Léon Le Bouthillier, comte de Chavigny
5. Joseph Le Clerc Du Tremblay, d'abord soldat, puis^ capucin, né le 4 novembre i $77, mort le i8 décembre i6 j8.
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de Richelieu y étant venus mettre la dernière main au traité qui avoit été fait , tout ce qui étoit resté d'indécis n'eut pas été plutôt conclu et arrêté, que le prince se rendit à Blois. Il en revint un mois après à Saint-Germain , et de-là à Paris , où le mariage de Puilaurens avec la parente du Cardinal s'acheva le 28 novembre; il fut ensuite reçu au Parlement Duc et Pair d'Aiguillon , sous le nom de Puilaurens, lej décembre.
Je me trouvai à toutes ces cérémonies, et en remarquant que la cour de ce nouvel Icare étoit en quelque manière plus grosse que celle du Roi et du Cardinal, je m'apperçus dès-lors que l'ivresse de se voir tout d'un coup si élevé commençant à lui faire oublier son devoir et le rendant'déjà inaccessible à ses amis, il y avoit à craindre pour lui (quelques revers de fortune qui les vengeroit , ainsi aue cela ne manqua pas d'arriver ; car le Cardinal, qui fit durant ces fêtes tout ce qu'il put pour le gagner entièrement, voyant qu'il n'avoit pu y réussir, crut c^ue pour sa sûreté il ne devoit pas tarder à détruire ce colosse qu'il avoit élevé , s'il ne vouloit s'exposer à en être lui-même renversé* La santé du Roi, qui étoit . clumcelante, avoit engagé le Cardinal à donner sa parente et un duché à Puilaurens, dans l'idée que Sa Majesté venant à mourir, il gouvemeroit par son moyen le nouveau roi, comme il faisoit par lui-même Louis XIII, dont il étoit plutôt le maître que le ministre; mais ayant bientôt reconnu, par les entretiens qu'ils eurent ensemble, qu'autant son ambition étoit sans bornes, de même aussi sa fidélité pour le duc d'Orléans étoit incorruptible, en ce que, bien qu'il l'eût
}o Mémoires dk Campion.
prié de se servir de tout son crédit auprès de ce Prince pour l'engager à consentir à la dissolution de son mariage, qu'il soutenoit être valable, et que lui Cardinal avoit ses vues pour faire rompre, il avoit découvert néanmoins que Puilaurens avoit écrit de la part de son maître à Rome pour détourner le Pape d'y donner les mains; et il prit dès-lors ses mesures pour n'être pas plus long-temps la dupe du favori.
Je ne puis que louer beaucoup la fidélité du duc de Puilaurens ; mais je crois impossible d'excuser l'imprudence qu'il eut de s'imaginer pouvoir se mamtenir avec le Cardinal sans se donner absolument à lui. Il devoit bien juger qu'il ne lui avoit accordé sa parente avec une dignité si élevée et des biens proportionnés pour la soutenir, que pour se l'attacher intimement, et le rendre participant de ses desseins, la haine qui avoit été entre eux jusques-là devant lui faire connoitre assez clairement que l'intérêt et non l'amitié étoit l'unique nœud de leur union. Le Cardinal voyant donc c}ue tous les honneurs et les avantages qu'il avoit procurés à Puilaurens, loin de lui acquérir une créature et un ami qui lui fût tout-à-fait dévoué, lui avoient donné un compétiteur à craindre dans la suite, résolut, pour y obvier, comme je viens de le dire , de se servir à son ordinaire de remèdes violens pour s'en délivrer, quoique de plus doux eussent été aussi assurés et plus convenables, puisque le duc ne pouvant lui nuire que dans un changement de rème qui étoit incertain , il auroit pu , en le décréditant peu à peu, sans le perdre toutà-fait , éviter le blâme éternel que la mort préci-
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phée du malheureux Puilaurens a répandu sur sa mémoire. Aussi-tôt donc qu^il eut résolu sa ruine, il commença par persuader au Roi que, le duc n'ayant point perdu l'inclination de fomenter les brouilleries qui troubjoient le royaume, il continuoit toujours , malgré les bienfaits dont il avait été comblé, ses intelligences avec les Espagnols, et entretenoit le duc d'Orléans dans les mêmes sentiments qu'il avoit eus parle passé; si bien que cette accusation se joignant à l'aversion naturelle de S. M. contre ceux oui s'attachoient au Duc son frère, et à la foiblesse qu'il avoit de n'agir que par l'instigation de son ministre, il consentit sans peine à ce qu'on s'assurât au plutôt de Puilaurens, et de ceux qu'il croyoit être dans sa confidence; de sorte que, pour y réussir plus facilement et avec plus de certitude , lui et