I . Philippe de Torci , marquis de la Tour
Le marquis de Léganès fut forcé dans ses retranchements devant Casai le 29 avril 1640.
Année 1640. 129
gens de guerre qu'en son armée. L'on se saisit d'abord d'un fauDOurg entre la place et le Pô, ensuite des Capucins, qui sont de l'autre côté de la rivière , sur un coteau où il y avoit deux petits forts qui commandoient le pont. L'on éleva la circonvallation, d'un bord du Pô, près le Valentin, maison de plaisance de madame de Savoie; à l'autre, enceignant la ville et environ trois lieues de pays. Lorsque la circonvallation contre les secours fat en défense , on en commença une autre contre les assiégés, à cause de leur grand nombre et de leurs fréquentes sorties, qui contraignoient nos troupes d'être toujours sous les aroies.
Tandis que l'on y travailloit, le marquis de Léganès, ayant assemblé son armée, marcha vers Turin pour le secourir avant que les deux circonvallations fussent achevées. Lorsqu'il eut passé le Pô à Montcalier, le vicomte de Turenne alla avec une partie de la cavalerie et quelqu'infanterie , pour lui empêcher le passage d'une autre petite rivière ^ qui étoit entre son armée et les lignes. Il y eut un grand combat, où M. de Turenne fit merveilles et tua beaucoup de monde aux ennemis, jusqu'à ce qu'ayant reçu une mousquetade au travers du corps, il fallut l'emporter, et ses troupes se retirèrent, laissant le passage libre aux Espagnols. Le marquis de Léganès se posta ensuite à la vue des lignes, où il resta un mois pour couper les vivres à notre armée , qu: essuya de grandes nécessités.
I . La Sangone y qui se jette dans le Pô entre Turin et Montcalier. . i
130 Mémoires de Campion.
Ce fut alors que l'on nous envoya ordre , dans le Vivarais , de marcher en diligence au camp devant Turin. Nous étions environ huit mille hommes de pié, qui traversèrent aussi-tôt le Dauphiné pour aller passer le Mont-Genève audelà de Briançon , et de-là par la vallée de Pragelas à Pignerol , d'où , n'osant aller droit à Turin, à cause de l'armée ennemie qui étoit devant nous, nous garâmes Veiilane, où le vicomte de Turenne, qui n'étoit pas encore bien guéri de sa blessure, nous vint joindre. Nous n'avions pas plus de trois cents chevaux , et marchâmes fort serrés. Pendant ce temps , le marquis de Léganès, n'osant venir à nous de peur ^ae^ le comte de Harcourt le suivant , il ne se trouvât entre deux armées, résolut d'attaquer les lignes. Il trouva moyen d'avertir le prince Thomas du jour et de l'heure, et fit deux attaques en plein jour ' , l'une le long du Pô, vers le Valentin, près le quartier du comte de Harcourt, à laquelle il commanda lui-même les deux tiers de son armée ; l'autre à environ une lieue plus loin du côté delà plaine , sur le chemin de France. Don Charles de la Gatta, général de la cavalerie, eut la conduite de cette attaque, dirigée contre le quartier du sieur de la Motte , et formée par quatre mille hommes de pié et quinze cents chevaux. Ces attaques commencèrent en même temps au signal de trois coups de canon. Le marquis de Léganès fut repoussé après un combat fort opiniâtre ; mais don Charles de la Gatta fit donner l'infanterie espagnole si hardiment que la nôtre lâcha le