‹ Mémoires de Henri de CampionChapitre 36 sur 151 · I. Le 8 février · texte numérisé non relu

I. Le 8 février

a. Le 4 décembre 1642.

3. Chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Dieppe. Saint-Valery, situé sur les côtes de la Manche, entre Dieppe

l62 MÉMOIRES DE CaMPION.

qu'il y avoit ordre aux villes d'arrêter tous les François qui viendroient d'Angleterre. Le Roi avoit'fait ce commandement afin de tenir encore quelques temps les exilés hors du royaume, pour faire croire aue ce qui s'étoit fait pendant la vie du cardinal avoit été de son pur mouvement, ne craignant rien tant, alors qu'il se voyoit libre, sinon que l'on crût qu'il avoit été gouverné par un de ses sujets. Cette fantaisie l'obligea à faire le sévère encore quelques mois contre son sentiment. De Saint-Valeri le duc de Beaufort vint secrètement à Anet, maison de plaisance du Duc, son père, où étoit la Duchesse et le reste de sa famille. On nous y fit tenir huit jours cachés, pendant lesquels on obtint du Roi, avec assez de peine, permission pour lui de demeurer en France dans ses maisons; de sorte que nous commençâmes à nous divertir à Anet, en attendant qu'il pût aller à la Cour, ce qu'it espéroit incessamment.

Au commencement de 1643, le duc de Beaufort envoya le sieur de Vaumorin à la Cour pour négocier le retour du duc de Vendôme, son père, et son rétablissement auprès du Roi; mais voyant que Vaumorin n'acheminoit pas les choses avec la facilité qu'il espéroit, il se figura que c'étoit manque de prudence ou d'adresse, résolut de me substituer à lui, et me communiqua son dessein en termes tout-à-fait oblieeans. Je le remerciai de la bonne opinion qu'il avoit de moi, et lui dis que Vaumorin étant très-fi-

et Fécamp, étoit autrefois le siège d'une amirauté et d'uu grenier à sel.

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dèle, judicieux, et bien instruit de leurs desseins et de leurs intérêts, étoit plus capable que {)ersonne de faire réussir cette affaire; qu'ainsi, e rappeler seroit lui faire injustice, et m'envoyer pour agir avec lui, ruiner les choses dont il étoit chargé, sachant, par la connoissance que j'avois de l'humeur de Vaumorin , qu'encore qu'il fût rempli de zèle, il ne laisseroit pas, si on lui donnoit un compagnon, de songer plutôt à l'empêcher de réussir qu'à travailler au bien des affaires. Le Duc répondit que, nonobstant mes raisons, il étoit nécessaire que j'allasse à la Cour, et que sans dire à Vaumorin que j'eusse la même commission que lui, je m'adressasse au Père la Boulaye, dont j'ai déjà parlé, et qui, à sa prière, étoit venu du couvent de l'Oratoire de Vendôme, où il étoit supérieur, à celui de la rue Saint-Honoré à Paris, pour agir avec Vaumorin dans ce qui intéressoit la maison de Vendôme ^ Il me remit une lettre pour ce Père , afin de l'obliger à travailler de cohceit avec moi, sans y appeler de tiers. Il me dbnttâ ensuite les instructions nécessaires pour négocier

I. Vaumorin et le Père la Boulaye ont été de toutes, ^Qs affaires de la maison de Vendôme. Après l'aiTestation d|i duc de Beaufort, un espion du cardinal Mazarin écrivait : c( Il est très^vrai que le nommé Vaumorin et le Père^ Boullé ou Boullay sont perpétuellement à Paris pour faire le récit de ce qui se passe aux Coureurs ; » c'est-à-dire aux hoinmes que le duc de Vendôme envoyoit d'Anet pour apprendre dés nouvelles. Avis touchant V affaire de 3f. dt Beaufoirt. Oa. lit dans une lettre de Cangé, autre espion., le 1 1 septembre 1644 : «Vaumorin, domestique du duc de Vendômej, V9it la duchesse de Chevreuse à Tours. » Et plus bas : « La même route (par la Guyenne) a été prise par le sieur de Vaumorin qui partit de Vendôme dans les premiers joura d'août. »

avec ses parens et ses amis de la Cour, et me fit partir aussi-tôt.

A mon arrivée à Paris , je vis le Père la Boulaye , qui fut surpris de la lettre du Duc , parce qu'elle sembloit exclure Vaumorin de ses affaires. Sans témoigner son étonnement, il se contenta de me dire, pour avoir du temps, qu'il étoit obligé d'aller conférer avec le comte de Brienne ' , secrétaire d'État, parent et ami du Duc, et que si je me voulois trouver le lendemain à l'hôtel de Vendôme, il m'instruiroit de ce qu'il savoit, et résoudroit ensuite avec moi ce qu'il y auroit à faire. Je remarquai sa froideur sans en pouvoir deviner la cause , et le trouvai le lendemain au rendez-vous avec Vaumorin, qui tenoit la lettre du Duc de Beaufort au Père la Boulaye, et me demanda , avec un visage altéré , quoiqu'il fit profession particulière d'amitié avec moi, quelle étoit la négociation que j'avois à faire de la part du Duc. Je repartis qu'il pouvoit'connoître, par la lettre qu'il avoit entre les mains, que je ne le devois dire qu'à celui à qui elle s'adressoit, mais que puisqu'ils étoient si unis qu'ils n'avoient rien de caché l'un pour l'autre, je croyois qu'un tiers leur seroit importun, et les engageroit peut-être à retarder les choses dont le Duc sounaitoit l'avancement; que j'allois lui dire qu'il falloit les laisser agir seuls ou les rappeler, et en envoyer d'autres qui, sans leur concert, travaillassent à leur mode. Je voulus sortir en même temps; mais Vaumorin me prenant à part , me représenta le tort que lui faisoit

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