le Cardinal concertèrent de proposer un ballet où la plupart des princes et des seigneurs seroient admis , et par conséquent le nouveau duc , pour lequel le piège étoit tendu. Le duc d'Orléans, qu'on avoit fait venir de Blois, s'étant rendu au Louvre le 14 février 1635, jour marqué pour le ballet, Puilaurens s'y fit attendre si longtemps qu'on craignit qu'il n'eût eu quelqu'avis secret de ce qu'on tramoit contre lui ; mais enfin il y vint, fut arrêté et conduit au bois de Vincennes, pendant que d'un autre côté, du Fargîs, du Coudrai, Senantes, son frère, Saint-Quentin et plusieurs autres l'ayant été aussi, furent menés pour la plupart à la Bastille. Cette expédition ainsi faite, le Roi l'apprit lui-même à Monsieur, qui en fut troublé au point qu'on peut se l'imaginer; mais
S. M. le rassura, et lui dit q^u'il n^avoit rien à craindre, étant instruit au'il n'avoit aucune part aux mauvais desseins ae Puilaurens, qu^on fui feroit connoitre clairement être criminel de lèze-majesté; à quoi le Prince répondit que, n'ignorant pas ce qu'il devoit à sa personne et à l'État, il retireroit la protection qu'il avoit donnée jus(}u'alors à Puilaurens, du moment qu'on lui feroit voir que ce duc avoit failli contre l'une et l'autre. Après quoi il se retira à l'hôtel de Guise, où il s'étoit logé en arrivant à Paris. La fin de cette affaire fîit la mort du prisonnier, qui arriva Quelques mois après », avec grande apparence de poison , à ce qu'on dit alors. La détention de ses amis dura peu ensuite, on les mit en liberté, et ce fut un préjugé qu'on ne leur avoit point trouvé d'autre crime que leur zèle pour Puilaurens, dont la mort étant tout sujet d'inquiétude, les rendoit pour lors innocens. L'on fit courir le bruit parmi le peuple qu'il avoit voulu faire assassiner le Roi par Vieux-* pont 2, lequel, pour avoir dit quelque chose de
1 . Le ler juillet au château de Vincennes. Nous avons déjà dit qu*il avoit été arrêté le 14 février.
2. Jean, baron de Vieux-Pont, gentilhomme du duc d'Orléans. Il fut en effet, comme Campion le dit plus loin, excepté de la Déclaration du mois d'octobre 1634. Mais après la mort de Richelieu, il commanda le régiment de Gaston au siège de Dunkerque en 1646, et fut tué en 1648 dans la tranchée devant Ypres. Voici comment sa mort est racontée dans la Gazette : « Le 23 mai, le régiment de S. A. R. entra en garde à l'attaque du prince de Condé... le sieur Arnault, maréchal de camp, qui venoit d'entrer dans la tranchée pour y passer la nuit , fut blessé , à l'ouverture de la sape, d'une mousquetade à la main droite qui perça la manche du pourpoint du sieur de Vieux-Pont... Deux heures
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trop insolent contre S. M., pendant le séjour du duc d'Orléans à Bruxelles, avoit été excepté de son traité; mais comme cette accusation n'avoit de fondement que dans l'imagination de ses inventeurs, qui vouloient le rendre odieux au public, on n'en parla plus après sa mort,
J'étois parti de la Cour aussi-tôt après les premières fêtes dont j'ai parlé, pour venir voir ma feunille et me mettre en état dé prendre une compagnie dans un régiment d'infanterie, que du Coudrai comptoit lever, ce qui en ce temps là étoit un parti assez considérable pour un jeune homme tel que j'étois; mais comme je me
{>réparoîs à en aller chercher le brevet, j'appris e malheur de mes amis, ce qui me fit rester sans emploi jusqu'à peu de temps après, que j'en trouvai lin auquel je ne pensois point. Claude de Pilliers-la-Coudrelle, cousin -germain de ma mère et premier capitaine du régiment de Normandie ' , ayant perdu son fils aîné , c^ui étoit lieutenant de sa compagnie, eut du Roi; pour récompense de cette charge, une enseigne, avec permission de la vendre. Quoiqu'elles valussent ordinairement quatre millelivres, il me l'offrit pour six cents écus, par rapport à notre pa-
après, le sieur de Vieux-Pont descendit à la sape, où en remontant il reçut un coup de mousquet au haut de la cuisse , qui lui étant coulé jusque dans la vessie, il en mourut deux jours après. »
I. Capitaine en 1617, il étoit premier capitaine de 1634. En 1644 il fut major, le onzième depuis la formation du régiment. La Gazette le cite parmi les offiders de Normandie qui se distinguèrent au siège de Salces en 1639. Extraora. du 28 novembre. On trouvera plus loin de très-intéressan» détails sûr ce siège.
