La duchesse d'Aiguillon
2. « Madame de Chevreuse Tavoit donné à la Reine pour servir à elle et à la maison de Vendôme. » (Lettre du P. Carré.)
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de cent mille écus. Madame de Chevreuse , qu't est bien avec elle , me continue la confiance qu'eue a toujours témoigné avoir en moi. Je suis bien traité de M. le cardinal Mazarin, qui apparemment sera le ministre ; tout ce qu'il y a ici de gens de qualité recherchent mon commerce et mon amitié. Enfin je suis dans les divertissements des plus considérables personnes de la Cour, et il semble que je suis en état d'accorder le plaisant et l'utile. Avec tout cela, j'ai peur d'un revers. J'ai des amis > qui n'ont pas toute la prudence qui seroit à désirer: ils se font un honneur à leur mode , et donnent des habits si extraordinaires à la vertu qu'elle me semble toute déguisée ; de sorte qu'encore qu'ils ayent toutes les bonnes qualités essentielles, ils s'en servent si mal que l'applaudissement qu'ils se sont attiré ne servira peut-être qu'à leur destruction. Cependant nous sommes plusieurs qui les conseillons; la plupart partageront leur bonne fortune s'ils réussissent , et, quoique leurs conseils soient suivis plus souvent , ils sauront si bien se ménager qu'ils ne seront point enveloppés dans leurs disgrâces s'il leur en arrive. Nous sommes deux ou trois menacés du contraire, car, s'ils sont heureux, nous les contredisons trop souvent pour être les premiers dans leur esprit; et, s'ils sont malheureux, comme nous sommes incapables de biaiser, tout le monde tombera sur nous , et pourra nous accabler. Ils ont pour but de pousser deux hommes dans le ministère, dont l'4in est homme de bien, mais il a l'esprit si fort incapable des. grandes
t. La cabale des Importans.
d'Alex, de Campion. ^87
affaires qu'il n'y sera pas sitôt employé qu'il ne se rende ridicule , aussi bien que ceux qui l'y auront mis * ; et l'autre est fort capable , mais il a plusieurs partis formés contre qui lui donnent à dos à TICS amis, et, s'il arrivoit, nonobstant cela, qu'on pût l'établir, je ne sais si son premier som ne serôîtpasde diminuer les prétentions de ses bienfaiteurs 2. Quoi qu'il en soit, jusqu'ici je n'ai que des espérances , et je fais de la dépense solide , qui n'accommodera pas mes affaires si la Cour ne faisoit rien pour moi,* et, comme j'ai été assez malheureux jusqu'ici, je n'oserois me rien pi;omettre de bon, vu cent circonstances que je vous dirois plus librement que je ne les puis écrire. Comme vous avez l'esprit tout à fait éclairé, je souhaiterois que vous tussiez en lieu où vous me pussiez donner quelquefois vos avis. De peur des changemens, je hâte le plus que je puis mon traité avec madame d'Aiguillon 5. M. du Vigean4 m'a promis de sa part douze mille francs , et un prieuré de deux mille livres de rente pour un de mes enfants. Comme elle n'accorde cela qu'à l'état où elle me voit à la Cour, si je n'y étois plus bien je la connois d'humeur à se dédire de tout et à se moquer de moi. C'est ce que vous peut mander votre.
A P2)ris, ce 12 juin 1643.