Il s'appeloit Espanelle. Nou$ le trouverons plus loin
Année 1638. 89
haïssois à emprunter, mais la nécessité m'y contraignoit souvent, ce que je faisois par lettres, ne Posant faire de vive voix. Mes amis ne m'ont jamais abandonné, mais il me fâchoitde les importuner, ce c[ue ma mauvaise conduite m'obligea de faire jusqu'en 1640 au siège de Turin, au'après avoir souvent fait serment inutilement e ne plus jouer aux dez , j'en formai la résolution sans jurer, et l'ai si bien tenue jusqu'à présent, qu'il n'y a pas apparence que je la change. Depuis ce temps, j'ai toujours beaucoup joué aux cartes et au tnctrac , mais comme j'y suis bon joueur, j'en ai subsisté long-temps. L'argent que je perdois aux dez empêcha mon avancement dans le ré^ment de Normandie, à cause que je ne pouvois vemr passer les hivers à la Cour pour y faire des amis qui fissent valoir mes services; de sorte que toute l'estime dont je jouissois dans le régiment et dans l'armée étoit inutile à ma fortune, les généraux et ceux qui me pouvoient servir parlant pour les présens, etouoliant, faute de me voir, ce qu'ils témoignoient vouloir faire en ma faveur pendant la campagne; ce qui, joint à ce que j'ai toujours plus cherché à faire de bonnes actions qu'à les faire valoir, pensant, je crois avec raison, qu'il y a de la honte à parler de soi, ont été les deux principales causes (^ue je n'ai fait nulle fortune. J'ai mis cette digression tout de suite , pour n'être plus obligé de parler de ma façon de vivre dans la guerre, et des motifs de mon peu d'avancement.
Le^duc de LonguevjUe ayant eu l'ordre de secourir le duc de Weimar, if partit d'auprès de
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Beaune où nous étions, et nous mena en Lorraine, où il joignit le vicomte d'Arpajon, lieutenant-général I, qui avoit avec lui les régimens de Picardie, de Navarre et plusieurs autres de cavalerie et d'infanterie. De Nanci, où se fit la jonction, nous marchâmes pour attaquer Lunéville, que le duc de Lorraine avoit repris Quelques années auparavant. Le marquis ae Ville >, maréchal de camp de ce prince, jr commandoit deux mille cinq cents hommes de pié. L'on fit les approches et trois attaques, les régiments de Picardie, Navarre et Normandie en ayant chacun une. L'on ouvrit la tranchée, que la gelée empèchoit d'avancer beaucoup et que les grandes neiges remplissoient, de sorte que l'on y souffrait des incommodités insupportables. Dans ce temps, M. le duc de Weimar ayant envoyé Roqueservieres ', maréchal de bataille, au duc de Longueville, pour lui demander, en termes toutà-fait civils, le secours qu'il avoit ordre du Roi de lui donner, le Duc résolut de lui envoyer de Pinfemterie; et pour le faire plus facilement, il laissa ce qu'il lalloit de troupes pour garder le camp et les tranchées, qui étoient peu avancées, et marcha jusqu'à Fenestrange , frontière d'Allemagne. Là, il détacha cent hommes de chaque
1. Louis, vicomte d'Arpajon, marquis de Sevrac. Il fut nommé lieutenant général le 14 juillet 1637. Pendant la Fronde, il joua assez habilement son rôle pour se faire donner en i6jo un brevet de duc et pair, qui ne fiit pas enregbtré au parlement.