‹ Mémoires de Henri de CampionChapitre 16 sur 151 · Il est dans le canton d'Anet. Expilly n'en parle pas · texte numérisé non relu

Il est dans le canton d'Anet. Expilly n'en parle pas

2. Village situé au confluent de TEure et de TAure, dans le {)ays Mantois en Beauce. On connott assez son château bâti par Henri II pour Diane de Poitiers. Anet est aujourd'hui chef-lieu de canton dans Tarrondissement de Dreux , département d'Eure-et-Loir.

j. Bercher, sieur de Monthavrel et de Saint-Germain, mort le 9 avril 1666.

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plusieurs fois des ordres du Roi , que les officiers conduisant les troupes leur apportoient pour les loger. Croyant que Berchère ne m'aimoit pas, à cause d'un démêlé que j'avois eu avec son frère, je le soupçonnai de vouloir me faire essuyer un affront. N'ayant guère que de nouveaux soldats et presque sans autres armes c^ue leur épée , cela me mit en peine , sans néanmoms que je le témoignasse. Je demandai à Berchère 5i le bourg étoit fermé. Il répondit que oui, mais qu'il y avoit un gros hameau ouvert , de sa dépendance , appelé les Vienes , et qui n'en étoit séparé que par une petite plaine. Je résolus avec Orgemont, oui me laissoit agir à ma fantaisie, de loger en ce lieu en cas de refus , ou que nous ne pussions être les plus forts. En approchant de Bu , nous entendîmes sonner le tocsin et vîmes revenir ceux que nous avions envoyés préparer le logement. Nous nous avançâmes , Orgemont, Bercnère et moi , jusqu'à la porte , où l'on nous fit demeurer, et quoi que nous pussions dire, l'on répondit toujours qu'on ne nous recevroit pas. Nous tournâmes alors le bourg avec nos soldats et primes le chemin des Vignes , où nous entrâmes , et tandis qu'on régloit le logement, la troupe étant encore au-dehors dans la petite plaine , l'on nous avertit que les habitans de Bu venoient en armes pour nous chasser du hameau, où étoient leurs fermiers et leurs vignerons , de manière qu'ils nous eussent autant aimés chez eux que dans ce lieu. Nous allâmes promptementnous mettre à la tête des soldats, qui furent partagés en deux petits bataillons : j'en laissai un à Orgemont , pour longer le chemin , et pris

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l'autre, avec lequel je me jetai sur la droite pour charger en flanc les habitans , qui s'avançoient avec résolution. Berchère étoit resté pour avoir, à ce que je croyois , le plaisir de nous voir chasser honteusement; mais voyant que la chose devenoit sérieuse, et se croyant engagé d'honneur à courir les mêmes hasards que nous , il me vint demander ce- que je prétendois faire avec des hommes à peine armés contre d'autres bien équipés. Je répondis qu'en me réduisante loger dans le hameau , j'avois assez témoi^é que je ne cherchois pas les méchantes affaires; mais que puisque le peuple de Bu avoit l'insolence de venir en armes pour s'opposer à l'exécution âes ordres du Roi , il devenoit indispensable de tout risquer, pour leur donner une correction si rude qu'ils s'en souvinssent long-temps. Je continuai à m'avancer ainsi qu'Orgemont , et tout en marchant je dis aux soldats qu'il ne s'agissoit que d'essuyer une seule décharge , qui seroit même peu à craindre, s'ils vouYoient me suivre et courir l'épée à la main sur nos insolens adversaires , que cette boutade déconcerteroit et empêcheroit d'ajuster ; qu'alors on feroit main-basse sur eux , et que notre troupe auroit ensuite le pillage du bourg. Ce discours anima nos soldats, qui ne paroissoient pas d'abord trop résolus.

Berchère , après avoir prié Orgemont de faire halte , me vint dire qu'il demanooit un moment pour parler à ces gens-là , et que s'ils n'entendoient pas raison , il se joindroit à nous pour courir la même fortune. Je répondis que la manière obligeante dont il parloit m'engageoit à attendre, quoiqu'avec regret, mais que je le

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étoit à Pont-à-Mousson pour assembler l'infanterie qui s'y rendoit de divers endroits , et d'où il avoit déjà envoyé en Alsace des compagnies détachées et ce qu'il avoit de cavalerie , en attendant qu'il y pût marcher lui-même avec les troupes qui n'étoient pas encore arrivées. Le duc de Weimar, que l'maction fatiguoit , surprit un fort au-dessus du ifaubourg de Saverne , et ayant fait pointer le lendemain son canon.contre la basse ville, dont les murailles sont assez foibles, l'on y fit brèche. De l'infanterie françoise et allemande , aux ordres de Nétancourt ' , mestre de camp, fut aussi-tôt commandée pour donner l'assaut. Il marcha fort résolument, monta à la brèche sans résistance ; mais quand les troupes furent au-delà , elles se trouvèrent environnées de bonnes traverses bien flanquées, et si accablées du feu qui en partoit , que deux cents hommes des plus avancés furent contraints, de se mettre à couvert entre la brèche et les traverses , dans une maison où l'on porta Nétancourt blessé d'une mousquetade au travers du corps. Beaucoup d'officiers et de soldats ûirent aussi blessés et tués, et on compta au nombre des derniers le comte de Hanau, seigneur allemand. Le comte de Guiche^, alors

1. François-Nicolas, comte de Nettancourt , cadet du comte de Vaubecourt, lieutenant général, de la maison d'Haussonville. Il ne mourut pas de sa blessure, puisque la Gazette le nomme parmi ceux qui se distinguèrent dans la journée de Fribourg en 1644. Extraord. du 19 août.

