‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 473 sur 524 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Conférence tenue entre le P. Dom Pierre de Saiut-Joscph et le P. Des Mares imprimée différemment de part et d'autre; et de quelques autres écrits sur cette matière.

La conférence qui s'était faite trois mois auparavant chez M. l'abbé Ollier, qui était alors curé de Saint-Sulpice, entre le P. Dom Pierre de Saint-Joseph, feuillant, et le P. Des Mares, prêtre de l'Oratoire, ayant eu pour témoins des personnes de très haute qualité pour qui M. Ollier avait désiré qu'elle fût faite, et ce qui s'y agita ayant été écrit et signé par le P. Des Mares, et contresigné par M. le maréchal de Schomberg, il était difficile de s'imaginer que des théologiens et des prêtres pussent avoir de telle sorte renoncé à toute pudeur que d'oser altérer par des mensonges une vérité de fait qui pouvait être confirmée par des témoignages irréprochables, et entreprendre de faire passer pour une victoire signalée la plus honteuse de toutes les fuites. Cependant, aussitôt après cette conférence, on n'entendit parler dans Paris que des triomphes que les molinistes vou-

1. Jean Grisel, jésuite (1601-16.17) s'adouua à la prédication et devint recteur du collège d'Orléans.

2. Louis Maimbourg, jésuite (1610-1686), se lit d'abord connaître pat

ses attaques contre Port-Royal. En 1682, à la suite de quelques écrits uu peu vifs, il dut quitter la société par ordre du pape Innocent XI. Kn mourant il laissa ses biens aux Chartreux.

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l)2<> MÉMOIRES DE GODEFBOI BERMAtfl

la'cnt faire croire qu'ils avaient rempoi tés Bur un des plus célèbres disciples <lii saint Augustin. Ils en répandirent le bruit par toute la France ; ils écrivirent dans les provinces, et on le manda de Melun, que le P. Dom Pierrre de Saint- Joseph avait tellement triomphé dans cette dispute que le P. Des Mares n'avait jamais pu dire mot. Ils se vantèrent même qu'on verrait bientôt, par le changement de M. et Mme de Liancourt, combien grand était l'avantage que le P. feuillant avait remporté sur la cause des jansénistes. Et, enfin ayant su que le P. Des Mares était parti de Paris pour faire un voyage à la campagne, d'où ils crurent que les troubles qui étaient alors dans le royaume l'empêcheraient de pouvoir retourner sitôt, son absence leur donna encore plus de cœur, et les porta à imprimer et publier, sous le titre d'une Lettre d'un ecclésiastique à un évêque, une relation de cette conférence tellement remplie de faussetés et de mensonges que ceux qui en savaient la vérité eurent peine à revenir de l'étonnement que cette lecture leur causa1. Car ce feuillant ne craignait pas, pour autoriser ses mensonges, d'en prendre à témoin le P. Des Mares même et les personnes de condition qui avaient assisté à la conférence : « Voilà, disait-il, après avoir étalé ses faussetés, ce qui s'est passé dans la conférence dont on vous a entretenu ; le P. Des Mares est trop honnête homme pour désavouer cette vérité, et quand il voudrait faire ce tort à son caractère que de la nier, je présume tant de la vertu et de la sincérité de ceux qui asssistèrent à cette conférence, que je ne crois pas qu'il s'en trouve un seul qui n'avoue que le récit que je viens d'en faire est très véritable. »

On entra pour le réfuter dans la voie qu'il avait marquée lui-même; un savant théologien en écrivit à M. etMme de Liancourt en leur envoyant la lettre de ce feuillant imprimée avec une relation de la conférence dressée par le P. Des Mares, qu'il savait que ce duc et cette duchesse avaient déjà signée comme étant entièrement conforme à la vérité,

1. La Lettre d'un ecclésiastique à un évèyue est visée dans le titre même de la Relation publiée en 1652 par le P. Des Mares. A la p. 17 de cet opuscule on lit parallèlement et le texte de la Lettre et les Remarques du L*. Des Mares. Le feuillant répliqua par une seconde lettre à laquelle Des Mares répondra encore, comme on le verra par la suite de ces Mémoires.

afin que, conférant de nouveau ces deux relations contraires, ils pussent mieux juger de la vérité de Tune etde la fausseté de l'autre. M. de Liancourt lui répondit qu'il était obligé de lui dire que la relation du P. Des Mares était très exacte et très fidèle, et que l'autre, imprimée du côté du P. feuillant, lui paraissait si fausse qu'elle le surprenait, et qu'il ne pouvait croire que ce fut un des témoins qui l'eût faite ; que c'était le témoignage qu'il croyait devoir rendre à la vérité. Mme de Liancourt répondit de son côté que M. de Liancourt écrirait à ce théologien sur l'imprimé de la conférence qui était une étrange chose; que si c'était du P. feuillant, elle priait Dieu qu'il lui donnât plus de mémoire pour dire la vérité de ce qu'il avait su, et plus de lumière pour connaître celle qu'il ne savait pas encore.

