‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 70 sur 524 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

M. de Saint-Cyran faussement accusé d'intelligence avec le P. Séguenot est arrêté prisonnier et conduit au bois de Vincennes.

Pendant que les commissaires étaient occupés à cet examen, on crut que la voie de fait ne devait pas être négligée, de sorte, qu'encore que M. l'abbé de Saint-Cyran n'eût ni part à l'ouvrage dont on poursuivait la censure, ni liaison avec l'auteur, il y eut ordre de l'arrêter et de le conduire au bois de Vincennes. Le chevalier du guet l'ayant

1. Pierre Chapelas, élu eu 1637 syudie de la Faculté de théologie.

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trouvé qui travaillait actuellement à son ouvrage contre les ministres dès les cinq heures du matin, exécuta sa commission, et l'arrêta prisonnier de la part de Sa Majesté.

On a déjà remarqué par avance les principaux motifs de cette persécution, et M. de Saint-Cyran comptait jusqu'à dix-sept causes de son emprisonnement, quoiqu'il n'y en eût pas une seule de légitime. Mais il est certain que l'on peut croire que cette dispute de l'attrition et l'affaire du mariage de Monsieur en furent les principales; car on a su de M. d'Andilly, et il l'a laissé par écrit dans un mémoire signé de lui pour en informer la postérité, qu'étant allé voira Paris feu M. le Prince1 pendant la prison de cet abbé, et étant tombé avec lui sur ce discours, il conçut une si bonne opinion de lui sur les choses qu'il lui en rapporta, qu'il l'assura de lui-même qu'il en parlerait à M. le cardinal de Richelieu. Le même M. d'Andilly étant ensuite retourné voir Son Altesse plusieurs mois après, il ne manqua pas de lui dire d'abord ces propres paroles : « J'ai fait ce que je vous avais promis, j'ai parlé de M. de Saint-Cyran à M. le cardinal, et il m'a répondu : « Savez-vous bien de « quel homme vous me parlez? Il est plus dangereux que six « armées. Vous voyez mon catéchisme qui est sur ma table, « il a été imprimé vingt-deux fois. J'y dis que l'attrition suf- « fît avec la confession, et lui croit que la contrition est né- « cessaire. Et dans ce qui regarde le mariage de Monsieur, « toute la France s'étant rendue à mon désir, lui seul a eu la « hardiesse d'y être contraire. »

Ce n'est pas la seule fois que feu M. le Prince a rendu ce témoignage, car lorsque M. de Saint-Cyran fut sorti du bois de Vincennes, M. le Prince lui manda par M. Boutant', évêque d'Aire, et depuis évêque d'Évreux, qu'il le voulait voir. M. d'Andilly l'ayant accompagné dans cette visite qui engagea une longue conversation, M. le Prince lui redit mot à mot toutes les mêmes choses de M. le cardinal de Richelieu que l'on vient de rapporter, et témoigna de plus être si satisfait de lui, qu'il dit qu'il faudrait le faire confesseur du roi.

On sait aussi le grand crédit qu'avait alors le P. Joseph,

1. Henri II de Bourbon, prince de Coudé (1588-1646); son témoignage est d'autant plus intéressant que ce père du grand Condé était fort ami des jésuites.

2. Gilles Boutant, évêque d'Aire depuis 1626. Il mourut en 1649.

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