‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 404 sur 524 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

avait si mal réussi, et particulièrement dans la traduction des hymnes, qu'il n'y a peut-être guère eu d'occasion où cette société, qui s'est dite si longtemps l'arbitre et la souveraine des beaux-arts et des sciences, ait fait paraître si peu de lumière et de jugement que dans la publication de cet ouvrage, qui fut mis au jour avec la permission du P. de Lingendes1, provincial de la province de France. Et en effet, quoique Horace ne permette pas la médiocrité dans les poètes, et qu'il estime que ceux qui ne font point des vers dans quelque degré d'excellence, ne doivent pas se mêler d'en faire, on pourrait souffrir néanmoins en quelque manière qu'un auteur qui n'aurait pas ce génie de la poésie entreprît quelque ouvrage de cette nature, particulièrement quand le défaut delà forme pourrait être suppléé par l'utilité de la matière. Maison ne pouvait pas justifier l'entreprise du P. Adam par des excuses générales. Le succès des Heures de Port Royal, qui étaient dans les mains de tout le monde, était grand,] et les personnes qui avaient le goût le plus délicat pour ces sortes de productions n'en parlaient qu'avec éloges, et avec les sentiments d'une estime et d'une admiration extraordinaires; c'est ce qui était insupportable aux Jésuites, et ce qui porta le P. Adam à publier sa traduction pour effacer l'éclat de l'autre. Cependant il s'en acquitta si mal qu'il ne recueillit aucun autre fruit de son ouvrage que d'avoir découvert dans une préface l'envie et la malignité de son cœur. Et quand il aurait voulu traduire les hymnes de l'Église en vers burlesques, par une étrange profanation, il n'avait qu'à les composer en la manière dont il exécuta son dessein.

C'est ce que M. l'abbé Le Koy lui remontra charitablement dans une lettre qui fut imprimée en ce temps-là, dans laquelle, après des réllexions générales et importantes, il fit l'anatomie et la dissection des vers de ce Père. 11 suffit d'en rapporter ici quelques stances pour montrer que ce jésuite paraissait également ignorer et les règles de la poésie et celles du bon sens. Voici ce qu'il disait dans l'Hymne de la Passion :

1. Claude de Lingendes, jésuite et prédicateur célèbre (1591-1060). Son cousin Jean de Lingendes, prédicateur également estimé, fut évoque de Sarlat et eusuite de Maçon.

536 MÉMOIRES DE GODKPROI EERMANT

Quand la mort, d'un morceau de pomme

Eut étranglé lé premier homme,

Dieu compatit à son malheur

Et l'honora de sa douleur

Par un amour qui tout excè<l<\

Mais voyant Satan si osé,

Dans sa ruse, il prit le rusé,

Choisissant l'arbre pour remède

Du mal que l'arbre avait causé.

Ainsi la divine Sagesse Du trompeur trompa la finesse ; Et c'est ainsi qu'elle voulut, Pour rehausser notre salut Et mortifier sa malice, Lui faisant reste de raison, Tirer du mal la guérison, Changeant par un sage artifice En antidote le poison.

Le période des années Hâtait nos bonnes destinées, Quand çà bas le Verbe éternel Vient de juge être criminel, Et prenant au sein de sa mère Ce qu'il faut pour payer pour nous, Exécute à ses propres coûts j Cet étrange arrêt de son père :

En la mort d'un, la vie à tous.

Il fit lors ia première brèche Au camp du monde par sa crèche.

Dès lors les sens furent matés Par ses membres emmaillotés.

La chair rebelle en frémit toute; Satan, jadis si triomphant, Le lâche à peine s'en défend; Voire, est déjà tout en déroute Au premier cri de cet enfant.

Mais quoique l'obscurité, la bassesse et les barbarismes de ces quatre stances se découvrent assez d'elles-mêmes, on les remarquera encore mieux en les opposant à celles des Heures de Port-lloijal, qu'il avait voulu effacer par son ouvrage. Car voici ce qu'on y lit, dans cette hymne de la Passion ;

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