‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 463 sur 524 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

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jésuile, avait fait, et qu'il prétendait maintenir la justice et la vérité de cette censure.

Quant à la condamnation formelle qu'on demandait à ce Père, il répondit qu'il ne s'engageait pas à la faire voir en termes formels et précis, parce que ce n'était pas de quoi il était précisément question entre les pélagiens et les catholiques; mais qu'il la ferait voir par une induction manifeste d'un principe de la foi établi contre les pélagiens et soutenu hautement contre eux par saint Augustin; c'est à savoir que la grâce efficace par soi-même, et qui détermine et applique le libre-arbitre, est nécessaire à toute bonne volonté et à toute bonne œuvre; d'où il inférait que c'est contre la foi [de dire] qu'il y a une grâce suffisante qui ne soit pas efficace.

M. Ollier, voyant que la conférence allait prendre un biais qui ne lui était pas trop avantageux, et que, sans s'arrêter aux personnes, le P. Des Mares et le P. feuillant s'attachaient à la doctrine, prit la parole pour rompre la conférence, après avoir néanmoins protesté qu'il avait peu lu saint Augustin, d'autant que ses infirmités et ses occupations ne le lui avaient pas permis. Il dit donc qu'il n'était pas ici question de distinguer la grâce suffisante comme le P. Des Mares avait fait; mais qu'il s'agissait de répondre en général s'il condamnait la grâce suffisante,, et que, s'il refusait de répondre à cette question, il paraissait qu'il y cherchait finesse et qu'il appréhendait la censure.

Le P. Des Mares répondit : que c'était contre les lois d'une conférence et d'une dispute, de l'obliger de répondre à une question qui pouvait avoir plusieurs sens dont il condamnait les uns et approuvait les autres. Par exemple, qu'il confessait avec les thomistes qu'il y a des grâces suffisantes in aliquo génère, outre lesquelles une autre efficace et singulière, qui n'est pas donnée à tous, est absolument nécessaire; et qu'ainsi il ne pouvait pas condamner la grâce suffisante en général. Au reste, que c'était avec injustice qu'on l'accusait de finesse, car si on peut accuser quelqu'un, c'est celui qui parle en général et qui peut cacher son intelligence sous l'ambiguïté des paroles; mais qu'on n'en peut jamais accuser celui qui en ôte l'ambiguïté par la distinction. Que c'était à Dom de Saint-Joseph de réfuter cette distinction et le jugement que le P. Des Mares en avait fait,

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et qu'on offrait de Lui répondre; que s'il le refusait, le P. Des Mares offrait de le justifier particulièrement et par saint Augustin, et que ce serait à lui de s'en défen Ici- A ce mot de saint Augustin, on s'écria : « Point de saint Augustin qu'avec les autres Pères. » Ce qui obligea le P. Des Mares de dire qu'à la vérité,, ils avaient raison de l'appréhender un peu, parce qu'ils savaient bien qu'il n'était pas pour eux.

M. Ollier continuant à insister sur la demande de répondre en général à la question, et ne permettant pas presque au P. Des Mares d'ouvrir la bouche, M. de Liancourt ne put s'empêcher de témoigner cinq ou six fois qu'il n'était point satisfait du procédé qu'on tenait en cette dispute, et que le P. Des Mares agissait de bonne foi, puisqu'il distinguait si nettement tous les sens qu'on pouvait donner a la question, et qu'il marquait distinctement quels sens pouvaient être catholiques, et quels sens ne l'étaient pas.

Mme de Liancourt se crut obligée d'en dire autant. Et comme le P. Des Mares faisait voir l'injustice de cette prétention, demandant que le P. de Saint-Joseph expliquât en quelle sorte il voulait défendre la grâce suffisante, et qu'excepté celle de quelques thomistes qui la tiennent suffisante en quelque genre, il s'offrait de faire voir que toute autre devait être rejetée et condamnée, jamais le P. de Saint-Joseph ne le voulut faire; mais seulement, prenant la plume, il écrivit cette proposition en général : « Je soutiens que selon la foi orthodoxe, il y a des grâces suffisantes qui ne sont point efficaces, et que l'Église n'a jamais condamné cette thèse d'erreur. » M. Ollier pressa fort le P. Des Mares designer la contradictoire dans les mêmes termes généraux.

Le P. Des Mares ayant protesté de nouveau que c'était une injustice de le vouloir obliger de répondre à une question équivoque, et néanmoins que pour avoir lieu de conférer et de venir au fond de la question, il la signerait même en général, pourvu que ce fût dans le même écrit qu'il avait signé, et au pied de la distinction des trois grâces suffisantes qu'il avait faites, parce que la négation qu'il ferait de la grâce suffisante en général serait relative au sens qu'il lui aurait donné auparavant, et en effet il l'écrivit en ces termes : « Ma créance est qu'il n'y a point de grâce suf-

fisante pour quelque sorte de bieu qui ne soit efficace. Mais M. Ollier ne s'en voulut pas contenter, et insista toujours qu'il l'écrivît au pied de la proposition du P. feuillant.

Le P. Des Mares ne se rendant pas pour cela offrit, par un extrême désir de la conférence, de signer la proposition qu'on lui avait demandée dans un papier à part, qui demeurerait entre les mains de M. le maréchal de Schomberg, à condition que le P. feuillant expliquerait sa proposition, et signerait au pied de sa thèse en quel sens il prétendait que, selon la foi orthodoxe, il y a des grâces suffisantes qui ne sont pas efficaces. Mais le P. feuillant ne voulut jamais y consentir.

Enfin le P. Des Mares, voyant qu'il ne pouvait rien obtenir, dit que pour emporter quelque utilité de la conférence, il signerait sa proposition à part, dans un papier, ou au pied de celle du P. feuillant, mais que, pour ôter l'équivoque, il ajouterait le mot de proprement ou pleinement; c'est-à-dire qu'il signerait que selon la foi orthodoxe, il n'y a point de grâce proprement ou pleinement suffisante qui ne soit efficace, ce que ses adversaires ne voulurent jamais souffrir, et sur cela la conférence fut rompue.

Il y avait lieu pour le P. Des Mares de se plaindre à toute la terre d'un procédé si injuste, et qui faisait voir la faiblesse de ceux qui avaient lié la conférence. Mais ayant été conjuré par M. et Mme de Liancourt de ne rien dire de ce qui s'y était passé pour ne pas blesser M. de Saint-Sulpice, leur curé, il le leur promit, et l'observa si religieusement, que même il n'en voulut rien dire au P. de Gondy qui l'honorait d'une affection particulière, ainsi que ce même Père le témoigna depuis à Mme de Liancourt. Mais le P. Dom Pierre de Saint-Joseph, qui devait être édifié de la retenue et de la modestie du P. Des Mares, prit avantage de son silence, et s'en servit pour déguiser la vérité, ainsi que nous le verrons dans la suite.

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