LETTRE X
Les affaires ont bien changé de face depuis que nous nous sommes quittés : pour rien au monde M. le Comte ne vouloit l'armée de Champa^e, et à présent il la désire, et M. de Longueville, qui en avoit le commandement, la lui quitte >, de sorte que nous partons pour aller nous opposer aux Polonois et aux Croates qui brûlent tout dans la Champagne.
Je crois que nous y trouverons peu de forces prêtes pour leur résister, mais il sera dans son gouvernement , et on auroit honte de l'y laisser sans le mettre en état de chasser les ennemis, et quand cela ne seroit pas , il est mieux là qu'à la Cour en la posture que nous savons. Il n'y a que moi qui perds à ce marché-là , puisque je suis contraint de vous quitter, et même sans vous dire adieu. Vous pouvez croire que ce n'est pas de mon bon gré, et que j'en enrage d'aussi bon cœur que jefaisois dernièrement quand *** rompit notre conversation ; mais ma consolation à tous mes maux, est l'assurance de votre amitié, de laquelle je ne douterai jamais, non plus que vous faites de la mienne.
De Saint-Germain ^ ce 1 2 décembre 1635.
I . Il alloit en échange commander Tarmée qui opéroit en Franche-Comté.
d'Alex, de Campion. 299
petite armée , Ton avoit choisi la meilleure cavalerie , et une partie de Tinfanterie pour envoyer encore fortifier celle de M. le cardinal de la Valette, qui n'est pas à présent de ses amis, dont il se plaignoit fort à la Cour; sur quoi on lui manda que MM. les maréchaux de Brezay et de Chosnes > avoient cinq ou six mille hommes en Picardie, et que si les ennemis entreprenoient quelque chose en cette Province, ou en celle de Champagne , ils avoient ordre de le joindre et de lui. obéir. Je vous redis ceci en peu de mots, que vous savez aussi bien que moi , afin que vous jugiez si nous avons eu raison, M. de Saint- Ybalt et moi, de conseiller à M. le Comte, sur les nouvelles que les ennemis avoient investi la Capelle avec une formidable armée, d'avancer avec ce qu'il avoit de troupes du côté de Picardie et de mander à la Cour qu'il avoit cru important pour le service du Roi de faire jonction de sa petite armée avec celle de ces deux maréchaux de France, pour pouvoir secourir les places les plus importantes , d'autant au'en l'état que sont les choses, on n'osera pas donner le commandement à un autre , l'affaire étant faite ; au lieu que s'il attendoit les ordres de la Cour, on lui commanderoit peut-être de se tenir dans son Gouvernement , pour y ordonner de toutes choses en cas que les ennemis y vinssent. Il nous a crus, et a dépéché M. de Beauregard >, qui vous
1 . Honoré d'Albert, sieur de Cadenet, frère du connétable -de Luynes. Il avoit pris le nom et les armes de Chaunes en épousant Claire<2harlotted'Ailly,filleuniquede Philibert-Emmanuel 4l'Ailly sieur de Piquegny, et de Louise comtesse de Chaunes.