Ou plutôt Saint-Seine, bourg du diocèse de Langrcs, à
Dijon.
3. Bourc en Bourgogne, fameux par le combat du 5 juin I J95. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dijon.
Année 1636. 65
des environs de Strasbourg, où nous étions campés, et vinrent à grandes journées se poster à Montsaugeon ', petite ville entre la Champagne et la Bourgogne , et peu distante de Langres. Nous y restâmes assez long-temps. Tandis que les ennemis se mettoient en mesure d'attaquer Saint-Jean-de-Lône, Galas étoit résolu de nous faire tête pendant le siège, ce qui lui étoit d'autant plus facile , que nos deux armées n'excédoient pas seize mille hommes. En arrivant à Montsaugeon , on donna des logis particuliers à notre régiment, parce qu'étant le premier corps de l'armée, il gardoit les généraux : un capitaine entroit en garde chez le cardinal, et un lieutenant chez le duc de Weimar; ce qui se faisoit ainsi , tant à cause de la dignité de cardinal que parce qu'il commandoit l'armée du Roi, et le second seulement une armée étrangère. Cet arrangement me fut avantageux, en me donnant le moyen, pendant mes gardes, d'étudier les actions privées de ce grand prince, selon ma croyance le premier capitaine de son temps.
Les logis qu'on nous donna ayant été partagés, nous nous trouvâmes, le chevalier de Goût, enseigne de la compagnie dont j'étois lieutenant, et moi, dans une maison où il y avoit eu la peste sans que nous le sussions. Le lendemain, un valet qu'il aimoit fort tomba malade sur le soir ; la nuit il cria tant pendant deux ou trois heures, que nous ne pûmes dormir; nous'ïe
I . Ou Montsaujon , petite ville dans le Bassigny, en Champagne, avec grenier à sel. Elle fait maintenant partie du canton de Prauthoy, arrondissement de Langres.
66 MÉMOIRES DE CaMPION.
croyions attaqué d'une colique ; enfin on ne l'entendit plus. Je lui parlai, et comme il ne répondit pas, je fis lever un de mes domestiques ^ qui le trouva mort. Nous envoyâmes quérir, pour le visiter, un chirurgien, qui assura qu'il avoit été victime de la peste. Nous changeâmes de logis et d'habits, et n'eûmes communication avec personne de dix ou douze jours, durant lesauels le chevalier de Goût se trouva incommodé d'une tumeur au haut de la cuisse^ . Sitôt qu'il s'en apperçut, il me pressa de me retirer, se croyant attaqué de la maladie contagieuse; mais je répondis que, puisque nous étions ensemble dans l'origine de cet accident, je devois courir la même fortune que lui, et que je me croirois répréhensible devant Dieu et souillé d'une lâcheté devant les hommes si je l'abandonnois.
Une fois décidé à me souffrir auprès de lui, je fis venir en dehors de la maison un chirurgien , auquel il montra sa tumeur. C'étoit un mai qu'il avoit gagné avec des femmes aussi libertines que lui , ce qui nous tranquillisa. Je rapporte ces faits parce que je ne me suis jamais trouvé à-la-fois si chrétien et si résolu que dans cette occasion.
Quelque temps après, le duc de Lorraine ayant assiégé Saint-Jean-de-Lône ' , Galas se posta entre cette ville et Dijon , et nos généraux allèrent camper près de Dijon, d'où ils détachèrent le comte de Rantzau^, alors maréchal