LETTRE IX
e ne pensois plus vous écrire ici, vous ayant mandé hier que nous allions à Paris; mais la bonté que vous me témoignez par votre lettre, et le soin que vous prenez de mes intérêts m'oblige à vous éclaircir sur ce qu'un de mes bons amis vous a dit que je me plaignois de
1 . Le cardinal de La Valette et le duc de Saxe-Weymar, après avoir fait lever le siège de Mayence par les Impériaux, furent obligés de repasser le Rhin, a cause de la disette où ètoit Tarmée. Galas les suivit et les atteignit dans leur retraite; mais son avant-garde, qui ètoit de cinq mille hommes, fat battue près de Vaudrevanges sur la Sarre.
M. le Comte. Il est vrai que m'étant trouvé avec MM. de Meaussé, de Beauresard et le chevalier de la Loupe ^ aux approches de Saint- Mihel, nous fûmes tous quatre investis par la compagnie de Vineuil >, qui étoit de trente maîtres^ et que l'ayant poussée à la vue de l'armée, à cause (jue M. de Meaussé tua celui qui la commandoit, je fus un peu en colère de ce que M. le Comte, qui a voit vu l'action, ne parla que de lui , la contant à tout le monde ; mais j'avois ce déplaisir commun avec deux braves hommes, et cela ne nous fit aucun tort, tout s'étant passé à la vue des volontaires , qui vinrent pour nous secourir si les ennemis eussent tourné; et le Prince même y fut des premiers. Ce procédé est une marque que je ne suis pas si bien dans son esprit que je présumois ; et c'est tout ce qui m'en a déplu. Mais aussi votre inquiétude me fait voir que je suis mieux dans le vôtre que je n'avois espéré , et cela me ravit. Je vous proteste que cette dernière joie effaceroit cent déplaisirs pareils , et que rien ne la peut égaler que le ressentiment que j'en aurai toute ma vie.
De Châlons, ce 6 novembre 163$.
' I . N. d'Angennes , chevalier de La Loupe , frère de la comtesse d'Olonne et de la maréchale de La Ferté.
2. Ardier, sieur de Vineuil, surnommée Ardier le gentilhomme.
d'Alex, de Campion. 295
A LA MÊME