LETTRE LXXXIX
Ïl est assez juste que je vous fasse part du succès de mon voyage, vu l'intérêt que je sais que vous y prenez et l'amitié qui est entre nous. J'ai été un mois enfermé , pendant lequel je ne voyois ) le jour, que deux de mes amis , qui me tenoient bonne compagnie, et, la nuit, toutes les personnes de considération à qui vous savez que j'avois écrit me faisoient l'honneur de me voir. Ils se sont tous assemblés deux fois dans ma chambre , et ensuite les uns ou les autres y venoient ; enfin Dieu m'a fait la grâce de leur faire connoître le tort qu'on avoit avec moi , et ils sont aussi persuadés que vous de ma sincérité ; et ce que je trouve de meilleur est qu'il y a peu d'honnêtes cens à la Cour et à Paris qui ne soient dans les mêmes sentiments. Enfin j'ai tout sujet d'être satisfak de cette part ; mais vous aurez peine à vous onpêcher de rire , quand vous saurez qu'après avoir été cinq ans sans oser venir dans Paris , j^ n'y suis pas sitôt entré que je ne m'y sois trouvé enfermé, de sorte qu'il m'est impossible d'en pouvoir sortir. Sitôt que le Roi Alt parti *, qui fut, comme vous savez, la veille des Rois , je balançai longtemps ce que j'avois à devenir. D'un côté, la plupart de mes bons amis se trouvoient dans les intérêts du parlement et de la ville ; de l'autre, on y attendoit un homme