‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 504 sur 524 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

être donnés par nous de ce qui est à faire par elle en conscience, en exécution de la dernière volonté de son mari, et que, moyennant les avis et les conseils ainsi baillés, ledit dépositaire sera bien valablement déchargé devant Dieu du dépôt et disposition à lui confié par ledit défunt ; comme aussi en faisant iceux par ladite dame, elle sera bien déchargée en conscience de l'exécution, délibération et dernière volonté de son mari. Et par effet ont été les promesses et obligations présentement délivrées à ladite veuve, sous nosdits conseils et avis qui lui ont aussi été déclarés et donnés à entendre, en présence de ses père et mère et de son fils aîné et autres personnes de son conseil, ce qu'elle a dit vouloir entièrement suivre et exécuter. Fait et exécuté comme ci-dessus, ce lundi 4 novembre après midi 1652. Signé : Rousse, curé de Saint-Roch; Mazure, curé de Saint- Paul ; de Sainte-Beuve, professeur en théologie. »

Ce résultat ayant été porté à Port-Royal par M. de Sainte- Beuve, on trouva que le mot à? œuvres pies n'était point favorable à la cause que l'on avait soutenue, et qu'au surplus cette résolution était très avantageuse dans le fond, mais exprimée en termes obscurs et peu congrus.

Cette affaire avait passé par tant de mains qu'il était impossible d'empêcher qu'elle ne vînt à la connaissance de tout le monde. Une personne de qualité ayant vu M. de Bagnols le 9 du même mois, lui apprit que s'étant trouvé au Conseil d'en haut, il en avait ouï parler d'une manière désavantageuse à Port-Royal; que l'un des chefs de cette compagnie en avait pris occasion de dire qu'il fallait empêcher l'agrandissement de cette maison nouvelle, et qu'il serait peut-être nécessaire d'interposer l'autorité du roi pour arrêter les progrès de leurs desseins ; que l'on avait fait même plusieurs railleries au sujet de la conduite qu'on disait qu'ils avaient tenue à l'égard de M. de Chavigny. M. de Bagnols se croyant obligé d'en donner avis à Port- Royal, il fut conclu qu'il verrait les quatre principales lêtes du Conseil pour les informer de la vérité de cette affaire, après avoir vu Mm0 de Chavigny, pour lui faire entendre que la nécessité de défendre la réputation des personnes intéressées dans cette affaire l'engageait d'en faire entendre la vérité aux ministres, et qu'il n'en aurait jamais parié, crainte de blesser la réputation du défunt, si elle-mêuie ne i 44

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l'avait rendue publique par les connaissances qu'elle en avait données à tousses parents et amis.

11 la vit le même jour, et sur ce qu'elle eut peine ;i coaseu tir qu'il expliquât lachose aux ministres, il lui remontra que ce n'était point un avis qu'il lui demandait, mais une résolution qu'il lui apprenait. Elle fut obligée d'y donner les mains, et ensuite elle lui fit tant d'ouvertures des peines que cette affaire lui avait causées et qu'elles lui causaient encore, qu'il se crut obligé de lui parler, comme il fit, avec toute sorte de liberté, lui faisant entendre qu'elle n'aurait jamais de repos, ni sa famille de bénédiction, qu'elle n'eût pleinement exécuté la volonté de son mari. 11 crut même avoir sujet déjuger qu'elle eu était comme persuadée, parce qu'elle lui témoigna nettement qu'elle ne prenait point de confiance dans le jugement des docteurs, et semblait même vouloir demander quelque avis de tempérament pour chercher la paix qui était nécessaire pour le repos de sa conscience. Et pour marquer davantage la confiance qu'elle prenait en lui, elle lui fit voir, à la prière qu'il lui en fit, un écrit qui avait été donné à M. de Chavigny pour régler sa vie, par la lecture duquel il put très facilement juger que ses dérèglements avaient été jusqu'à se voir obligé de restituer le bien d'autrui, ce qu'il fit fort considérer à cette dame. La conclusion de la conférence fut que, selon les conseils qu'il lui donnait, elle ferait prier Dieu qu'il l'éclairàt de ses lumières et lui donnât la force nécessaire pour accomplir ses devoirs.

M. le chancelier donna ce jour là une favorable audience à M. de Bagnols, écouta avec attention le récit qu'il lui fit de ce qui s'était passé, et l'assura que tous les bruits qui avaient couru de cette affaire ne lui avaient donné aucune mauvaise impression contre les personnes qui s'en étaient mêlées.

Le 10 du même mois, il fit entendre la vérité de cette affaire à M. Mole, garde des sceaux et premier président, et comme ce grand magistrat lui témoigna qu'il trouvait cette histoire étrange, il le pria de lui dire si c'était à l'égard de lui et de MM. de Port-Royal qu'il la trouvait étrange. M. le garde des sceaux lui dit qu'à l'égard de sa personne il n'y trouvait qu'honneur et désintéressement, et ne voulut pas s'expliquer davantage à l'égard de MM. de Port-Royal, quoi

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