LIVRE VII
Consultum voluisse putat, dum caetera turba Dissimulante Deo, nec opem praestante, perenni Mergitur occasu; tanquam non gratia cunctos Oblata illiciat, vitioque sit irrita nostro, Cui nos deficimus, non déficit illa voJentesi.
Ainsi, il voulait qu'un prélat illustre fût devenu plus malicieux que Luther et que Calvin pour avoir fidèlement rapporté les sentiments de ce saint docteur touchant le prix de la mort de J.-C, comme si c'eût été un crime de n'avoir pas trempé dans l'hérésie des semipélagiens. Aientium (ce sont là les propres termes du P. Petau) Deum velle omnes salvos fîeri, sed eorum volunlate fteri ut non salventur.
M. Arnauld, répondant alors au P. Brisacier pour soutenir la censure de M. l'archevêque de Paris, lui en fit un juste reproche, et fit voir que cet excès était d'autant plus insupportable en la personne du P. Petau, qu'il était parfaitement convaincu que les sentiments de M. d'Ypres sur cette matière étaient tout à fait conformes à ceux de saint Augustin. Car quoiqu'il y eût renoncé dans le dixième livre de ses Dogmes ecclésiastiques, il les avait déjà établis dans le neuvième qui était imprimé avant l'édition de Jansénius ; et on ne pouvait attribuer cette inconstance qu'à un pur esprit d'animosité et de cabale, qui le portait à accuser cet illustre évêque de n'être pas semipélagien, comme il le devenait dans ses vers en se servant des expressions de ces prêtres de Marseille. On voyait en cela un effet visible de la passion de ce fameux jésuite qui voyait mourir avec lui sa réputation, et qui se vengeait du mauvais succès de ses livres si solidement réfutés ; et M. Arnauld disait qu'il avait mieux dépeint la maladie de son esprit que celle de son corps en concluant cette satire par ces paroles :
Petavius aeger Cantabat, veteris quaerens solatia morbi.
Le P. Petau, qui devait être touché d'un juste remords de conscience après une conduite si inégale et des excès si prodigieux, voulut justifier son inconstance et son animosité par de misérables défaites. Car il y répondit d'Orléans, lieu
\. Ces vers, d'assez bonne facture, sont empruntés à uq ouvrage de Petau intitulé: Addenovefam, urbis patvonam, saturum carme u.„ Paris, Crainoisy, 18 p. in-'»°.
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de sa naissance, par une lettre adressée à un de ses amis ', et il prétendit n'être pas contraire en cela à lui-même, quoiqu'il eût écrit dans le premier tome de ses Dogmes ecclésiastiques que les hommes sont destinés au salut éternel avant que Dieu ait prévu leurs mérites, et que ce n'était pas là seulement le sentiment de saint Augustin ; mais que tous les catholiques l'ont reçu comme un article de foi. Il crut s'en tirer en disant que ce qu'il avait dit, que les saints Pères, les docteurs, les papes et les conciles ont reçu comme catholique la doctrine de saint Augustin, ne devait s'entendre que de ce que ce saint docteur a enseigné de la doctrine de la grâce et non de celle de la prédestination. Et quant à ce qu'il s'était servi dans ses vers des expressions et des sentiments des semipélagiens condamnés par saint Prosper, il prétendait que ce saint docteur ne s'était point attaché à condamner les expressions de ces prêtres de Marseille, mais seulement leurs erreurs, et que lui, P. Petau, avait employé leurs termes sans suivre leurs sentiments, à l'exemple de quelques Pères de l'Église qui avaient employé en de certains temps des expressions des hérétiques qui avaient été condamnées en d'autres rencontres et en d-'autres sens. Cependant il concluait ce misérable galimatias par une horrible détestation de la doctrine de saint Augustin, et voulait en faire comme une profession de foi dans laquelle il voulait mourir. « Quammeam professionem, disait il, tanquam ultimam ac cycneam vocem ita obsignatam relinquere statui ut in ea salutem omnem ac pietatem quâ religiosus ad hanc diem haberi studui, verti ac contineri perpetuo velim. » Une prière de cette nature, qu'il faisait le 8 de septembre, était une espèce d'imprécation qu'il prononçait contre lui-même ; et il put savoir l'onzième de décembre de la même année s'il était aussi aisé d'en rendre compte devant le tribanal de Dieu que d'abuser de la patience des hommes. Son inconstance fit connaître de plus en plus ce que c'est que d'être attaché par des vœux et par toutes sortes d'engagements à une société dominante, puisqu'ayant connu la pénitence et la grâce, qui sont deux des plus importantes vérités de notre religion, il avait étouffé ses propres lumières en désavouant, pour répondre à M. Arnauld, ce qu'il avait
!. « D. Petavii... ad amicuin quemdam epistola ». Paris, Cramoisy, 8 p. in-4°.