2. Antoine de Grammont , comte de Guiche, depuis maréchal de Guiche et maréchal et duc de Grammont. Il avoit été nommé maréchal de camp le 17 avril 163$.

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maréchal de camp, qui s'étoit porté à l'attaque, y reçut plusieurs coups dans sa cuirasse ^ et fut obligé de se retirer avec le reste de ceux qui y avoient marché.

Ce rude commencement fît agir avec (dus de précaution, et l'on commença à attaquer les assiégés piéà pié; mais ils se défendoient si bien, que l'on ne gagnoit pas un pouce de terre sans combat. Nous arrivâmes en ce temps4à, logeâmes à Saint-Jean-des-Choux, et entrâmes en garde le jour même. L'on ne faisoit point de tranchées, et l'attaque se dirieeoit contre des maisons que les ennemis défendoient, après les avoir flanquées de bonnes barricades et de grandes traverses sur lesquelles notre canon ne pouvoit se pointer, parce qu'elles étoient couvertes par les ruines des maisons du faubourg. Quand, après avoir bien disputé une traverse ou une maison, les ennemis étoient contraints de l'abandonner, ils y mettoient le feu et se retiroient derrière d'autres barricades ou traverses. Toute la basse ville étoit fortifiée de cette manière, et la haute n'étoit pas encore attaquée. Milen', colonel allemand, homme d'une haute estime, que ce siège augmenta encore à nos dépens , commandoit dans la place. Son lieutenantcolonel , excellent ingénieur, avoit fait exécuter tous les travaux dont je viens de parler. A notre première carde, le colonel Hébron, écossois, maréchal de camp, fut blessé d'une mousquetade dont il mourut deux heures après : c'étoit un

I. George-Frédéric de Milhaim, colonel et gouverneur de la Bassée pour l'Empereur.

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très-bon homme de guerre, et qui avoît bien servi. Le lendemain le régiment de la Bloquerie

Erdit cinq cents hommes à une sortie que firent ; ennemis. La puanteur de leurs corps, qu'on ne put retirer, et qui étoient tous les uns sur les autres, fut une de nos grandes incommodités pendant le siège. Un autre jour, le régiment de Grancei perdit une partie de ses officiers et soldais à une attaque qui ne réussit pas. Nous l'entreprîmes le lendemain, et nous rendîmes maîtres de la maison qui étoit disputée. Montsolins ' , capitaine de notre régiment, y fut blessé à la tète, et Château, lieutenant, tué. Le vicomte de Turenne y eut aussi un bras cassé. Le siège continua avec la même chaleur jusqu'au quarantième jour, quoique l'on eût emporté la brèche dès le premier. Nous étions dans le milieu de la basse ville, toujours à la longueur des piques, n'y ayant que les traverses et barricades entre nous et les ennemis, lorsque le défaut de vivres les obligea de capituler *. Ils sortirent de la place encore au nombre de mille des meilleurs hommes et les mieux faits que j'aie jamais vus; ils eurent la composition qu'ils voulurent, et allèrent joindre Galas, qui les reçut comme des vainqueurs; ce qu'ils méritoient bien, jamais gens ne s'étant mieux défendus dans une méchante place.

1. Il étoit en i6u lieutenant de la compagnie colonelle. On le trouve porte, cette année, dans l'ordonnance du 17 août contre les officiers absens sans congé de l'armée du maréchal de La Force.

2. Le 14 juillet léjé. On trouve les articles de la capitulation dans le Recueil de pièces concernant l'histoire de Louis XIII, depuis l'an 1631 jusqu'en l'année 1642. Paris, Montalant, 171 6.

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Pendant ce siège, où nous eûmes plus de deux mille hommes tués, l'armée espagnole des Pays-Bas, commandée par le prince Toomas de Savoie, prit la Capelle, le Catelet, Corbie, Roye et Montdidier, ce qui répandit l'épouvante dans le royaume. Le comte de Soissons, qui commandoit en Picardie, avoit'si peu de troupes, qu'il ne pouvoit empêcher les progrès des ennemis. Ce motif oblicea le prince de Condé*, qui avoit attaqué Dôie en Franche -Comté, ^en lever le siège; mais on prétendit qu'il eût toujours pris ce parti, puisqu'il avoit déjà perdu beaucoup de monde sans nen avancer. Aussi-tôt qu'il fut décampé de devant Dôle, il envoya ses troupes au comte de Soissons. Cette retraite engagea Galas à venir joindre le duc de Lorraine en Franche-Comté, où leurs forces réunies montoient à quarante mille hommes, avec lesquels ils passèrent la Saône pour attaquer le duché de Bourgogne. Galas se posta, avec trente mille hommes, à Sainte-Seine», près de Fontaine- Françoise 3, et le duc alla assiéger Saint-Jean-de- Lône, ville mal fortifiée et encore plus mal munie.

Dès que Galas eut passé le Rhin , le duc de Weimar et le cardinal de la Valette partirent

1. Henri II de Bourbon, prince de Condé, père du grand Condé. Il leva le siège de Dole le 1 5 août 1636.

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