‹ Mémoires de GoetheChapitre 148 sur 189 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

^îpinosa et son influence sur mes idée» religieuses. — Contrefaçon da mes œuvres. — Incendie à Francfort dans la ruades Juif?. — Ma première visite cliezLili.

On a Ihabitude de dire qu'un malheur ne vient jamais; seul. 11 en est de même du bonheur et de tous les événements, qui se groupent harmoniquement autour de nous. Je n'oserais décider si la dest»*''^ le veut ainsi, ou si

l "homme porte en soi la force d'attirer tout ce qui se ressemble ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y eut un moment dans ma vie de jeune homme, où tout s'accordait pour me faire jouir d'une profonde paix intérieure et extérieure. J'avais pris le parti d'attendre tranquffîement ce qu'on voulait faire de moi. Pendant ce temps, le hasard m'avait fait découvrir dans notre bibliothèque, un petit livre qui combattait passionnément Spinosa. A la tête de ce livTe se trouvait le portrait de ce profond penseur avec cette légende: Signmn reprobationis in vultu gei^ens. Ce portrait était une véritable caricature. 11 me rappela certains adversaires, qui commencent par défigurer leurs ennemis, afin de pouvoir les attaquer comme on attaque des monstres. J'ai toujours eu plus de plaisir à apprendre à connaître les pensées d'un homme, que d'entendre les autres dire ce qu'il aurait dû penser. Mon affection pour Spinosa, me fit chercher dans le Dictionnaire de Bayle, l'article qui le concerne, et je n'en fus point satisfait. On commence par le traiter d'athée et par déclarer que ses opinions sont très-dangereuses, puis on avoue qu'il était calme, pensif et studieux, qu'il s'était toujours conduit en bon citoyen, en homme paisible, en philanthrope accompli. L'auteur de l'article avait donc oublié ces mots de l'Évangile : « On les reconnaîtra à leurs fyndts. » Une existence utile aux hommes et, par conséquent, agréable à Dieu, peut-elle découler de principes pernicieux? Le souvenir de la douce béatitude que m'avait causée la première lecture des œuvres de Spinosa, me décida à les étudier de nouveau, le résultat fut le même ; en apprenant à me connaître moimême, il me semblait que je n'avais jamais mieux envisagé le monde. On discute encore aujourd'hui si sérieusement sur ce sujet, que pour ne pas être mal compris, je crois devoir donner quelques explications. Notre existence physique et sociale, les mœurs, l'habitude, la philosophie, la religion, l'expérience du monde, tout me fait comprendre la nécessité de l'abnégation. Nous ne pou-

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