Ce théologien fit aussi tenir au P. Des Mares cette lettre imprimée par le feuillant, afin qu'il jugeât si ce serait faire tort à son caractère que de ne la pas reconnaître pour véritable. Mais les apostilles que le P. Des Mares y fit en moins de deux jours montrèrent qu'il ne pouvait pas ne point rejeter tant d'impostures grossières dont cette lettre était remplie, et qui n'étaient pas seulement détruites par le témoignage des personnes -d'honneur et de très haute condition qui avaient assisté à la conférence, mais par les actes mêmes de la conférence, c'est-à-dire, par tout ce qui avait été écrit et fait par les parties.

Comme les lois de la charité chrétienne obligeaient à ne pas croire facilement qu'un religieux et un prêtre eût été capable de commettre de si étranges faussetés, le théologien qui avait poursuivi l'éclaircissement de ce fait voulut encore savoir si le P. Dom Pierre de Saint-Joseph avouait cette lettre imprimée, et s'il avait l'assurance de soutenir que le récit qui y était fait de la conférence fût véritable. Ayant donné ordre qu'on l'apprit de sa propre bouche, ce religieux déclara plusieurs fois à un honnête homme qui l'était allé voir pour cet effet, sans lui confesser ouvertement et sans lui nier aussi qu'il fût l'auteur de cette lettre, qu'elle n'avait été publiée que par son aveu et par son ordre, et il l'assura que la conférence s'était passée comme il était rapporté dans cet écrit.

Après avoir reçu tant de déclarations si authentiques d'un fait si solidement établi par des preuves incontes*

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tables, on en fit un corps qui fut donné au public, et qui, outre ces témoignages irréprochables et les apostilles de ce prêtre de l'Oratoire, comprenait aussi une de ses lettres, écrite de Jodeiais au Perche, le 23 août, avec une autre écrite de Paris, le 1er jour de septembre, par cet homme d'honneur qui avait appris du feuillant que cette lettre à un évêque était écrite par son aveu.

On n'aurait pas cru que le P. Dom Pierre de Saint-Joseph fût capable de renouveler ses plaintes après avoir été démenti si positivement par ceux au témoignage desquels il avait bien voulu s'en rapporter; mais il crut que de nouvelles impostures feraient subsister ses premières calomnies. Il écrivit une seconde lettre, sous le nom d'un ecclésiastique à un évêque. Et parce que le P. Des Mares, désirant renouer la conférence dans le temps qu'elle fut rompue par la fuite de ce feuillant, et lui ôter tout prétexte de brouiller la question, lui avait envoyé dès le lendemain trois ou quatre thèses de la grâce, il les fit imprimer au bout de trois mois, sous le nom de Confession de foi du P. Des Mares ; après avoir employé beaucoup de temps pour y répondre, et la fit crier sur le Pont-Neuf, mais après en avoir retranché et falsifié plusieurs paroles essentielles. Cela lui attira une réplique d'un docteur en théologie qui par une lettre, signée Saint-Clément, découvrit tout de nouveau ses impostures. Mais l'opiniâtreté à soutenir le mensonge contre sa propre conscience fut la ressource perpétuelle de ce feuillant, et il écrivit jusqu'à huit lettres sur cette matière, qui ne servirent qu'à augmenter sa confusion et sa honte. On l'abandonna à son esprit d'effronterie, parce que toutes les personnes équitables étaient convaincues de ses fuites, de ses chicaneries et de sa mauvaise foi. Et quoiqu'il se persuadât injustement que c'était avoir répondu que de n'avoir pas gardé le silence, on crut qu'un homme qui avait renoncé à tout honneur et à toute sincérité se détruisait assez de luimême sans le poursuivre encore davantage. M. et Mme de Liancourt eurent horreur de cette conduite, et au lieu de se séparer du P. Des Mares, comme il le faisait publier, ils l'ont gardé auprès d'eux toute leur vie, et trouvé leur consolation à mourir entre ses mains.

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