‹ Mémoires de Henri de CampionChapitre 30 sur 151 · Le 28 septembre · texte numérisé non relu

Le 28 septembre

4. Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, plus tard grand écuyer de France.

Année 1640. 127

mier, qui étoit à la Rotta, qu'ils la défirent entièrement. Le Prince se sauva à Turin avec sa cavalerie. Plus de la moitié de son infanterie fut taillée en pièces, et le reste pris ou dispersé dans les collines ou les bois voisins du Pô. Le marquis de Léganès se contenta d'escarmoucher avec la queue des troupes du comte de Harcourt pendant ce combat, sans entreprendre de les enfoncer, ce qui fit croire, avec beaucoup d'apparence, qu'il avoit voulu laissé battre le prince Thomas, tant pour le contraindre par le mauvais état de ses affaires de remettre Turin entre les mains du roi d'Espagne, que par suite de la mauvaise intelligence que tout le monde savoit qui étoit entre eux, et qui, dans cette occasion comme dans les suivantes, procura bien de l'honneur au comte de Harcourt, lequel, après cette victoire, alla rafraîchir ses troupes aux environs de Turin, sans que personne s'y opposât.

Le marauis ae Léganès, sans s'inquiéter du Piémont, alla investir Casai, où il se hâta de faire une circonvallation. Le comte de Harcourt, trop foible pour secourir cette place, envoya donner avis à la Cour de l'état des choses ; mais sur ces entrefaites le sieur de la Motte-Houdancourt le joignit, et il se trouva à la tète de cinq mille hommes de pié et de trois mille cinq cents chevaux, tous troupes d'élite. La Cour lui ayant laissé la liberté d'agir à son gré, il résolut d'aller attaquer les Espa^ols, quoique de la moitié plus forts et bien retranchés, son humeur des plus hasardeuses ne lui permettant pas de balancer. Il marcha donc à Casai et attaqua les retranchemens. Son infanterie fut d'abord re-

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poussée; mais en longeant les lignes avec de la cavalerie, il y découvrit un endroit peu gardé et plus facile que les autres , y donna , passa des premiers, et fut ensuite si bien secondé, le sieur de la Motte étant aussi entré d'un autfie cAté , que les ennemis abandonnèrent les lignes. Tout ce que put faire alors le marquis de Léganès fut de rassembler promptement ses troupes, de retirer son canon et de regagner le Milanois. Pendant le combat, le sieur de la Tour ^ gouverneur de Casai, en sortit avec partie de sa garnison pour joindre et aider le comte de Harcourt. Le général espagnol ne perdit pas deux mille hommes dans cette action Jl se retira en si bon ordre, qu'on ne lui tua ensuite que peu de monde; mais il lui en coûta tout le bagage de son armée , et pour la consoler il fiit obligé de lui donner des quartiers de rafraîchissement.

Le comte de Harcourt , glorieux de ses grands succès, résolut d'aller investir Turin avec sa petite armée. Espérant qu'on lui enverroit des secours de France, il commença ses approches au mois d'avril, quoiqu'il sût que le prince Thomas avoit dans la place mille chevaux et six mille hommes de pié, dont deux régimens d'Espagnols naturels, outre, pour le moins, dix mille habitants portant les armes. Il forma donc un simple blocus , jugeant bien qu'il n'y avoit pas de raison d'attaauer de vive force une ville qui renfermoit tant ae monde et quasi autant de

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