LIVRE VI
siècle, que d'avoir donné le rang de ministre à un homme dont l'infamie était si publique.
Mais ce n'était encore là que le commencement de sa vie errante et vagabonde, et après avoir causé un si grand scandale à toute l'Église par sa séparation et sa chute lamentable, il devait exciter de la division et du tumulte dans tous les lieux où il serait obligé de chercher quelque refuge pour éviter les châtiments qu'il n'avait que trop mérités par l'énormité de ses crimes.
Pendant que M. Hermant achevait cette Défense de VEglise, ses confrères étaient occupés au choix d'un doyen, et par une conduite assez bizarre, quoiqu'il y eût dans leur chapitre dix ou onze docteurs de la Faculté, ce qui ne se trouvait nulle part ailleurs dans aucun chapitre du royaume, la pluralité des voix éleva à cette dignité M. Ghaillou, docteur de Sorbonne, qui n'était point de leur corps. Il en apprit la nouvelle avec étonnement dans l'assemblée de la Faculté tenue en Sorbonne au commencement de ce mois, et elle lui fut confirmée peu de jours après par deux chanoines qui vinrent lui faire à Paris les compliments de leur compagnie pour le porter à accepter cet emploi. Sa délibération ne fut pas longue, car n'ayant point de bénéfice depuis six ans qu'il était docteur, quoique entièrement dévoué aux Jésuites dont il avait été le disciple dans tout le cours de ses études, il était ravi de se voir chef d'un chapitre dont peu de mois auparavant il se fût fort contenté d'être chanoine, ayant fait renouveler ses degrés pour cet effet la semaine sainte. Mais ceux des chanoines de Beauvais qui auraient pu remplir cette place n'étaient point agréables à leurs confrères, soit par l'effet d'une secrète jalousie dont les hommes qui vivent dans un même corps se laissent aisément prévenir, soit parce qu'ils étaient dans les intérêts de M. l'évêque de Beauvais, et quelques-uns même du nombre de ses officiers. De sorte que ces considérations ayant partagé les suffrages entre cinq ou six personnes, la pluralité se déclara pour M. Chaillou,qui avait quelques habitudes dans le présidial et dans le chapitre, et dont le père, maître des comptes, était alors seigneur de Nogent-les-Vierges, auprès de Creil dans le même diocèse; outre qu'il était aussi connu de feu M. l'évêque de Beauvais. ami de feu M. de Lancros, président aux enquêtes et oncle maternel de cetabbé.
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Quoi qu'il en soit, uno élection si surprenante eut des suites qui réduisirent l'église de Beauvais aune extrême désolation. Aussi dès que les docteurs attachés à la défense de Molina en apprirent la nouvelle, ils en furent ravis de joie et considérèrent comme un grand secours pour leur parti l'établissement de M. Chaillou dans un diocèse dont l'évêque ne venait presque que de commencer à prendre le gouvernement. Ils avaient vu les disciples de saint Augustin privés d'un puissant secours par la mort de M. de Mondial, arrivée à Carcassonne au mois d'août précédent après cinq jours de maladie. Et ils se promettaient encore de grands avantages du choix que M. Barré ! venait de faire de M. Amyot pour la cure de Saint-Merry. Car par là ils ne se promettaient rien moins qu'une entière destruction de ce que M. Du Hamel faisait de bien dans cette paroisse. Ils faisaient même courir le bruit qu'il avait fait absenter M. Cordon 2, docteur en théologie, son vicaire, pour se garantir de la juridiction de M. l'archevêque de Paris, qu'ils disaient l'avoir fait citer devant son conseil afin d'y rendre compte d'un sermon qu'il avait fait le jour de Saint -Pierre. Mais c'était une fausseté, qui n'avait point d'autre fondement que l'absence de M. Cordon, et cette absence n'était Teffe-t que de l'amour extrême qu'il avait pour la retraite. Aussi dès que M. l'archevêque de Paris reconnut que cette absence était trop longue, il lui écrivit le 16 décembre de la même année 1651 une lettre fort pressante pour l'obliger à revenir, lui témoignant que son éloignement privait plusieurs personnes de son diocèse du secours qu'ils en avaient reçu dans leurs besoins spirituels.
Cependant il y avait quelques docteurs qui tâchaient de s'entremettre de la paix. M. Du Val, professeur du roi en Sorbonne, s'en était mêlé; MM. de Bréda et Gauquelin en parlèrent encore à M. Taignier au commencement du mois de septembre. M. de Bréda s'étant chargé du projet des disciples de saint Augustin pour cet accommodement, on mit entre les mains de M. Dreux celui du
1. Etienne Barré, conseiller au Parlement, chanoine de Notre-Dame, puis premier curé chevecier de Saint-Merry, résigna sa cure en 1652 et mourut eu 1663.
2. Gordon, vicaire à Saint-Merry, puis curé de Saint-Maurice près de Sens, se retira à la Trappe où il mourut en 1685.