LIVRE VII
plus confidents firent le matin tous leurs efforts pour l'empêcher d'aller au Louvre, le 19 de décembre, mais il y alla et il y fut arrêté après avoir salué la reine qui allait à la messe du roi, une demi-heure après qu'il y fut entré. Ceux qui se saisirent de sa personne ne trouvèrent dans sa poche qu'un sermon écrit de sa main qu'il préparait pour le prêcher à quelques jours de là aux prêtres de l'Oratoire, en la fête des grandeurs de Jésus. Il fut conduit à Vincennes, renfermé dans une chambre exposée à toutes les injures de l'air, sans autre lit pour les premiers jours que de la paille dans le temps le plus rigoureux de l'année, dans un hiver où la froidure était extraordinairement âpre, sans feu, et avec tant de dureté, que ses gardes demandèrent si on les voulait faire mourir aussi bien que lui. Ce traitement rigoureux l'ayant fait tomber malade, il demeura longtemps sans assistance de chirurgien et de médecin.
Le jour même de cet emprisonnement, le chapitre de Notre-Dame s'assembla deux fois sur ce sujet et députa vers le roi et la reine; mais cette députation fut inutile. Le 20, on exposa pour ce sujet le Saint Sacrement dans toutes les paroisses de Paris pendant plusieurs jours.
Le vendredi 21 décembre, M. l'archevêque de Paris alla au Louvre à la tête de son clergé, qui était composé du chapitre de sa cathédrale, de tous les curés de Paris et de beaucoup de supérieurs des maisons religieuses. 11 eut beaucoup de peine à obtenir son audience, et parla avec un très grand courage, et beaucoup mieux que l'on n'attendait de lui. Sa conclusion fut que si l'on n'avait point d'égard à ses plaintes qui étaient celles de l'Église, et si l'on persistait à retenir celui qui était un autre lui-même dans le diocèse, il se servirait de l'autorité que J.-C. lui avait donnée en qualité de ministre de son Église.
Le lendemain, M. le recteur de l'Université de Paris alla au Louvre pour demander la liberté de ce cardinal. Entre les docteurs en théologie, M. Hennequin fut le seul ancien qui l'accompagna; mais il était suivi d'une nombreuse jeunesse. On lui fit mille difficultés pour lui accorder l'audience qu'il demandait; mais il ne se rebuta nullement de tout ce que M. [de] Saintot lui put dire pour lui en faire perdre l'espérance. Il fut introduit devant Sa Majesté sur le midi: sa harangue était assez bien faite s'il eût trouvé
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quelque disposition dans les esprits de Leurs Majestés. Et sur ce qu'on lui avait demandé quel intérêt il prenait dans la poursuite de la délivrance de M. le cardinal de Retz, il répondit qu'il le redemandait comme le prélat de l'Université, comme l'un des premiers Pères de l'Eglise, comme l'un des plus éminents cardinaux de la cour romaine, comme l'un des plus qualifiés et des plus relevés docteurs que la Faculté de théologie possédât. Alors M. le chancelier, qui répartit pour le roi, parla d'une manière qui n'était pas tout à fait conforme à un père et à un protecteur de l'Université de Paris, quoiqu'il ne dît rien dont on pût prendre sujet de se plaindre qu'il l'eût maltraitée. Il lui recommanda de demeurer dans son ordre jusqu'à ce qu'il plût à Sa Majesté de faire la chose sur laquelle elle venait de lui porter ses remontrances par la bouche de son recteur.
Le pape n'en apprit la nouvelle que par la bouche de M. le bailly de Valençay, ambassadeur du roi auprès de Sa Sainteté, et dans l'émotion que lui causa une chose si surprenante, il s'écria en ces termes : « Mon Dieu! combien d'accidents étranges arrivent sous mon pontificat ! » Il se plaignit de ce qu'on ne lui avait pas envoyé à Rome M. le cardinal de Retz, au lieu de se servir d'une voie aussi violente qu'était celle de l'emprisonnement, et rejeta sur le cardinal Mazarin une action si odieuse.
Mais outre les discours généraux que M. l'ambassadeur lui fît sur la souveraineté du roi et l'obéissance que lui doivent ses sujets, de quelque condition qu'ils puissent être, il lui témoigna qu'il était surprenant et qu'il était étrange que Sa Sainteté fît des plaintes de cet emprisonnement, après avoir gardé le silence lorsque le cardinal Mazarin avait été proscrit par le Parlement de Paris, et sa tête mise à prix comme celle du plus infâme voleur du monde. Ce fut le prétexte que l'on prit pour justifier l'oppression de la liberté ecclésiastique.
On peut juger quel avantage les Jésuites prirent de cette conjoncture pour le succès de leurs entreprises contre les disciples de saint Augustin, qui n'avaient pris aucune part aux brouilleries de l'État, et qui n'avaient point d'autre liaison avec M. le cardinal de Retz que dans l'ordre de l'Eglise. Ces bons Pères se souvenaient de ce qu'il les