LIVRE VII
que M. de Bagnols, lui ayant fait entendre qu'on ne pouvait distinguer sa conduite de celle de ces messieurs, l'obligeât en quelque manière de parler, s'il eût eu quelque raison de faire cette distinction.
M. de Bagnols remarqua dans cet entretien que lorsqu'il lui fit entendre que l'on avait eu quelque pensée de lui remettre [les papiers], à lui garde des sceaux, pour les faire valoir au profit des pauvres, il avait témoigné par son geste et par quelques demi-mots qu'il ne les aurait pas refusés ; et qu'ayant appris que les docteurs avaient quelque pensée de faire la distribution des cent mille livres, il avait trouvé ce procédé extraordinaire. 11 lui fît même paraître que, si on lui donnait part de cette somme pour l'Hôtel-Dieu, il ne la refuserait pas.
Le 13 et le 14 de ce mois se passèrent en propositions et en conférences du certificat que Mme de Chavigny demandait pour lui servir de décharge de cette somme. Il se fit aussi un éclaircissement de quelques paroles que M. de Bagnols avait dites à M. le chancelier touchant M. de Chavigny qui avait témoigné lui vouloir dire après la communion quelque chose d'importance. Il sut aussi de M. de Villesavin, père de cette veuve, que MM. de Saint-Paul et de Saint- Roch n'avaient fait que suivre l'intention de sa fille sur l'article des cent mille livres; que si elle eût voulu donner moins, ils l'auraient condamnée à moins, et qu'ils ne faisaient aucun doute de se charger delà distribution de cette somme.
Le 15, M. de Bagnols ayant informé de toute l'affaire M. le maréchal de Villeroy1, il approuva la conduite qu'on avait tenue, et lui dit qu'il en avait entendu parler devant la reine de telle manière que les dépositaires de la volonté de M. de Chavigny n'avaient reçu aucun désavantage dans le rapport qu'on lui en avait fait.
Le 19, M/ de Saint-Roch communiqua à M. de Sainte- Beuve trois formulaires de certificats qu'il avait dressés. Les deux premiers exposaient que les cent mille livres que donnait la veuve faisaient partie des avis qui lui avaient été donnés en conséquence du jugement de ces docteurs, et ne
1. Nicolas de Neuville, seigneur de Villeroy (1597-1685J fui gouverneur de Louis XIV eu 1646 et devint maréchal de France.
692 MÉMOIRES DE (iODEKROI HKHMANT
l'acquittaient pas du surplus, qui était le retenlum secret dont on a parlé ci-devant. Le troisième était équivoque et exprimé en ces termes:
« Nous soussignés, docteurs de Sorbonne, pour expliquer et certifier par écrit comme nous avons donné à entendre spécialement quelle est l'aumône contenue et sous entendue dans l'écrit de notre délibération au quatrième du présent mois, déclarons et certifions que c'est d'employer, par la veuve d'un homme de condition y mentionnée, la somme de cent mille livres en aumônes envers les hôpitaux, pauvres honteux et autres; de laquelle notre présente déclaration et attestation ladite veuve se requérant pour la sûreté dudit emploi, nous lui avons baillé et signé notre présent écrit ce 20 novembre 1652. Signé : Rousse, curé de Saint-Roch et Mazure, curé de Saint-Paul. »
M. de Sainte-Beuve fit entendre qu'il pourrait signer les deux premiers certificats, mais qu'il ne se résoudrait jamais à souscrire le dernier, parce qu'il était contraire à la vérité; qu'étant conçu en paroles équivoques, la veuve pourrait s'imaginer qu'elle serait quitte de leur jugement pour la somme de cent mille livres, et ainsi se nourrir de la pensée de sa fausse paix qui pourrait beaucoup blesser sa conscience; que d'autres personnes mal intentionnées pour ceux qui avaient eu plus de part dans celte affaire en prendraient encore davantage pour soutenir les calomnies qu'ils avaient déjà publiées, et diraient sur cela deux choses : que les avis des docteurs se réduisant à une simple aumône, celle qui avait été conseillée par ceux dont M. de Chavigny avait pris avis était excessive; la deuxième, qu'il n'y avait eu aucune nécessité au retranchement que ce défunt avait fait, puisque la veuve avait la liberté de l'employer aux hôpitaux, pauvres honteux, et autres charités qu'elle trouverait raisonnables. M. de Saint-Roch parut touché de ces raisons, et promit de s'en servir pour s'excuser de consentir aux intentions de Mme de Chavigny et au conseil de ses avocats qui lui faisaient entendre qu'elle ne trouverait point de sûreté, pour payer cette somme de cent mille livres, que dans le certificat ci-devant transcrit. Et ils demeurèrent comme d'accord qu'ils s'arrêteraient à l'un des deux premiers formulaires où il paraissait que cette somme de cent mille livres ne faisait que partie de leurs avis. M. le curé