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rente; et comme les vieux régimens, tels que celui dont je parle, étoient en une haute réputation, et regardés comme la véritable école de la guerre et le chemin le plus apparent de la fortune militaire », je n'hésitai pas de profiter de la bonne volonté de mon parent, me voyant sans appui. C'étoit au commencement d'avril 163 j, et j'avois vingt-deux ans. Je partis aussi-tôt pour me faire présenter au Roi, selon la coutume, et sous le nom de Campion^, qui est celui de notre famille , abdiquant en cette occasion celui de du Feuguerei, que j'avois porté jusqu'alors, dans la crainte que j'eus que S, M., venant à se souvenir que j'étoi's du nombre des gentilshommes revenus en France avec Monsieur et avec Puilaurens, ne m'accueillît défavorablement. Aussi-tôt que j'eus mes lettres du Roi , je me rendis en diligence à Nanci et de-là dans le comté de Montbelliart : j'y joignis le régiment, qui étoit campé proche d'une petite ville appelée Héricourt^, située à une lieue de Montbelliart.
I. Le régiment de Normandie fiit levé en 161 5 par le maréchal d'Ancre. Après avoir porté le nom de ce maréchal et celui de son fils, il prit en 161 7 le nom de la province où il avoit été formé.
- 2. Il continua pourtant d'être connu sous celui de du Feugrey ou du Feugueray. Voy. la 104e lettre d'Alexandre deCampion, sous la date de 1650. Le cardinal Mazarin dans ses Carnets l'appelle toujours Fouqueret.
3. Petite ville, cnef-lieu a'une seigneurie en Franche- Comté, à 6 kilomètres au nord de Montbéliard. Elle apparfenoit alors au duc de Wurtemberg, qui l'avoît reçue de la maison de Neuchâtel. C'est aujourd'hui un chef- lieu de canton dans l'arrondissement de Lure, département de la Haute-Saône.
Le maréchal de la Force * occupoit alors ce pays avec la meilleure partie des vieilles troupes de France, au nombre de deux mille chevaux et de dix mille hommes de pié , les plus aguerris que j^aie jamais vus. Ils venoient d'Allemagne, où ils avoient pris Spire ^ et plusieurs autres places, en sorte au'ils avoient grand besoin de repos pour se rétablir; et le Maréchal, qui faisoit ravitailler Montbelliart, comptoit bien, après cette opération, les mener pour cet effet en Lorraine ; mais il ne put exécuter ce projet aussitôt qu'il se l'étoit proposé; car le duc Charles de Lorraine 3 s'étant mis à la tête d'une partie des troupes catholiques d'Allemagne, (jui pouvoit monter à huit mille hommes de pié et six mille chevaux, vint se poster de sorte, entre les montagnes qui séparent la Lorraine et le Montbelliart, qu'il nous ôta toute communication avec la France; ce qui arriva dans le temps que le Roi ayant envoyé un héraut à Bruxelles, pour déclarer la guerre au roi d'Espagne 4, fit entrer en même temps dans la Flandre les maréchaux de ChatillonJ.et de Brézé^ à la tête
1. Jacques Nompar de Caumont, duc et maréchal de La Force, né vers 1559, mort le 10 mai 1652.