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dération et par la société des mêmes intérêts. Il ne voulait point laisser à M. Grandin, son successeur, la gloire de faire lui seul toutes choses pour la satisfaction de ces bons Pères, et il était encore frappé de la harangue que ce syndic avait faite en la dernière assemblée aux bacheliers qui demandaient la grâce d'être licenciés. Car, sous prétexte de les exhorter à demeurer fermes dans la doctrine de la Faculté, il leur avait dit qu'ils prissent garde de ne se pas joindre à ceux qui prétendaient la déshonorer et la couvrir de confusion et de honte en se vantant d'avoir d'autres sentiments que ceux qu'elle avait eus devant et après le concile de Trente ; ce qui était continuer ses calomnies contre les disciples de saint Augustin. Il est vrai que l'éloquence de M. Grandin était un peu languissante, mais elle ne laissait pas d'être l'effusion d'un cœur tout dévoué au parti de Molina. Quelle apparence donc de voir relever par l'autorité de l'Église des personnes que ce docteur décriait au delà des monts par ses écrits, dont son cousin, le P. Mulard, avait été le distributeur? Et un coup aussi éclatant qu'aurait été la censure d'un archevêque publiquement reconnu pour n'être pas fort entreprenant ne devaitil point être capable d'imposer silence à ceux qui trouvaient la principale force de leur cabale à semer de toutes parts des bruits vagues et confus?
M. Hallier, qui avait toutes ces vues, crut que M. Du Saussay, officiai de Paris, ne serait point inflexible aux prières qu'il lui ferait en faveur d'une nombreuse et puissante société. Il savait que ce vieillard, non plus que lui, n'était pas sans prétentions, et que l'affaire épineuse de sa nomination à l'évèché de Toul le mettait en état d'avoir besoin de tout le monde, et le réduisait à une espèce de nécessité de ne pas choquer les Jésuites. Il l'alla donc trouver pour le supplier instamment, ou de retenir entièrement cette censure et faire en sorte qu'elle ne parût jamais, ou, si elle avait à voir le jour, de faire que personne ne pût connaître que ce fût le libelle d'un jésuite qui fût flétri par la publication de cet acte juridique.
Il trouva dans M. l'official toutes les dispositions qu'il souhaitait, et il tira parole de lui que cette censure ne contiendrait pas le titre; du livre, mais exprimerait seulement par des termes généraux qu'elle était donnée contre un
livre contentieux fait à l'occasion d'un sermon prêché à Blois un tel jour, sans exprimer ni le nom de l'auteur, ni celui de sa compagnie, ni même celui du libraire et du lieu de sa demeure, afin qu'on pût sans difficulté aucune distribuer la censure d'une main, et de l'autre le livre censuré. Quoique d'autres eussent remontré à M. du Saussay la blessure que cette conduite causerait à l'autorité épiscopale, s'il publiait une censure qui ne fût pas conforme à celles qui se font ordinairement pour découvrir à tout le monde les erreurs grossières des livresque l'on condamne, et les avantages que les Jésuites en tireraient après avoir surpris M. de Paris, toutes ces raisons si pressantes faisaient peu d'impression sur l'esprit de M. l'official. Les Jésuites de leur côté ne s'endormaient pas, et n'avaient garde d'abandonner le P. Brisacier, qui n'avait ni prêché ni écrit que par leur ordre. Ils l'avaient fait venir à Paris avec des lettres de la cour pour détourner M. de Paris de la publication de cette censure, et ce prélat le voyait profondément humilié à ses pieds, le ventre contre terre, n'ayant plus apparence de cette ancienne fierté dont il se vantait publiquement. Mais parmi toutes ces sollicitations continuelles et ces humiliations feintes, Dieu soutenait M. de Paris et lui donnait une vigueur surprenante. Car il renvoya fortement tous les Jésuites, et particulièrement le P. Pigeolet, lui faisant dire qu'après la censure publiée il parlerait à lui et à ses confrères.
Mais enfin au milieu de toutes ces intrigues, M. l'archevêque demeurant ferme fit publier la censure par toutes les paroisses, aux prônes qui se firent le dimanche du 7me jour de janvier. Il se relâcha seulement à effacer de cet acte la qualité de jésuite, le lieu où le livre se vendait et le libraire qui le débitait, et accorda cette grâce aux prières de la cour et d'un très grand nombre de personnes de condition qui la lui avaient demandée ; mais il était demeuré inflexible sur le titre dont il ne voulut jamais leur accorder la suppression. Cette censure fut affichée partout et voici ce qu'elle contenait V.
1. Ici, conformément à ses habitudes déplorables, Hermaut cite au style indirect; il est plus simple de transcrire l'ordonnance même sur un imprimé du temps.