LETTRE XVIII
Nous sommes arrivés à Compiègne, Dieu merci , et sans avoir vu les ennemis qu'au- 3rès de Noyon, que M. le Comte , ayant marché :oute la nuit et une partie du jour à l'arrièrejarde , enfin n'en pouvant plus , et se croyant en ;ûreté, entra dans Noyon après la moitié de 'armée , dans le temps que Jean de Vert vint rharger notre arrière-garde avec six mille chenaux; mais M. de Beaufort s'y trouvant, il fit oumer les troupes et acquit beaucoup d'honleur. Nous n'étions pas plus de vingt volontaires luprès de lui, entre lesquels il y avoit trois ou quatre de ses domestiques; enfin nous arrêtâmes es ennemis , qui se retirèrent et nous laissèrent întrer dans Noyon ; ils brûlent et ruinent tout entre la rivière d'Oise et celle de Somme. Je ne sais s'ils attaqueront Corbie pour s'assurer un passace jur cette rivière , ou s'ils pousseront du côté de Paris. S'ils font le premier, c'est le plus sûr pour ?ux et pour nous : pour eux , se donnant une retraite, et pour nous, ^ui aurions le temps de lous mettre en état. Mais s'ils prennent l'autre résolution, ils étonneront toute la France et ébranleront le grand ministre, qui seroit blâmé ju R^ et de tout le monde d'avoir laissé les places de Picardie dépourvues de tout, et la France sans poudre , à cause d'un certain parti ]u'on a fait avec Sabatier, qui est cause qu'il en
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faut attendre de Hollande ; et même l'on pourroit faire souvenir Sa Majesté de l'année passée, où nous fûmes réduits à tnander les arrière4)ans trois jours après avoir déclaré la guerre. M. de Saint-Ybalt, qui va en cour, me dira à son retour l'état de toutes choses, et je vous en ferai part, étant tellement de mes amis qu'il ne me cèle rien , outre que M. le Comte ne me trouve point en particulier sans me parler de toutes ses affaires , et sans me faire l'honneur de m'en demander mon avis; le mien est que ceux <}ui baissent M. le Cardinal ne sauront se servir du temps pour le pousser ; mais s'ils témoignent leurs intentions et qu'ils le manquent , il n'en fera pas de même s'il peut sortir de l'embarras présent; c'est de quoi vous vous souviendrez, et peutêtre dont je souffrirai un jour en mon particulier, comme les autres qui n'en seront pas plus coupables que moi.
De Compiègne, ce 9 aoust 1636.
A LA MÊME
LETtRE XIX.
Pour répondre à la curiosité que vous avez de savoir ce que M. de Saint-Ybalt m'a dit en particulier de son voyage de Paris, vous saurez qu'il trouva toute la Cour dans une étrange consternation sur la nouvelle de la prise de Corbie \ sur celle de Roye et de la marche des ennemis^