LIVRE VU
Censure de Monseigneur l'Archevêque de Paris contre le livre intitulé : le Jansénisme confondu, par le P. Brisacier, etc.
Jean François de Gondy, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, archevêque de Paris, aux archïprêtres de sainte Marie Magdeleine et de saint Séverin, salut: Ce n'est pas sans grande raison qu'un des plus illustres Pères de l'Église a dit qu'encore que deux yeux suffisent à chacun pour se conduire en particulier, néanmoins l'évêque qui est le pasteur de tant d'âmes en avait besoin de plus de mille pour apercevoir toutes les nécessités de son troupeau et pourvoir à une infinité de désordres qui surviennent incessamment dans son diocèse.
Nous expérimentons de plus en plus cette vérité en celuici qu'il a plu à Notre Seigneur de commettre à notre conduite. Mais nous souhaiterions autant d'yeux que ce saint Père désirait à chacun {sic) prélat, tant pour déplorer par nos larmes les désordres et les scandales qui y surviennent de jour en jour par l'artifice de l'ennemi commun du salut des hommes, que pour y pouvoir apporter les remèdes convenables et nécessaires. Or, entre tous ces tristes événements, un qui est arrivé depuis peu nous a très sensiblement touché. Naguère certain livre a été mis au jour sous ce titre : Le Jansénisme confondu, parle Père Brisacier, avec la défense de son sermon fait à Blois le 29 mars dernier, où cet auteur, sous prétexte de défendre la sainte doctrine de l'Eglise, a tellement exercé sa passion, que non content d'user d'un style très piquant contre ceux qu'il tient pour adversaires, il s'est tant oublié que de charger une communauté religieuse de cette \illc d'infinité de calomnies et d'opprobres, jusqu'à l'accuser d'hérésie quant à la doctrine, et quant aux mœurs d'impureté ; disant même en la page 6 de la 2° partie : que suivant les règles prescrites aux Filles du Saint-Sacrement (qu'elles seront tenues d'observer) Con fera une nouvelle religion quon appellera les Filles impénitentes, les Dés espérées, les Asacramentaires, les Incommuniantes, les Fantastiques, etc., les Vierges folles, etc., tout ce qu'il vous plaira. Dont l'original en sera au Port-Royal, et autre part la copie. En quoi cel auteur inconsidéré nous laxe de connivence à ces désordres prétendus, attendu que cela ue pourrait i 81
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être ainsi que nous ne fussions coupable des mômes crini d'autant que ce monastère de Religieuses esl sous notre pleine juridiction, visite et correction. Mais comme nous sommes fort enclin à pardonner les injures faites à notre personne, aussi sommes-nous étroitement obligé de faire réparer celles qui choquent notre dignité, et encore plus de protéger l'innocence des vierges consacrées à Notre-Seigneur, que saint Gyprien appelait la plus illustre portion de son héritage et la fleur la plus odoriférante de toutes celles de son Église. C'est pourquoi nous avons cru devoir incessamment remédier à un si grand scandale pour en empêcher les effets et éviter les pernicieuses conséquences. De là est qu'après avoir vu et considéré ledit libelle, et icelui fait voir et examiner par personnes doctes et pieuses, nous l'avons condamné et condamnons par ces présentes, comme injurieux, calomnieux et qui contient plusieurs mensonges et impostures; déclaré et déclarons lesdites religieuses du Port-Royal pures et innocentes des crimes dont l'auteur a voulu noircir la candeur de leurs bonnes mœurs et offenser leur intégrité et religion, de laquelle nous sommes assuré par une entière certitude.
Et pour obvier aux mauvaises impressions que cet auteur a voulu donner à ses lecteurs, au contraire nous avons défendu et défendons très étroitement à toutes personnes de lire, vendre ni débiter ledit livre, sous peine d'excomunication. Et à ce que personne n'en ignore, nous ordonnons que ces présentes seront lues et publiées aux prônes des églises paroissiales de cette ville et faubourgs de Paris, et encore imprimées et affichées aux portes de toutes les autres églises, nous réservant de procéder contre l'auteur pour l'obliger à faire réparation de cet excès par les voies de droit et de justice.
Fait à Paris, en notre palais archiépiscopal, le 29 décembre
Signé : J. Franc. P., archevêque de Paris.
Baudouin.