Henri de Goûdi, duc de Itetz
84 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
êtes témoin des instances que le P. Joseph m'a faites d'accepter la charge de l'un des supérieurs de ces bonnes religieuses, et de ce qu'en m'excusant [je lui dis que] je ferais tout ce que je pourrais pour les servir ; j'ai exécuté ma promesse. Dites-lui, je vous supplie, que je me tiens déchargé devant Dieu, et qu'ainsi je lui donne parole de n'y aller de ma vie. »
Le P. Joseph s'indisposa encore contre lui par une autre occasion. Étant arrivé de la mésintelligence entre les capucins de Montdidier et quelques ecclésiastiques, le P. Joseph, qui pouvait tout auprès du cardinal de Richelieu, fit mettre dans la Bastille deux ecclésiastiques nommés de Troyes et Le Vasseur, et dit ensuite à M. d'Andilly que c'étaient des illuminés, ce qu'il lui expliqua en des termes qui lui donnèrent une étrange horreur [des crimes (?)],dont il lui représentait qu'ils étaient coupables. Il ajouta que sachant que M. de Saint-Cyran était de leurs amis, il priait M. d'Andilly de le prier de ne point assister des gens si méchants. M. d'Andilly en ayant parlé à M. de Saint-Cyran, il lui dit : « que pour ce qui était de M. Le Vasseur, il ne le connaissait point, et que, quant à M. de Troyes, il le connaissait pour un fort homme de bien et par conséquent fort innocent des crimes dont on l'accusait ; que les règles de la justice et de la charité voulaient que pour accuser un homme on le connût particulièrement; mais que pour le défendre il suffisait de le connaître pour peu que ce fût. Qu'ici c'était tout le contraire, parce que le P. Joseph qui accusait M. de Troyes ne le connaissait pas, et que lui qui le défendait le connaissait fort. » Sur quoi M. d'Andilly lui ayant réparti : « Si M. de Troyes est tel que vous le connaissez, vous êtes l'homme du monde devant lequel il se sera le plus gardé de rien dire qui le puisse faire connaître. » Mais M. de Saint-Cyran lui répondit : « Ce que vous dites serait très considérable si j'étais moins informé de la conduite et des sentiments de M. de Troyes ; mais je vous prie de dire au P. Joseph que quand cela ne serait pas, et que même M. de Troyes serait coupable et mériterait la mort, la charité ne laisserait pas de m'obliger à ne le point abandonner, et ainsi je demande, s'il était condamné, de l'assister jusqu'à la fin, pour tâcher de le ramener à Dieu en le détrompant de ses erreurs. »
M. d'Andilly, ayant rendu cette réponse au P. Joseph,