‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 498 sur 524 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

consentait, pourvu qu'il eût satisfait pour ses péchés. Ce pasteur l'ayant encore vu le jour suivant, M. de Chavigny lui demanda permission de se confesser à M. Singlin, disant qu'il ne laisserait pas de se confesser à lui, et qu'il voulait que son cœur lui fût connu avec les motifs et les intentions de toutes ses actions, et qu'il ne les lui cacherait non plus qu'à Dieu; qu'il désirait être plus soumis à ses ordres qu'aucun de ses paroissiens, et qu'il leur en voulait donner l'exemple, ayant toujours eu estime et confiance en lui.

M. de Saint-Paul lui ayant accordé la permission qu'il demandait, il fît venir M. Singlin qui l'entendit de confession par deux fois et lui donna l'absolution, et ensuite témoigna le lundi au soir, 7 du même mois, à M. de Saint- Paul, que M. de Chavigny voulait recevoir le saint viatique et s'y était disposé.

Ce pasteur l'étant venu voir sur le soir, le malade lui témoigna le même désir, fit quelques aumônes, et ils arrêtèrent ensemble qu'il communierait le mardi au matin. Après lui avoir proposé de lui apporter le Saint-Sacrement de sa chapelle, s'il le désirait ainsi, il répondit qu'il voulait ce qui était le plus dans l'ordre, le plus propre à faire paraître sa soumission, et ce qui donnerait un meilleur exemple. Le mardi matin, les médecins lui trouvèrent un petit flux pour lequel ils jugèrent à propos de différer la communion. M. de Saint-Paul Tétant allé voir le soir, les médecins dirent qu'il fallait le communier à deux heures après minuit, parce qu'ils voulaient le mercredi 9e du mois lui donner deux médecines de vin émétique. M. le curé fit toutes les instances possibles pour le communier le mardi au soir, tant pour satisfaire à sa piété que pour prévenir les accidents d'une si dangereuse maladie; mais ils répondirent qu'il allait entrer dans son frisson, et que cette agitation lui serait préjudiciable. Le sieur d'Àquin1 entre les autres représenta qu'à deux ou trois heures après minuit, en sortant de son accès, il serait trop faible, et qu'ainsi n'y ayant rien d'extraordinaire dans sa maladie, le mercredi sur le soir on déterminerait le temps et l'heure de cette communion.

1. Il s'agit ici d'Antoine d'Aquin qui devint premier médecin Je Louis XIV et mourut en 1696.

672 MÉMOIRES DK GODEHROl IIEH.MANT

Le mémo soir, M. de Saint-Paul et les médecins s'assemblèrent; ceux-ci chantaient déjà la victoire parce que leur malade se portait mieux, néanmoins on ne laissa pas de penser à lui donner la communion afin de bénir les remèdes ordinaires. Et ce pasteur les en pressa en leur disant que s'ils jugeaient qu'il y eût quelque péril, il fallait le communier dès lors; et que s'il n'y en avait point, il ne laisserait point de lui administrer le Saint-Sacrement le lendemain au matin pour une plus grande précaution. Mais ils répondirent tous tant qu'ils étaient qu'il n'y avait rien à craindre, et qu'il était en assurance. Cette confiance les trompa, car sur les onze heures et demie du même soir, on vint en grande diligence appeler M. le curé de Saint-Paul pour lui donner l'extrême onction que ce malade reçut sans aucune connaissance, et depuis ce jour-là jusqu'au vendredi qu'il mourut sur les quatre heures du matin, il ne revint nullement à lui, quoiqu'il dît encore quelques paroles, mais sans raison. Voilà ce qui arriva par un ordre adorable de la Providence à la mort de M. de Chavigny, et quoiqu'il eût demandé la communion, que M. Singlin son confesseur l'eût demandée de sa part à M. le curé de la paroisse, que M. de Saint-Paul eût fait des instances très fréquentes pour surmonter l'opiniâtreté des médecins, la confiance qu'ils eurent en leur art lui fit perdre à la mort cette grande consolation des fidèles.

Mais les Jésuites, qui n'ont jamais perdu d'occasion de noircir les disciples de saint Augustin, renouvelèrent sur ce sujet leurs anciennes calomnies. Il leur suffisait de savoir que M. de Chavigny eût confié sa conscience à M. Singlin pour dire que ce sage et vertueux ecclésiastique l'avait laissé mourir sans absolution et sans viatique, pour ne pas s'éloigner des maximes, qu'ils lui attribuaient faussement sur le sujet de la pénitence. Et ils publièrent cette fausseté dans tous les lieux où ils trouvèrent des personnnes assez crédules pour ouvrir l'oreille aux plus horribles impostures sans prendre aucun soin de les examiner.

Mais la suite de cette mort leur fournit encore une occasion de déchirer la réputation de M. Singlin, sans épargner même celle de M. Du Gué de Bagnols, qui avait quitté une charge de Maître des requêtes pour s'appliquer uniquement aux œuvres de charité et de pénitence, et à l'éducation

Page 1