LIVRE VIT G
et prises de force ; que celles que la tyrannie et la violence ont bâties de la solitude et des ruines des provinces? Qui croira qu'il n'y ait de beaux meubles que ceux qui sont humides des larmes de la veuve; que ceux qui sont teints du sang de l'orphelin ; qu'il n'y ait d'agréables festins que ceux qui se font de la moelle et de la substance du peuple? qui croira qu'il ne se puisse faire un bon conte, si la médisance et l'impiété n'y sont mêlées? que la volupté ne puisse plaire si elle ne noircit? qu'elle ne puisse être divertissante, si elle n'est honteuse? » De sorte que, selon ces maximes, un marchand par exemple, qui n'a point ruiné les provinces, qui n'aura jamais eu de part dans les partis qui sucent le sang des orphelins et font pleurer les veuves; mais qui se sera enrichi ou par le change ou par un trafic, même légitime, pourra sans scrupule de conscience bâtir des palais de prince, faire profusion de vanité en meubles et de gourmandise en festins. Enfin l'auteur de cette lettre rapportait au P. de Lingendes que son confrère employait un chapitre entier pour prouver ce beau titre : « que l'austérité n'est point nécessaire, et que, pour l'exécution de ce beau dessein, il soutenait qu'il n'est point nécessaire d'être le persécuteur et le tyran de sa chair, d'être le comité et le bourreau de ses sens, » ce qui était dire que saint Paul avait grand tort de châtier son corps ; que Job n'était pas sage de faire un accord avec ses yeux afin de ne pas voir ce qu'il ne pouvait pas légitimement souhaiter; que saint Jean sortant du désert était un extravagant, et saint Pierre après lui de commencer leurs prédications par la pénitence, et ce qui était tout à fait conforme à ce que disent les impies et les athées dans le deuxième chapitre de la Sagesse : Venez donc, et jouissons des biens qui se présentent, et usons des plaisirs de la créature pendant notre jeunesse etc.; n'ayant oublié que d'ajouter les termes suivants que le lecteur peut suppléer : Quoniam hssc est pars nostra, et hœc est sors.
Mais quelque remontrance que l'auteur de cette lettre fit au P. de Lingendes de lever le scandale que ce livre avait causé, de former une religion d'Épicure, afin de plaire aux épicuriens et aux épicuriennes, et de quelques menaces dont il usât en lui prédisant que celui qui des pierres peut susciter des enfants à Abraham, et qui, dans cette occasion,
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était si sensiblement outragé par ceux qui étaient plus obligés de le reconnaître, n'armât des mains et des langues pour sa défense, le P. Le Moine se maintint paisiblement dans le droit de joindre la dévotion à la galanterie et l'impiété; et Dieu fît voir par ce terrible aveuglement de la compagnie des Jésuites, ce que l'on peut attendre raisonnablement de ces aveugles qui font gloire d'en conduire d'autres.
Le 9 de décembre, il se soutint dans l'école des Carmes déchaussés de Lyon une thèse dédiée à saint Thomas comme au grand oracle de la théologie, qui contenait ses sentiments sur la matière de la prédestination et de la grâce. Ses passages étaient à la tête de cette thèse sous le nom d'oracles, et ensuite les assertions du répondant.
Entre les libelles que publièrent les molinistes en cette année 1652, sans noms d'auteurs, il y en eut un qu'ils qualifièrent : Les Jansénistes reconnus calvinistes par Des Marets; un autre imprimé à Alençon qu'ils qualifièrent : Instruction catholique sur les questions du temps] un autre qu'ils nommèrent : Pratique de la confession sacr amentale tirée de saint Augustin. Ces deux derniers parurent au mois de septembre.
Pendant le mois d'octobre, il en parut un autre écrit en style tout à fait barbare, sous ce titre : Le sang de J.-C. versé pour le salut de tous les hommes, au soutien de M. Le Bel, etc., contre un professeur en théologie qui enseigne le contraire. Il voulait flétrir par ces paroles le P. de Folleville1, de l'Oratoire, qui pour se défendre de cette imposture fit imprimeries thèses où il avait présidé, et qui avaient été soutenues, trois mois auparavant, par le sieur Robert Raoul, du diocèse de Séez le 3 juillet 1652.
Il parut un autre livre intitulé : S. Augustini liber de corruptione et gratta explicatus et notis illustralus, cum animadversionibus in versionem Arnaldi, per P. Ant. Valier S. J.
On vit sortir de la boutique de Sébastien Cramoisy un fort grand volume, qui avait pour titre : « Antijansenius, hoc est selectœ Disputationes de hieresi Pelagiana et semipelagiana ; deque variis statibus naturœ humance, et de gratia Christi salvatoris, in quibus vera de illis doctrina proponi-
1. Philippe de Folleville, docteur en théologie de la Faculté de Gaen, entra à l'Oratoire en 1634, et mourut en 1675.