LETTRE VU
Enfin, M. le Comte va commander une armée en Lorraine, et quoi que tous les ar~ rière-bans passent pour aller trouver M. d'Angoulême et M. le maréchal de la Force, elle sera de sept ou huit mille hommes ; cela donne beaucoup de joie à ses serviteurs, qui se persuadent que par ce moyen il se fera valoir : et Ton a lieu de Pespérer, vu le changement de son humeur, étant devenu si civil et si obligeant qu'il commence à se faire beaucoup de créatures «.*Ce procédé fait croire à la plupart que ceux qui l'ont gouverné par le passé lui conseilloient de ne se point familiariser, afin que personne ne pût l'entretenir contre leur intérêt. Il a tant de peur de tomber dans le même inconvénient , que le meilleur moyen de ruiner un homme auprès de lui seroit de lui témoi^er qu'il prétendroit le gouverner ; cette aversion va dans un tel excès, qu'il est en garde avec tous ceux qui l'approchent, : toutefois, comme il prend la plupart de ses résolutions de lui-même, après avoir conféré avec ceux qu'il croit dans ses intérêts, ayant beaucoup de sens, il y a apparence qu'il se formera si bien l'esprit,
I. Tallemant des Réaux lui rend le même témoigna^ge : « Il étoit devenu bien plus civil depuis qu'il commanda en Picardie. » Historiette de mademoiseUe de Senneterre et son frère.
la Valette, pour rétablir son armée tout à fait ruinée par la retraite de Mayence». Comme vous avez inclination pour notre Prince , je sais que vous aurez joie d'apprendre qu'il a acquis beaucoup d'honneur, et qu'il a fait quantité de serviteurs dans ce voyage, et déplaisir qu'on lui ait ôté le commandement de l'armée avec Quelque manière d'affront. On lui a offert celui d'une autre en Champagne, où il n'y a que trois cents hommes , ce qu'il n'a pas voulu accepter ; de sorte que nous partons un de ces jours pour revenir à Paris, assez mal satisfaits de la Cour. Vous pouvez croire la joie que j'aurai de vous aller rendre compte de toutes choses.
DeChâlons, ce 5 novembre 1635.
A LA MÊME