et préside aux jugements que les magistrats prononcent de sa part, il se servit de M. Le Guerchois, avocat-général du parlement de Rouen, pour démêler la vérité d'avec le mensonge et soutenir l'innocence contre l'imposture et la calomnie. Comme il était instruit à fond de la vérité de ces matières, il fit un plaidoyer si fort et si puissant, le dix-huitième jour de janvier, qu'il n'oublia nulle circonstance de tout ce qui était nécessaire à dire pour l'éclaircissement de cette affaire, sur laquelle l'intérêt et la passion des hommes voulaient répandre des nuages et des ténèbres. Il releva avec de très grands éloges la mémoire de M. l'évêque d'Ypres et la doctrine de son livre. Il expliqua nettement la surprise de la bulle ; il n'oublia point d'alléguer, en parlant si avantageusement de la doctrine de ce savant prélat, qu'elle était approuvée par un très grand nombre de religieux de tous les ordres, à la réserve d'une seule compagnie qu'il estimait et honorait, mais qui n'avait point eu raison de s'opposer de la sorte à un grand évêque qui était mort dans la communion de l'Eglise, et qui avait soumis son livre au Saint- Siège avec tant d'humilité qu'on ne lui pouvait rien imputer que mal à propos contre toute sorte de raison et de justice.

Il blâma l'avocat du curé de la hardiesse qu'il avait prise de parler si injurieusement contre M.Guillebert, docteur de Sorbonne. Il donna de grandes louanges à son mérite, à la sagesse de sa conduite, et à la bonne odeur qu'il avait lais-

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