CHAPITRE XII
Heures du P. Adam ridicules. M. l'abbé Le Roy lui Adresse une lettre
sur sa traduction des hymnes.
Ce fut un étrange aveuglement aux Jésuites, après avoir déchiré par de si sanglantes invectives les Fleures de Port- Royal à cause qu'elles étaient traduites en notre langue, d'obliger eux-mêmes un de leurs Pères des plus hardis cl des plus entreprenants de la compagnie de mettre en lumière une semblable traduction qui le rendit ridicule à toute la terre parla manière pitoyable dont il exécuta ce dessein. Les yeux de l'envie qui les rongeait avaient eu assez de malignité pour leur faire trouver des erreurs et des hérésies dans les Heures de Port-Royal; mais ils ne furent pas assez clairvoyants pour leur faire remarquer les faiblesses, les puérilités et les extravagances de celui de leurs confrères à qui ils donnèrent cette ruineuse commission.
Tel fut le sort du P. Adam qui publia en cette année, vers le mois d'avril, un livre qu'il intitula : Heures catholiques en latin et en français, contenant V office de la Vierge pour toute Vannée; V office des dimanches et des fêtes ; les sept psaumes de la Pénitence, les vêpres, et l'office des Morts, du très saint Sacrement, de la Croix, et du saint Esprit, et quelques hymnes traduites en vers. Avec une instruction pour les catholiques, et quelques prières tirées de C Ecriture sainte et des Pires de l'Eglise, dédiées au roi par le R. P. J<>an Adam, de la compagnie de Jésus.
Le titre seul de ces Heures était un outrage, car en les appelant catholiques, il voulait marquer par là que celles qui avaient été composées auparavant étaient hérétiques, et cela ne s'étendait pas seulement sur la traduction de Port- Royal, mais sur plusieurs autres de notre siècle, ce qui était une témérité et une insolence insupportables.
L'auteur avait voulu faire en toutes choses comme le singe de Port Royal, enobservantla mêmedistribution et la même économie dans toutes les parties de son ouvrage; mais il y
Mois, le 29 mars 1651; 80 p. io 4°, sans lieu ni date. L'auteur anonyme était l'abbé du Trouillas (Etienne Lombard) qui fut gouverneur du comte de Saint-Paul, fils de Mme de Lougueville, et mourut en 1GS9.