LIVRE VI
parti contraire, mais l'ayant lu, on fut d'avis de mettre à la marge qu'il n'était raisonnable en nulle de ses parties.
D'ailleurs il n'y avait guère d'apparence de paix pendant que M. Hallier commettait de si grandes hostilités au dedans et au dehors du royaume. Il y avait près de trois mois qu'il avait écrit une lettre pleine de calomnies adressée au sieur Filleau *, avocat du roi à Poitiers, dans laquelle il disait mille injures contre les disciples de saint Augustin, les accusant d'être sur le point de causer bientôt une hérésie manifeste et un schisme très dangereux. Il parlait aussi de la prétendue censure contre les cinq propositions comme d'une pièce rapportée à la Faculté, et falsifiait tout ce qui s'était passé dans l'affaire des Hibernois. Mais son principal but était en cela de soulever l'Université de Poitiers, disant que les grandes machines, telles qu'était l'Université de Paris, étaient plus difficiles à remuer que les autres.
Il avait pourtant été humilié de la révélation de cette intrigue par le sieur Filleau, qui avait fait imprimer sa lettre contre son intention ; car il mettait toute sa confiance dans le secret de cette cabale, et les faussetés qu'il avait écrites en très grand nombre n'avaient besoin que de la lumière du jour et de la connaissance de ses propres confidents pour se détruire elles-mêmes. Cela l'avait obligé de s'en plaindre par une autre lettre du 26 juillet, adressée au P. de Lavau, docteur en théologie, et prieur des Jacobins de Poitiers. Il mandait à ce religieux qu'il avait été surpris de ce que M. Filleau avait fait imprimer une lettre qu'il croyait être particulière, n'étant qu'une réponse à une des siennes; qu'il lui avait mandé avec la fidélité qu'il croyait devoir à la vérité ce qui s'était passé à la Faculté à l'occasion de la doctrine de Jansénius; qu'il croyait que le même sieur Filleau avait pris occasion de s'offenser d'une thèse qui avait été soutenue aux Jacobins de Poitiers ; mais que son sentiment de lui, syndic, n'avait jamais été de condamner, soit la prédestination gratuite à la gloire, ni l'efficace de la grâce par laquelle nous consentons aux mouvements que Dieu nous donne; que comme les nouvelles
1. .Jean Filleau, sieur de la Rouchetterie (1600-1682), est auteur de plusieurs écrits, notamment de la relation connue sous le nom de : Projet de Bourg fontaine.
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doctrines lui déplaisaient, celles qui avaient eu cours dans l'Ecole lui semblaient ne pouvoir être condamnées; qu'il désirait qu'on en demeurât au même état où on était avant que M. Jansénius écrivît; que ce qui était condamné le fût encore ; que ce qui était problématique fût encore problématique, et que les docteurs demeurassent dans la doctrine qui était parvenue jusqu'à eux, et conservassent l'unité de la charité.
C'était une étrange duplicité, pendant qu'il faisait la guerre à tout le monde par ses impostures, et que, les faisant publier à Rome par un cordelier apostat de ses cousins, il inspirait dans Poitiers le fiel et le venin de sa passion à un avocat du roi, dévoué à toutes les passions des Jésuites, et qui n'avait personnellement que trop de chaleur et d'animosité contre les défenseurs de la grâce de J.-C. Cela avait même produit une entreprise du présidial de Poitiers fort injurieuse à l'Eglise, car sur une fausse supposition de thèses conformes aux propositions condamnées par les bulles, ce présidial, sur les conclusions du sieur Filleau, avait donné une sentence par laquelle il défendait à toutes personnes, de quelque état et condition qu'ils fussent, tant ecclésiastiques, réguliers que séculiers de son ressort, de proposer et soutenir, tant en public qu'en particulier, les opinions de la grâce et du librearbitre f, contenues dans les œuvres de Jansénius ; de soutenir aucunes thèses où elles seraient employées, d'écrire ou faire imprimer et débiter aucun livre, au dedans de son ressort, en faveur de ces opinions, de les enseigner et dogmatiser, à peine de trois mille livres d'amende, d'être les mêmes thèses et livres lacérés et confisqués, de peine corporelle contre les imprimeurs qui auraient contrevenu à cette ordonnance, de laquelle amende les supérieurs des personnes régulières demeureraient responsables.
Cette sentence du 11 d'août fut lue et publiée à son de trompe, le 14e du même mois, en la salle du Palais de Poitiers et par les carrefours de la ville; ce qui faisait voir combien M. Hallier, qui était l'auteur de cette entreprise contre l'Église dont il se disait le défenseur, avait peu l'esprit de paix; et son syndicat qui était sur le point