‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 400 sur 524 · LIVRE vt · texte numérisé non relu

LIVRE vt

prétendait avoir été fait dans le chapitre général des Capucins, qui privait ceux de leur ordre de leurs offices, de la faculté de prêcher et d'enseigner, en cas de contravention à la bulle d'Urbain Vlll contre Jansénius. Un capucin de Flandre, qui désirait en être éclairci, ayant interrogé sur ce sujet un provincial de leur ordre qui était à Rome dans le temps de ce chapitre général, il lui répondit publiquement qu'il était étonné de voir ce décret dont on n'avait pas parlé un mot au chapitre ; que c'était à faux qu'on lui donnait ce titre de décret du chapitre général, ne pouvant passer pour tel, à moins que d'avoir été proposé en plein chapitre, et exposé à la consultation des provinciaux et custodes des provinces, qui représentent le corps de toute la religion, et en qualité de députés de leur province, pour être ensuite ou admis ou rejeté à la pluralité des voix. Que ces choses n'y ayant point été observées, ce décret ne pouvait passer pour capitulaire, de sorte qu'en leur chapitre provincial, tenu au mois d'octobre, on n'avait pas seulement parlé de le faire observer; que tout au plus ce ne pouvait être qu'un décret de la définition générale concerté entre des particuliers, et qu'ils croyaient ne les obliger à rien, puisque ne défendant que d'enseigner et de défendre Doctrinam Jansenii damnatam et circumscriptam a Sede Aposlolica, eux autres, aux Pays-Bas, ne connaissaient aucune doctrine de Jansénius condamnée, quoiqu'une bulle subreptice en voulût faire passer une pour suspendue; qu'il osait l'assurer là-dessus que tous leurs lecteurs et tous ceux qu'ils connaissaient de prédicateurs respectaient en Jansénius les sentiments de saint Augustin, et que quand une force majeure obligerait à n'enseigner ni ne soutenir l'évêque d'Ypres, ils ne connaissaient pas d'obéissance si aveugle qu'elle leur fit abandonner la doctrine de saint Augustin pour le molinisme,et quitter les sentiments de l'humilité chrétienne en un docteur de l'Église, pour se perdre dans les routes d'une superbe théologie. On fit imprimer cette lettre de ce capucin de Flandre, écrite le 2 de mars 1651, sans y changer un seul mot ; et un ecclésiastique de Paris qui en avait l'original s'offrit de la faire voira tout le monde.

Mais dans le temps même que ce bon religieux de Flandre témoignait tant de résolution et de fermeté pour la défense d«i la doctrine de la grâce, les colonnes des églises des Pays-

530 MÉMOIRES DE GODEFBOl lil HMANT

Bas étaient déjà fort ébranlées. M. Boonen, archevêque de Malines, âgé de plus de quatre-vingts ans, s'étanl abstenu

de publier le décret de l'Inquisition contre le Catéchisme de la r/râce, composé par M. Feydeau, et ayant fait censurer par la Faculté de Louvain celui du P. l'Henni te, jésuite, avait rendu raison de sa conduite par une lettre écrite au pape, le 28 janvier de cette année 1651.

Le 28 février, l'archiduc Léopold écrivit aux évéques de son gouvernement des Pays-Bas pour la publication de la bulle d'Urbain VJII contre le livre de Jansénius, mais en leur ordonnant de la faire d'une manière qui ne fût pas préj udiciable aux privilèges, libertés et coutumes anciennes, sans y faire aucune innovation, et leur déclarant de plus, que Sa Majesté catholique lui avait écrit du 14 juillet 1650, que son intention était, après la publication et exécution de cette bulle, d'interposer ses prières et son autorité envers Sa Sainteté pour lui demander une revision du livre de Jansénius, et qu'il ne prétendait nullement qu'il se passât rien dans la publication de cette bulle qui pût ternir le lustre de saint Augustin et des autres Pères de l'Église, ni causer aucun déchet et rabaissement à leur réputation, ni au rang et autorité qu'ils ont toujours eus dans l'Église catholique, apostolique et romaine. C'était dorer la pilule, et promettre ce que les Jésuites n'avaient nul dessein d'observer.

Le huitième jour de mars on vit sortir de la presse de l'imprimerie de Bruxelles un placard du roi d'Espagne pour la publication de cette bulle, avec de très grandes peines contre les contrevenants, savoir : d'une amende de cinq cents florins pour la première fois, d'un bannissement de six ans de tous les pays de l'obéissance de ce roi pour la seconde; en ordonnant qu'à l'égard des religieux qui ne possédaient rien en propre, l'amende devait être prise à l'égard du supérieur qui l'avait ou souffert ou toléré, et condamnant les mendiants et leur supérieur même au bannissement en cas de pareille contravention.

Cette ordonnance si rigoureuse fit trembler les plus hardis; Pévèque de Gand publia la bulle par son mandement du 26 mars ; les vicaires généraux de l'église d'Ypres pendant le siège vacant firent la même chose le 27 du même mois ; et enfin l'archevêque de Malines exécuta

Page 1