LETTRE XLVIII
Ceux qui se sont rencontrés à la conférence qui s'est faite devant madame votre mère ayant trouvé que vos lettres étoient fort bien faites, j'ai vu M.*le Cardinal dans sa maison à Paris, où, au lieu de sa douceur ordinaire, je n'ai trouvé <ju'emportements et menaces , sur ce que vous aemandez le parlement pour vous justifier. Il m'a même dit devant toute la Cour que c'étoit au Roi à vous choisir des juges, et non pas à vous; à quoi je lui ai reparti que vous n'en aviez point d'autres que le parlement, et que le Roi étôit trop juste pour ne le vous pas accorder. Il m'a dit ensuite qu'on verroit si j'avois trémie dans les commerces que vous aviez eus contré le service du roi, et que Sa Majesté en feroit justice; à quoi j'ai répondu, en me retirant, que j'apportois ma tête pour répondre de vos actions et des miennes, et qu'en servant fidèlement mon maître, jen'avois peur de rien. Sitôt que j'ai été sorti , je suis venu à toute bride à Saint-Germain, de peur qu'il n'eût le temps de mander au Roi qu'il ne reçût pas votre lettre. Je l'ai trouvé soupant , et, sans me montrer, je me
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suis tenu sous la porte de son cabinet, oîi je lui ai présenté votre lettre , et je l'ai suivi; il l'a lue avec attention , et a bien voulu que j'aie raisonné avec lui sur vos intérêts, et il m'a écouté favorablement jusqu'à ce que M. de Chamarante^ lui est venu apporter une lettre de la part de M. le Cardinal: car, sitôt qu'il a eu achevé de la lire, il a donné le bonsoir, et m'a dit qu'il vous feroit demain réponse. Je suis venu aussitôt vous écrire à mon logis, d'où je vous dépèche ce courrier, et je retournerai demain à Paris , où, après avoir, ouvert les réponses qu'on vous fera , je vous manderai les avis de vos vrais serviteurs, et les miens, puisque vous me le commandez toujours.
A Saint-Germain, ce 26 décembre 1640.
AU MÊME