CHAPITRE XXX
Cabales contre M. l'abbé Le Roy et contre M. Du Hamel. Menaces des Jésuites. Proposition d'accommodement des disciples de saint Augustin avec les thomistes.
'L'esprit de division et de schisme dont les partisans de Molina étaient animés leur faisait toujours commettre de nouvelles hostilités contre les disciples de saint Augustin. M. Séguier, théologal de Paris, en fit ressentir les effets à M. l'abbé Le Roy, chanoine de Notre-Dame, en formant une furieuse cabale dans le chapitre pour l'empêcher de faire le catéchisme dans l'église de Saint-Jean-le-Rond, quoique M. le doyen et les deux curés lui en eussent fait la proposition, et qu'ils en fussent tombés d'accord dans un chapitre. M. le théologal ne lia cette intrigue que par l'aversion qu'il avait des sentiments de cet excellent prêtre, qui était aussi irréprochable et aussi pur dans sa doctrine, qu'il était exemplaire par sa piété et par l'innocence de ses mœurs.
Mais M. Ollier l, curé de Saint-Sulpice, alla encore bien
1. Jean-Jacques Ollier ou Olier (1608-1657), curé de Saiut-Sulpice de 1642 à 1652 ot fondateur du séminaire.
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plus loin, Car l<i Lundi quatrième de décembre, dans l'as- Bemblée des curés, il accusa M. Du Hamel, curé de Saint- Merry, de soustraire les paroissiens de L'obéissance qu'ils doivent à leurs pasteurs, pour les attirer à sa direction ou à la conduite de ceux qui lui appartenaient. M. Du Hamel se soutint avec beaucoup de vigueur, et repoussa par des preuves fortes et convaincantes une accusation si injuste. M. Ollier se trouva extraordinairement embarrassé d'une plainte qu'il lui fit, et qu'il disait avoir toujours dissimulée pour ne point troubler la paix qui paraissait être entre eux; mais que M. le curé de Saint-Sulpice ayant commencé à rompre de son côté, par une accusation sans fondement, il était obligé de déclarer à toute la compagnie la malignité et l'envie de ce pasteur, qui avait dit à des paroissiens de Saint-Merry qu'ils ne pouvaient point en conscience suivre les avis de M. Du Hamel, leur curé, ni ceux de M. Feydeau, ni assister aux prônes et aux catéchismes que faisaient ces deux docteurs, et que quand des paroissiens de Saint-Sulpice lui demandaient permission de s'adresser à eux, il la leur refusait, sous prétexte, disait-il, que c'étaient des personnes qui disaient que J.-C. n'était pas mort pour tous les hommes. M. Ollier se défendit fort mal de cette accusation, et l'embarras où il se trouva en se voyant réduit à la nécessité de se justifier lui-même lui fit dire des choses faibles et ridicules. MM. les curés qui furent témoins de cette querelle firent ce qu'ils purent pour les obliger à s'embrasser avant que de sortir, mais n'en pouvant venir à bout, ils ne leur permirent pas de se séparer avant que d'avoir donné parole de part et d'autre de se réconcilier le lundi suivant. On remarqua particulièrement que M. Chapelas, curé de Saint- Jacques de la Boucherie, avait assez mal fait son devoir dans une occasion si importante, et cela servit pour faire connaître de plus en plus la disposition de son cour.
Dans ce même temps les Jésuites publiaient dans Paris que ceux de leurs Pères qui étaient partis pour Rome afin d'assister à l'élection de leur général s'étaient chargés d'un très grand nombre de mémoires contre les disciples de saint Augustin députés par quelques prélats, et qu'ils contenaient des choses si manifestement hérétiques, que dès qu'on les aurait vues dans Rome, on ne manquerait pas de les mettre à l'Inquisition, ou de les envoyer tous quatre