I. Ferdinand II de Médicis, mort le 2) mai
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rante-deux jours à cheval depuis le matin jusqu'au soir, ayant fait, à partir du logis de mon frère le bénéficier, quatre cent cinquante lieues sans me reposer qu'un seul jour. Des accidens m'obligèrent d'achever ma route en chevaux de louage, oui m'avoient tellement lassé que, quoique j'aie le corps infatigable, j'étois quasi à bout. Je crus que le duc de Vendôme me recevroit bien , après tant de dangers et de dépenses pour obéir à ses ordres. Il logeoit au vieux palais de Florence, où je m'acheminai pour le saluer. Son médecin, que je rencontrai à la porte, me dit qu'il était au bain. Je me rendis alors chez le sieur de Beauregard, qui, après les premières embrassades, me tira en particulier pour m'apprendre que sa fortune étoit entièrement changée ;^u'ayant eu plusieurs démêlés avec le principal aes favoris du Hue, appelé Tierceville, qui avoit été son intime"^mi, mais dont l'insolence n'étoit plus supportable, il avoit eu la veille une altercation avec le Duc même, et qu'elle alla si loin , ûue ce Prince voulut le prendre à la gorge, après lui avoir dit plusieurs paroles fâcheuses; que le sieur de Beaupuis, qui étoit venu joindre le Duc à Venise , avoit accommodé l'affaire en apparence, lui ayant fait faire satisfaction par M. de Vendôme, mais au'il croyoit que ce aernier ni lui-même n'oubtieroient jamais ce qui s'étoit passé. Je fus fort touché de cet accident, tant pour l'intérêt de Beauregard , qui m'étoit trèfr-cher, que pour le mien, jugeant bien que le Duc, (]ui me savoit son ami et peu porté pour ses favoris, croiroit que je prendrois son parti contre eux et contre lui-même , et n'en vivroit
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sa maison n'aidant pas peu à lui en donner l'impression.
Ces fâcheuses nouvelles me firent juger que je n'aurois pas la satisfaction que mes pemes, la dépense et les hasards que j'avois courus sem> bloient mériter, et je ne pouvois que me plaindre de mon malheur, qui m'avoit amené dans une si difficile conjoncture. Après y avoir assez réfléchi, je me résolus à tout souffrir avec mon égalité ordinaire. J'allai chez le Duc, que je trouvai soupant avec Beaupuis et la plupart de ses gentilsnommés. Il eut un tel chagrin de me voir, que, ne se pouvant vaincre à cet abord , à peine me salua-t-il; mais après avoir pensé un moment au tort qu'il se faisoit en me traitant de la sorte à mon arrivée, il se contraignit pour me parler et me prier de souper; ce que je fis, me voulant mettre tout-à-fait en raison avec lui, que«je connoissois assez pour savoir qu'après avoir commencé ainsi avec moi , il acheveroit de même. Cette réception surprit fort le sieur de Beaupuis et tous les domestiques du Prince , qui savoient que je ne lui avois pas donné sujet d'en user ainsi à mon égard. Je continuai à le voir tous les jours , quoique sa froideur pour moi augmentât visiblement. Lorsque j'en vis sa maison assez persuadée, et que ma présence sembloit l'importuner de plus en plus, je priai Beaupuis, auquel il faisoit de grands honneurs, de lui dire qu'après avoir couru d'extrêmes hasards et m'étre ruiné pour le venir trouver par son ordre, je me tenois pour le plus malheureux des hommes de voir que je lui étois désagréable; que quoique je fiisse assuré de n'avoir rien fait qui lui
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pour l'utilité ou pour le vice, qui paroît là dans son trône, tant il y est éclatant.
Après que j'eus reçu de France mon argent, nous résolûmes , Beaupuis et moi , d'aller à Rome avec le cardinal de Médicis , qui s'y rendoit pour prendre le chapeau des mains du Pape '. Nous lui demandâmes s'il croyoit qu'il y eût sûreté
{)our nos personnes , à cause de l'accusation que 'on faisoit contre nous au sujet du cardinal Mazarin. Il nous dit que le pis que l'on nous pourroit faire , seroit de nous chasser, ce qui ne seroit
f)as un grand mal. Nous nous décidâmes donc à e suivre , pensant , après y avoir été quelque temps, à nous embarquera Civita-Vecchia pour aller passer le détroit de Gibraltar, et de Là nous retirer en Hollande, où nous pourrions voir la guerre, la paix des Provinces-Unies avec la couronne d'Espagne n'étant pas encore faite. Nous arrivâmes par Sienne et par Viterbe à Rome, où après avoir vu la cavalcade du cardinal de Médicis, et comme le Pape lui donna le chapeau, nous nous divertîmes à voir les belles églises, les beaux palais, les vignes des cardinaux, et surtout les antiquités de cette fameuse ville. J'en ai fait un traité à part, qui est entre les mains de mon frère le bénéficier *. J'ai toujours eu tant de commerce avec ces grands personnages de la vieille Rome, et tant de vénération pour eux, que j'étudiois jusqu'aux moindres restes des ouvrages de leur temps, considérant avec plaisir les
1. Jean-Baptiste Pamphili, pape le 15 septembre 1644, sous le nom d'Innocent X , mort en 165 5.