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comme il voulut faire entendre qu'il était de la dernière importance que la conduite de Port-Royal qu'il affectionnait ne perdit pas en cette occasion les avantages qu'elle avait acquis dans l'estime des gens de bien, ce qui tendait à leur faire concevoir que le procédé des dépositaires pouvait paraître trop sévère, et en quelque manière intéressé, on se défendit aisément sur ce dernier point. Il proposa ensuite de charger la conscience de la veuve de l'exécution de la volonté de son mari, après lui avoir déclaré qu'elle ne pouvait selon Dieu retrancher aucune chose de ce qu'il avait donné aux pauvres; mais que, puisqu'elle témoignait qu'elle ne pouvait souffrir le retranchement d'un si grand bien sans réduire ses enfants à une extrême nécessité, on se contenterait que pour le présent elle commençât cette exécution, remettant entre les mains des dépositaires une somme notable d'argent comptant, et promettant d'apporter à la décharge de leur conscience une consultation de Sorbonne contraire à celle qu'on lui fit voir signée de MM. Charton, Du Val et de Sainte-Beuve, laquelle autoriserait l'expédient qu'il proposait, les conjurant de terminer l'affaire par cette voie. Enfin les ayant ébranlés sur cette dernière proposition, il pressa de fixer la somme qu'ils prétendaient. L'un de ceux qui se trouvèrent à cette conférence demanda cent mille écus; il offrit d'abord cent mille livres, puis il vint à cinquante mille écus. M. de Bagnols le pressa de pousser Mme de Chavigny jusqu'à deux cent mille livres. M. Singlin étant interpellé de parler, dit qu'il ne prétendait pas disputer le plus ou le moins; qu'il s'était ouvert de cette affaire avec M. le curé de Saint-Paul qui avait été pasteur du défunt et l'était encore de la veuve, et qu'il se déchargeait de sa conscience sur la sienne. Ce procédé plut extrêmement à M. le curé de Saint-Paul, et l'édifia tout à fait; mais avant que de s'engager plus avant, il fut convenu que lui, de sa part, il verrait cette dame pour la porter à se rendre facile à l'exécution de la volonté de son mari; et que les dépositaires iraient à Port-Royal des Champs consulter quelques-uns de leurs amis sur l'importance de cette affaire.
M. Mazure s'en retournant chez lui ce jour là dit à M. de Riignols qu'il no, parlerait point à Mmc de Chavigny avec toute la vigueur qui avait été arrêtée, mais qu'il lui dirait
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seulement, après avoir composé avec elle de l'argent qu'elle donnerait, que pour le surplus elle pourrait prendre avis de qui elle voudrait, la priant de le dispenser de lui en dire son sentiment.
Cependant cette affaire, qui jusqu'alors était connue de peu de personnes, se répandit au dehors; et le 16, M. de Bagnols apprit de M. le curé de Saint- Paul, qui l'avait mandé chez lui, que M. le président de Maisons1 avait persuadé Mme de Chavigny qu'on n'oserait soutenir l'affaire en justice ; qu'il disait qu'il n'en fallait pas davantage pour achever de ruiner la secte du jansénisme; que M. le président de Nesmond* serait ravi de se faire honneur de cette affaire dans la congrégation; qu'en un mot il répondait de l'événement, et que, quand la chose serait douteuse, il avait un expédient infaillible pour l'assurer, qui était d'obliger tous les débiteurs de passer des titres nouveaux en faveur de cette dame et des héritiers, ce qu'il obtiendrait d'eux très facilement, et offrait pour son particulier de le faire pour sa dette; que si néanmoins la veuve voulait en user comme on a de coutume lorsque des papiers sont égarés, elle pourrait donner quelque paraguante'-5, et que ce serait assez son avis; qu'au surplus, si on prenait l'affaire sur le point de la conscience, il n'avait rien à dire, et que c'était à M. le curé à en parler.
M. le curé de Saint-Paul dit sur cet article qu'il avait fortement pressé M,ne de Chavigny, et Pavait réduite à donner jusqu'à cent mille livres, mais à la charge qu'elle aurait connaissance de la distribution; mais que comme il lui avait représenté qu'il y avait des raisons secrètes et très importantes qui empêchaient que cela ne se fit en cette manière, elle lui avait donné la liberté de faire cette offre sans condition.
M. de Bagnols répondit que la qualité qu'il avait en cette affaire ne lui donnait point d'autre liberté que d'écouter et de rapporter ce qu'il entendait; qu'il dirait exactement à M. Singlin ce qu'il venait d'apprendre, mais qu'en attendant qu'il lui en fît part, il pouvait dire à M. de Saint-Paul, afin
1. René de Longueil, marquis de Maisons, président à mortier et surintendant des finances, mourut en 1677.
2. François de Nesmond (1598-1664), président à mortier eu 1636.