‹ Mémoires de Henri de CampionChapitre 24 sur 151 · Bourg dans le canton de Rivesaltes · texte numérisé non relu

Bourg dans le canton de Rivesaltes

jusqu'au fossé; mais quand il fiit question de le percer, on trouva de grandes difficultés, parce que les Espagnols tenoient du monde dedans pour en détendre l'entrée. A la fin, nous étaUt-mes des logemens sur la contrescarpe, à l'aide desquels nous les chassâmes du fossé; et, après l'avoir percé, on commença une galerie pour s'attacher à la muraille; mais les ennemis la rùmpirent plusieurs fois de leurs flancs bas, ce qui îl'empècha pas qu'après y avoir perdu quelques honunes, nous ne la missions en état de n'être plus rompue ni brûlée, ayant couvert les madriers de fer blanc. L'on attacha ensuite le mineur, qui se rencontra heureusement entre deux contremines; et après avoir lon^^emps travaillé dans cette muraille si dure, si bien liée et si épaisse, la mine se trouva chargée et prête à jouer le matin du quarantième jour du siège, en présence du prince de Condé qui s'y étok rendu.

Notre régiment , soutenu de ceux de Navailles, ik Tonneins et autres, se mit en état de donner «près l'efFet de la mine. L'on avoit détaché deux ^rgens de notre corps avec chacun dix hommes^ soutenus de deux lieutenans avec chacun vingt- <anq : j'en étois l'un, et Labadie > l'autre. Nous étions soutenus de du Breuil et de d'Alvimar, alors capitaine, avec chacun cinauante hommes, et enswte de tout le corps et aes autres régîmens. Nous étions un peu reculés pour être à

t . La Gazette le nomme d'Abadie, extraord. du 1er aolk. Elle le cite dans la relation du siège de Tortone, en 1641, xomme ayant été blessé d'un coup de mousquet.

couvert des effets du jeu de la mine : elle fit un trou quasi à fleur de terre, à passer trois hommes de front, remplissant toute la cour du château de fumée et de ruines, aussi bien ^ue le fossé. Troisville, notre major, qui s'étoit trouvé en quantité de pareilles occasions, où il avoit toujours emporté le principal honneur, ne témoignant jamais tant de ^eté que quand il étoit aâns le péril, se trouva ce jour-là moins délibéré qu'à l'ordinaire. Il avoit employé une partie de la nuit à se confesser et à faire son testament, ce qui ne lui étoit jamais arrivé; il s'étoit armé d'une cuirasse à l'épreuve , ce qu'il n'avoit jamais fait, et parla à tout le monde comme un homme qui dit le dernier adieu. Il ne laissa pas, sitôt que la mine eut joué, de venir où j'étois, et marcha avec les autres jusques dans le fossé, où, voyant que les deux sergens qui étoient devant nous ne passoient point au-delà de la brèche, à cause des décharges que les ennemis y faisoient, il s'avança l'épée d'une main et sa canne de l'autre. Nous le suivîmes, Labadie et moi, avec nos piques, et trouvâmes un des sergens avec l'épaule cassée auprès de plusieurs soldats morts, et ^ue la peur empécnoit l'autre d'avancer.

Troisville le poussa ae sa canne en le maltraitant de paroles; et, sans marchander, passa hardiment la brèche, comme je fis aussi, suivi des plus résolus de nos soldats. Un capitaine des ennemis qui en gardoit l'entrée avec beaucoup d'hommes vint fort brusquement à nous; mais ayant été renversé mort avec les plus déterminés des siens, le reste lâcha le pié au travers de la cour du château. Nous les poussâmes vigoureu-

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me ferois tuer mal-à-propos. Je repris mon cha* peau et me rendis auprès du vicomte et d'Espancjle , qui se trouvoient dans l'embarras, à cause que les soldats qui étoient montés avec eux avoient mis le feu à de la poudre et s'étoient tous brûlés, en sorte qu'il n'y avoit Qu'eux deux seuls en état de se défendre. Ils m'ordonnèrent d'aller quérir du monde; mais comme je partois, les ennemis montrèrent un drapeau blanc, pour indiquer Qu'ils vouloient parlementer. On leur commanda d'envoyer quelqu'un, à quoi ils obéirent après qu'il fut entré un de nos aides de camp avec eux. Celui qui sortit alla trouver le prince de Condé, lequel, après quelques contestations, les reçut prisonniers de guerre, et établit dans la place le sieur d'Espenan, qui en obtint depuis, du Roi, le gouvernement.

Pendant le siège, il y avoit eu près de Perpignan un combat de cavalerie, où le maréchal de Schomberg fit merveille de sa personne et en emporta l'nonneur ». La Favrie, capitaine dans notre régiment et aide de camp auprès de sa personne, y fut tué. Le prince ae Condé réunit toutes les troupes en un corps, alla prendre Canet *, petite ville près de la mer, et retourna à Narbonne après avoir fait démolir le fort de

1 . « Boissat, mestre de camp d'un régiment de cavalerie, et (jui commandoit la cavalerie légère, y fit du mieux , ayant judicieusement réservé trois escadrons qui servirent à défaire les ennemis. » Gazette, extraord. du 14 juillet. Ce combat eut lieu le 26 juin.

2. Bourg avec titre de vicomte et bureau des traites foraines sur la rivière de Teth, à 2 kilomètres de la mer; aujourdhui commune de l'arrondissement et canton de Perpignan.

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Saint-Ange. Après cela, le maréchal de Schombere fit assiéger et prendre Estagel », à l'entrée de la vallée de Conflans, et ensuite Tautavel^, bon château bâti sur un roc, dans les montagnes. Nous perdîmes du monde à ces deux sièges, et sur l'avis que les ennemis assembloient une armée considérable en Catalogne, le Maréchal revint à Salces au commencement du mois de septembre. Il fit faire un camp retranché pour l'infanterie entre Salces et l'étang. Les lignes alloient du fossé de la place jusqu'à un pré que l'on croyoit un marais, et dont l'étendue du retranchement jusqu'à l'étang étoit d'une portée de mousquet. L'on s'étoit si bien persuadé que c'étoit un marais tremblant, pour l'avoir ouï dire aux habitans du pays, qu'on ne l'avoit point sondé, dans la persuasion qu'il ne pouvoit passer personne entre nous et l'étang.

Sitôt que les retranchemens furent achevés, l'on envoya notre cavalerie se rafraîchir dans les montagnes de Languedoc, et nous demeurâmes à la garde de nos lignes, tandis que l'on raccommodoit la brèche de Salces, et que l'on combloit les travaux faits pendant le siège. Mais l'armée ennemie rassemblée en Catalogne, se trouvant encore en ce temps-là, forte de qas^ torze mille hommes de pié et de trois mille oie* vaux aux ordres du marquis de Spinola, fils de celui qui s'est rendu illustre dans les guerres

1 . Bour^ sur la rivière d*Égly. Il y avoit un bureau des traites foraines. Aujourd'hui Estagel est dans le canton de la Tour de France, arrondissement de Perpignan.

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