‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 121 sur 231 · LETTRE XLVI · texte numérisé non relu

LETTRE XLVI

Comme Sa Majesté avoit dit à M. Le Roy, votre secrétaire, qu'il s'étonnoit que vous eussiez commerce avec ses ennemis , le Père de Gondy et moi, qui avions vu par votre ordre les instructions que vous lui aviez^ envoyées, les trouvâmes tout à fait bien ; mais nous jugeâmes

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qu'elles seroient assez inutiles, et que Sa Majesté ne lui répondroit que ce qu'il lui avoit ait la première fois, sans écouter vos justifications. Nous étions même persuadés que je n'en recevrois pas un plus tavorable traitement en lui portant votre lettre de créance sur moi ; mais il en est arrivé tout autrement, car, l'ayant suivi dans son cabinet après son souper, je lui ai présenté votre lettre, qu'il a lue, et il m'a écouté favorablement. Il m'a dit seulement que, M. de BuUion^ ayant dit à madame la comtesse le soupçon qu'on avoit de vous, il avoit eu raison de s'étonner de n'avoir point eu de vos nouvelles. Sur quoi je l'ai assuré que c'étoit une supposition, que M. de Bullion n'en avoit jamais parlé à madame votre mère ; et là-dessus je lui ai dit que ces mauvais rapports qu'on lui faisoit venoient<ie vos ennemis et des siens, qui ne pouvoient souffrir que vous fussiez bien avec lui , et j'ai poussé l'affaire si loin que je lui ai dit ce qui m'est venu en fantaisie contre M. le Cardinal, sans le nommer, et lui ai spécifié toutes les adresses dont il se servoit pour lui donner soupçon de ses vrais serviteurs. Et sur les intelligences qu'on lui avoit dit aue vous ménagez en Angleterre comme en Flandre , je pense lui avoir fait voir clairement que c'étoient des faussetés supposées pour vous ruiner dans son esprit , lui diçant pour conclusion que, si j'alléguois quelque chose à faux, je demandois que ma tète en répondit. Enfin , sans qu'il entra des créatures de M. le Cardinal, je crois que cela auroît continué

. I. Claude de Bullion, surintendant des finances.

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jusmi'à ce qu'il eût donné le bonsoir. Je sais bien qu'il y a peu d'espérance de réconciliation pour vous, après cela^ avec M. le Cardinal; mais vous l'avez oésiré , et j'ai porté l'affaire au plus loiii. Ce n'est pas que je vois bien qu'il gagnera le Roi , et qu'il le fera consentir à vous pousser ; mais , comme c'étoit son intention , il vous sera toujours avantageux que Sa Majesté connoisse ses artifices à fond.

Au retour de Saint-Germain , je suis venu ce matin par Ruel, où M. le Cardinal, quoique bien averti de ce que j'avois dit hier au soir, m'a. fait cent caresses en mon particulier, et m'a dit sur votre lettre qu'il vouloit croire votre innocence, mais que M. de la Vigerie, gentilhomme de M. de Soubise>, prisonnier à la Bastille, avoit bien parlé contre vous. Sur quoi l'ayant fort assuré que vous n'aviez eu aucun commerce en Angleterre ni en Flandre , il m'a dit que M. l'abbé de Mersy ^ étoità Sedan, oui venoit de Bruxelles, et a fait appeler M. aes Noyers J ; mais, en attendant qu'il entrât, il m'a

1 . Benjamin de Rohan , seigneur de Soubise. Il est nommé dans la déclaration du roi en date du 3 juin 1641.

2. P. Ernest de Mercy. La soixante-cinquième lettre de ce recueil lui est adressée. Il fut un des négociateurs habituels de tous ces complots avec TEspagne, et on verra plus loin qu'Alexandre de Campion vante son zèle pour les intérêts du comte de Soissons. M. Cousin a publié dans l'appendice de son livre intitulé Madame de Chevreuse un Mémoire que l'abbé de Mercy adressoitle 27 septembre 1647 au gouverneur des Pays-Bas espagnols, sur ce qui s*est négocia et traité au voyage de Vabbé de Mercy en Hollande, entre lui, le comte de Saint-Ybar et madame de Chevreuse.

3. François Sublet de Noyers, secrétaire d'État de la guerre.

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dit que , si M. l'abbé de Mersy n'étoit pas venu pour vous, c'étoit pour M. de Guise • et pour M. de Bouillon, et que Dom Miguel de Salamanque étoit venu à Montmédy pour conférer avec eux. Sur quoi je lui ai reparti que je croyois M. de Guise et M. de Bouillon aussi innocents que vous de tous les crimes qu'on leur imputoit, mais que comme ils n'avoient pas été accusés, je n'avois aucune charge de parler pour eux; que je répondois seulement pour vous, comme j'avois tait au Roi. Sur cela M. des Noyers est entré, et m'a dit d'abord que M. de la Vigerie avoit fort parlé contre vous ; à quoi j'ai répondu qu'il n'y avoit rien de si facile que de foire parler un prisonnier. Lors M. le Cardinal m'a dit en souriant: ((Vous êtes en colère, M***; je témoignerai au roi ce que vous m'avez dit, et je veux croire sur votre parole que M. le Comte est innocent de ce dont on l'accuse. » Il m'a promis ensuite de m'envoyer sa réponse à Paris. Si tôt que j'ai été sorti d'auprès de lui, il est allé à Saint-Germain, et l'on me vient d'apporter la réponse de Sa Majesté et la sienne , que je vous envoie avec cette relation , et j'attends vos ordres sur ces lettres, et sur toutes les affaires qui me retiennent ici pour votre service.

A Paris, ce 16 décembre 1640.

I. Henri II de Lorraine, duc de Guise. La déclaraiion dia j juin 1641 est dirigée contre lui aussi bien que contre le comte de Soissons et ie duc de Bouillon. On la trouve dans le Recueil de pièces concernant l'histoire de Louis XIII, etc.

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AU MÊME

LETTRE XLVIL

J'ai reçu votre lettre du 21 décembre, par laquelle vous me témoignez être fâché que je n'avois pas ouvert celles du roi et de M. le Cardinal, que vous me renvoyez, et que je vois différentes de ce qu'ils m'avoient dit en les quittant, vu qu'ils vous mandent que ce que je leur ai dit est bien contraire aux avis qu'ils ont d'ailleurs. Pour répondre à la vôtre, je vous dirai en hâte que je n'avois sarde d'ouvrir vos lettres sans votre commandement, et qu'auparavant que de cacheter celles que vous leur écrivez , je les montrerai suivant votre ordre à madame votre mère, au Père de Gondy et à MM. les présidents de Mesme ' et de Baifleul ^ , et que je les porterai ensuite au roi et à M. le Cardinal. Je les trouve fort bien ; mais je prendrai la liberté de vous dire que j'eusse été bien aise de les voir tous en particulier, de peur ç\^ç M. le Cardinal ne sache qu'ils sont de vos amis, cela leur pouvant nuire, s'il le découvre, et que même je l'aurois fait, quoique vous me mandiez le contraire, sans que vous les nommez dans la lettre de madame votre mère. Ainsi comme elle les a mandés , je me trouverai tan-

1. Henri de Mesme, président à mortier au parlement de Paris.

2. Louis de Bailleul, président à mortier au parlement de Paris.

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tôt avec eux dans son cabinet, et vous rendrai compte de la conférence et de ce que j'aurai appris en portant vos lettres* A Paris, ce 24 décembre 1640.

AU MÊME

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