François Poussait , baron du Vigean
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a madame la duchesse de montbazon.
LETTRE LXXVL
Outre que je vous ai promis de vous écrire, ce seroit être trop cruel de vous laisser seulement à Rochefort ' sans essayer de contribuer à votre consolation , comme vous disiez à notre joie quand vous étiez à Paris. J'avois raison, Madame , de vous dire ^ue vous auriez commandement d'en sortir, puisque l'on est venu ce matin pour vous le faire , et , si mon avis eût été aussi bien suivi chez Renard ^, vous seriez sortie pour obéir à la Reine; vous n'habiteriez pas la maison de Rochefort , et nous ne serions pas dans le péril dont nous sommes menacés. Il semble que Dieu ne m'ait inspiré de bons avis depuis quatre mois
1. M. de Montbazon ccàvoit fait un bâtiment à Roche-, fort, le plus extravagant qui fut jamais; c'est un château de carte, tout plein de petites tourelles, de lanternes, d'échauguettes et de petites plates-formes. » ( TalUmant des Riaux^ historiette de M. de Montbazon.) Rochefort en Iveiine, petite ville de Bretagne, avec titre de comté; aujourd'hui Rochefort-en-Terre, chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Vannes, département du Morbihan. Son premier château avoit été détruit après la Ligue par ordre de Henri IV; ii ne reste plus du second que des rumes informes.
2. La Reine avoit agréé que la' duchesse de Chevrcnse lui donnât une collation chez Renard, dans le jardin des Tuileries. Madame de Montbazon prétendit que, belle-mère de la duchesse , elle avoit le droit de faire les honneurs de la f|te. Mais la princesse de Condé accompagnoit la Reine ; et c'^it après l'affaire des lettres de la marquise de Fouquerolles, attribuées à madame de Longueville. Madame de Montbazon, priée de se retirer, refusa obstinément. Elle reçut en conséquence l'ordre de sortir de Paris et de se rendre à Rochefort.
d'Alex, de Campion. 389
que pour avoir le déplaisir de les exposer inutilement. Vous avez vu comme j'ai prédit une partie de ce qui est arrivé , sans avoir été presque écouté, parce que l'honneur imaginaire a toujours prévalu sur le véritable , et qu'on a préféré les apparences à la solidité. Vous direz qu'au lieu de vous divertir je me mets furieusement sur le sérieux; mais j'enrage de voir la plupart des gens que vous savez chercher à s'accrocher à la Cour de toute manière, pendant que nos amis ne savent par quel moyen éviter d'en être chassés. Toutefois , pour changer un peu de discours, je vous dirai que la soirée a été mélancolique à l'hôtel de Chevreiise , parcfe que vous n'y étiez pas , et il me semble (fue la même personne oui nous inspiroit les plaisirs les ait traînés avec elle dans sa solitude. Les uns sont tristes par sentiment, d'autres par exemple, et le reste par intérêt. Cependant vous êtes bien heureuse que je vous aie écrit aujourd'hui, car, pour peu que j'eusse attendu, les pleureux eussent été en petit nombre, tout accomplie que vous êtes. Il y a un mois que les rues voisines de vos amis étoient embarrassées de carrosses qui empêchoient le peuple de passer, et, pour peu que le désordre continue, l'herbe percera le pav'é dans leurs cours. La disgrâce est une hideuse bête à la Cour, et une petite faveur qui auroit à sa tête madame de '** ■auroit plus de gens à sa suite que la plus éclatante adversité où vous seriez. Lorsqu'il est ici question de fortune, la beauté et l'honneur perdent la plupart de leurs sectateurs. Il ne faut pas pourtant vous désespérer, Madame : il est encore quelque demi-douzaine d'honnêtes gens qui ne
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se rendentpas, et, pour être battu une fois, il tug faut pas laisser de retourner à la guerre. Tou— iours si , par tenir conseil, nous pouvons resion— ter sur notre béte, tout ira bien ; car nous nous assemblons à toute heure, et, hormis que nous ne concluons rien, nous faisons assez de propositions pour faire la nique aux plus politiques. Vous me dites, hier au matin, chez mademoimoiselle de Vertus *, que , pourvu que vos amis demeurassent fermes dans vos intérêts, vous n'auriez point de regret à votre âdgnement. Vous avez votre compte ; nous pestons à toute heure , et je crois bien que nous aimerions mieux vous suivre que de vous laisser où vous êtes. Votre illustre amie ne vous abandonnera pas, et il faut espérer que nos fautes passées nous feront sages. S'il falloit renoncer à votre amitié pour rare, il y a des gens au monde oui aimeroient mieux passer pour fous toute leur vie. Vous croyez fcien. Madame, que votre pauvre hère ne se dédira pas du service et de l'amitié « qu'il vous a promis, et qu'il vous confirme. A Paris, ce.... d'août 164).
A M. DU PARC RONSENAY.