‹ Mémoires de GoetheChapitre 17 sur 189 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

à mesure que je mettais une pièce, l'autre se détachait. Au milieu de cet embarras, je vis apparaître un beau jeune homme qui me salua amicalement.

-^ Soyez le bien venu, lui dis-je, en lui rendant son 5 al ut.

— Est-ce que tu me connaîtrais? me répondit-il.

— Sans doute ; car j'ai vu assez souvent votre image ï vous êtes Mercure.

— Oui, je le suis, et les dieux m'ont chargé pour toi d'un important message. Tiens, regarde.

A ces mots, il me montra trois superbes pommes; l'une était rouge, l'autre jaune et la troisième verte : on eût dit des pierres précieuses taillées en forme de fruits. Je voulus m'en emparer, le dieu m'arrêta.

— Avant tout, dit-il, je dois t'apprendre ce qu'il faut que tu fasses de ces pommes. Choisis les trois plus beaux jeunes gens de la ville, donne à chacun d'eux une de ces pommes, et ils trouveront des épouses aussi parfaites qu'ils pourront les désirer. Prends maintenant, ajouta-t-il, et acquitte-toi sagement de ta commission. Puis il disparut après avoir mis les pommes dans ma main. Au même instant ces fruits s'allongèrent et se métamorphosèrent en trois petites filles, qui se glissèrent lentement le long de mes doigts et se perdirent dans l'air. Pendant que, frappé de surprise, je regardais ma main comme s'il y avait en^ core quelque chose à voir, une autre petite fille vint voltiger et danser sur le bout de mes doigts. Elle était beau» coup plus éveillée et plus mignonne que les trois premières, et j'en fus si charmé, que je cherchai à la prendre; mais je me sentis aussitôt frappé à la tête avec tant de force, que je tombai sans connaissance, jusqu'au moment où l'on vint me réveiller pour m'avertir qu'il était temps de me lever pt de faire ma toilette. Le souvenir de ce rêve me pour-

ivit à l'église et même à table. Après le dîner, je ceignis la belle épée qu'on m'avait donnée, je mis mon c':> peau à claque sous mon bras, et jf sortis pour aller romlro

visite à quÊlques-ims de mes camarades. Ils étaient sortis, on m'indiqua l'endroit où ils étaient allés se promener, et j'allai les rejoindre, dans l'espoir de passer une agréable soirée. Le chemin qu'il fallait suivre passait tout près de ce mur que vous connaissez tous, et qu'on a appelé le mur mauvais, parce qu'il y revient des esprits. Je marchais doucement en pensant à mes trois déesses, et surtout à la charmante petite nymphe. Espérant qu'elle serait assez aimable pour venir se balancer sur mes doigts, je les disposai de manière à la recevoir de mon mieux. En ce moment je vis une porte cintrée qui s'ouvrit dans le mur mauvais, et que je n'avais encore jamais remarquée. Les arches et les entablements étaient parfaitement bien sculptés, mais la porte elle-même me captivait plus que ces ornements. Elle était en bois très-vieux et d'un brun foncé , et ses ferrements de bronze représentaient des feuillages au milieu desquels s'abritaient des oiseaux que je ne pouvais assez admirer; mais on n'y voyait ni loquet, ni marteau, ni même le trou d'une serrure, d'où je conclus qu'elle ne s'ouvrait qu'en dedans. Je ne m'étais pas trompé, car lorsque j'y posai la main pour toucher les ciselures, la porte s'ouvrit, et je vis paraître un homme dont le costume long et large avait quelque chose d'étrange. La barbe vénérable qui ombrageait son menton, me fit croire qu'fl était juif. On eût dit qu'il devinait ma pensée, car il fit aussitôt le signe de la croix, comme pour me prouver qu'il était bon catholique romain, puis il me dit d'une voix douce et agréable :

— Que faites-vous donc ici, mon jeune monsieur?

— J'admire le magnifique travail de cette porte.

— Puisque vous aimez les productions artistiques, entrez et regardez le côté intérieur de cette porte, vous eu serez encore plus satisfait.

Je n.e me sentais pas très-rassuré, un je ne sais quoi qui semblait nager dans l'air m'oppressait, et je me bori;.;i à jeter dos regfirds furtifs sur une grande plr:ce oni-

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