‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 479 sur 524 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE Vil

établi par ses notes sur saint Épiphane, et rétractant ce qu'il avait dit à l'avantage de saint Augustin, pour favoriser la passion de sa compagnie contre M. d'Ypres. On ne lui ravit point l'honneur d'avoir été fort savant dans les langues et dans l'histoire ; mais son histoire particulière sera étonnante, et apprendra à tous les siècles que la doctrine de la foi n'est pas un jeu.

Des écrits qui se publièrent pendant cette année hors du royaume sur la matière de la grâce.

M. Sinnich, docteur de Louvain, prit cette année l'occasion de l'explication d'un endroit de saint Augustin sur le psaume 36, pour publier un gros volume touchant notre retour en la Jérusalem céleste qui est notre véritable patrie, et il l'intitula : Cetidonii Nicasi Subiriensis theologi Peregrinus Bierosolymitanus, sive Tractatus quinquepertitus de quintuplici notitia peregrinantibus per mundl hujus eremum in supernam Hierusalem, necessaria. Il n'a donné que les trois premiers livres de cet ouvrage, et les deux autres n'ont jamais paru, quoiqu'il ait vécu longtemps après sa publication.

L'Angleterre nous donna aussi cette année un écrit d'un docteur catholique, qui portait pour titre : Mens. D.Augustini de gratia.

On vit sortir des presses de Mayence le livre d'un jacobin contre M. d'Ypres, sous cette inscription : D.Augustini et Sanctorum Patrum de libero arbitrio interpres thomisticus adversus Cornelii Jansenii Yprensis doctrinam prave defensatamin Theriaca Vincentii Lenis. Auclore Alexandro Sebillc Ord. Praed. S. Th. D. Leopoldi concionatore Mayent. in. fol.

Un autre auteur publia au mois de novembre, en quelque endroit hors du royaume, comme il paraît par le caractère de l'impression, un petit écrit intitulé : Utrum sit damnandus Jansenii Augustinus.

Dans le temps même que les disciples de saint Augustin écrivaient pour l'Église contre les Notes de Samuel Des Marets, ministre de (Jroningue, sur le catéchisme de la grâce*

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le sieur Yalentin Randour, docteur en théologie et professeur royal dans l'Université de Douai, prit occasion d'une harangue qu'il avait à prononcer dans les écoles publiques en donnant le bonnet à un licencié, curé de Bruges, pour noircir tous les disciples de saint Augustin, comme étant prêts de se séparer de l'Église. Il était si peu informé de la vérité du fait dont il voulait tirer tant d'avantage en faveur des Jésuites, qu'il débitait, contre toute vérité, que le catéchisme de la grâce avait été imprimé à Amiens; il ne faisait nulle difficulté de dire que ceux qu'il appelait jansénistes (doutant néanmoins qu'il y en eût dans le monde), c'est-à-dire ceux qui selon lui attachaient la liberté de l'homme à une nécessité brutale de pécher sans grâce, et de faire de bonnes œuvres avec la grâce, qu'il accusait d'astreindre à la discrétion des hommes la puissance de lier ou de délier, de faire des lois doctrinales sur la matière de la foi et des mœurs, étaient des personnes de qui Samuel Des Marets espérait que dans peu de temps ils fouleraient aux pieds la sainte hostie; qui prononceraient des blasphèmes contre les saints; qui déchireraient et mettraient en pièces les saintes reliques et les images de la Vierge, de la Croix et de J.-C; et, sur la fidèle caution de ce ministre de Hollande dont il envenimait les paroles et les conséquences, il s'emportait aux dernières invectives, qui ne pouvaient être mieux appliquées qu'à sa personne, en disant aux disciples de saint Augustin : Erubescite, Ë xhorrescite1? etc. Proh pudor, dolor, error in fide maximus. 11 ajoutait ces dernières paroles à cause de la protection que le Conseil de Brabant voulait donner à M. l'archevêque de Malines et à M. l'évêque de Gand indignement traités par la cour de Rome.

Toute cette harangue séditieuse se terminait par de basses flatteries à l'abbé de Sainte-Anastasie, en disant que pendant les dix années qu'il avait fait pour le pape la fonction de ministre pour les affaires de la religion aux Pays-Bas, il avait soutenu tout l'effort de cette tempête dont le bruit était venu fondre sur sa tête, et qu'il allait en poste en recevoir la récompense de la main même du Saint Père. 11 l'exhortait de représenter à Sa Sainteté que la répu-

1. Le ras. ajoute ici quelques ligues latines très difficiles à lire, et de uul intérêt; ou peut les supprimer sans inconvénient.

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blique catholique par les Jansénistes de Des Marets selon le suffrage de ce ministre1. Il le priait de conjurer le pape de ne se point épargner la peine de condamner tout de nouveau cette doctrine, quoiqu'elle eût déjà été condamnée par Pie V et ses successeurs; de prononcer les oracles de la vérité et d'armer contre les enfants rebelles de l'Église tous les fidèles docteurs de la vérité pontificale. Il l'assurait d'avoir pour ses associés les très illustres prélats, l'archevêque de Cambrai et l'évêque de Tournay, qui étaient unis dans les Pays-Bas par une sainte alliance, tous deux munis de la foi très pure de leur Faculté de théologie et de leur Université, et qui s'étaient dévoués tous deux pour soutenir l'infaillibilité du Saint Siège apostolique. Il louait l'un de s'être opposé comme un rempart pour la maison de Dieu pendant l'espace de dix-huit ans, lorsqu'il était évêque d'Anvers, contre la doctrine des Jansénistes alliés aux Hollandais; et l'autre d'avoir animé toutes les provinces du Pays-Bas d'un esprit très généreux et presque divin depuis qu'il avait été élevé à la prélature; et il déclarait avec douleur que s'ils ne se fussent opposés tous deux contre le torrent du siècle, il ne savait à quoi les affaires de la religion se trouveraient réduites au temps qu'il prononçait cette harangue.

Il la prononça le 14mc jour de mai, et messire Gaspard Némius, qui d'évêque d'Anvers avait été transféré au siège archiépiscopal de Cambrai, ayant pris possession de cette dignité dès le 19 de mars de la même année, ce professeur assisté de quatre de ses collègues, savoir : les sieurs Théodore van Converden, Jacques Randouret Mathias Gertman, lui dédia un ouvrage de sa façon et de la leur sur cette matière le 4mc jour d'août de la même année*.

La solidité du jugement de ces bons docteurs ne peut mieux se remarquer que par une histoire fort agréable qu'ils racontent pour établir la possibilité de l'état de pure nature. Nous savons bon gré, disent-ils, à ceux qui ajoutent foi à une certaine histoire du Pays-Bas touchant un enfant qui vint autrefois au monde, et qui n'était ni juste ni injuste, parce qu'il n'avait pas de péché originel. N'était-il donc

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