‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 125 sur 231 · LETTRE L · texte numérisé non relu

LETTRE L

Avant que de vous rendre compte de ce qui s'est passé depuis que je suis ici, je vous dirai que j'ai trouvé cette cour bien différente de éélle de France, et que l'on y agit par des manières tout à fait contraires. Un seul homme gouverné en France, et ils sont ici plusieurs. Ce

passion qui B*cst divine que pour ks pôëtès profaiièà, et où, oe se fiant pas à se^ propres lumières , il a mendié les secours de tous nos- phis délicats versificateurs, à la réserve de ce poète, notre ami (Col-neille), quia ét^ exclu de la société dès artisans de ce chef-d'œuvre peur n'avoir pas pu assujettir la force et la sublimité de ses pensées toutes libres à ûes conceptions si délicates et sispiritualisées qu'elles n*a- Voient pas asse? de corps pour se soutenir elles-mêmes , et qu'il vouloit toujours faire servir de fondement aux vers auiÂliaires qu'il lia demandott. »

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ministre, quand il n'est pas question de sa for^ tune, a de la parole et de la lermeté, et ceux-ci n'ont ni l'un ni l'autre. L'on obtient bien souvent les choses raisonnables en France, jpounni qp'on se rende agréable au ministre, et qu'on le prie : à Bruxelles, il faut menacer et parler haut. La raison persuade là, et ici il n'y a que la nécessité. Mais la plus grande différence est que le ministre de France gouverne seul, et qu'ils sont ici plusieurs , qui ont jalousie les uns contre les autres, de sorte qu'à cause que Dom Antonio Sarmiento a fait votre traité, les autres le buttent en beaucoup de choses qui vous regardent, et lui-même n'agit pas de trop bonne loi. Il avoit soustrait une feuille du traité, et il me le montra de cette sorte, lorsque je lui demandai quelque chose qui ne s'y trouvoit plus : je m'en aperçus aussitôt, mais je n'en fis aucun semblant, parce que M. de Guise devoit arriver ce jour-là, et j'étois bien aise que nous fussions ensemble pour le convaincre de friponnerie, s'il vouloit maintenir qu'il n'y eût que cebi ; et, comme il n'y avoit que vous, lui, M. de Bouillon et moi lorsque nous le signâmes tous trois, je craignois de n'être pas assez fort seul pour l'em-, porter sur lui. Sitôt que M. de Guise fut arrivé, je l'entretins sur ce sujet, et j'y fus le lendemain avec lui , où , lui demandant le traité pour en examiner les particularités, je lui dis que son secrétaire en avoit laissé une feuille par mégarde. Il rougit, et nia d'abord; mais, voyant que M. de Guise et moi le soutenions fortement, il nous quitta disant qu'il alloit voir, et la rapporta aussitôt après, si en colère contre son se-

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crétaire , eii apparence , que nous fûmes réduits, pour l'obliger, à lui demander sa grâce, et ce secrétaire m'a avoué aujourd'hui, en dînant à mon logis, qu'il n'avoit rien fait que par l'ordre de son maître. Celui que je trouve le plus homme de parole d'eux tous est le marquis de Malvezzi, et c'est aussi celui à qui le Comte Duc ' a le plus de conlBance. J'ai eu audience de M. le Cardinal infant, où j'ai été traité comme vous l'avez désiré, et il ne s'y est rien oublié, même contre les formes ordinaires; de sorte qu'il n'y a eu aucune différence entre la réception qu'ils m'ont faite et celle qu'ils font à tous ceux qui viennent de la part des ducs de Savoie, de Lorraine et des autres princes souverains d'Allemagne ; même dan3 vos lettres ils vous traiteront d'Altesse Serénissime, et M. de Bouillon d'Altesse. J'ai eu beaucoup de peine sur ce dernier point, et sans quelque manière d'emportement que j'ai eu sur ce sujet jamais M. de Beauvau^, qui étoit ici de sa part, n'eût eu la satisfaction qu'il désiroit tant sur ce sujet, que dans l'audience; cela vous doit faire juger de leurs bontés, vu qu'ils n'ont fort résisté que sur le chapitre de M. de Bouillon , auquel ils savent qu'ils ont toute l'obligation dé votre engagement. J'ai assez de créance à présent avec tous ces ministres. Ce n'est pas que j'y aie beaucoup contribué; mais ils font un bon jugement de moi par le pouvoir que vous m'avez fait l'honneur de me donner, tant pour re-

1. Gasparo Gusman, comte-duc d'OUvarès, premier ministre du roi d*Espagne Philippe IV.

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