‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 3 sur 231 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

xiv Préface.

son portrait un coup de pinceau en retranchant les capucinades des Mémoires ; mais il a effacé un des traits de la physionomie de Henri de Campîon. Le lecteur n'y a pas gagné. Il auroit été bien aise assurément de savoir ce qu'étoient les ca|)ucinades d'un homme de guerre du xviie siècle aux prises avec les douleurs de l'âme. Peut-être son cœur s'y seroit-il intéressé ; en tout cas sa curiosité auroit été satisfaite.

Les Mémoires de Henri de Campion n'ont peut-être pas reçu à leur apparition tout l'accueil qu'ils méritoient. Petitot n'en a inséré dans sa collection(i 826-1 829, tome 5 r) qu'un fragment, encore comme pièce justificative à la suite des Jlf^mo/r€5 de La Châtre. Michauden a fait autant, troisième série , troisième volume. Tous deux ont reproduit le texte du général de Grimoard, toutefois avec cette différence cjue le second a retranché lès notes, que lepremier a conservées. Ce fragment est la relation du complot ourdi par le duc de Beaufort pour l'assassinat du cardinal Mazarin. Michaud , comme Petitot, l'a commencé à ces mots : « La duchesse de Chevreuse et lui (le duc de Beatifort) se voyant entièrement décrédités par lés 'mauvais offices du Cardinal, etc. »; et il l'a terminé à ceux-ci : « La crainte que cela ne fît croire le crime aue tout le monde croyoit supposé l'engagea (le auc de Vendôme) à me faire rester, s'imaginant que j'aurois toujours le temps de me retirer s'il en étoit besoin. » C'est-à-dire que l'un et l'autre n'ont rien pris de ce que Campion raconte des poursuites exercées contre lui et les autres complices du prince , non plus que des moyens qu'il a employés pour éviter de tomber entre les mains

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du ministre. Petitot ne s'est pas même donné ia peine de dire ce qu'étoit Henri de Campion , ni comment il avoit été attaché au duc de Beaufort. Michaud a gardé le même siience; mais il a certifié l'authenticité et la véracité des Mémoires.

Sans doute la conjuration de Beaufort est le grand fait, le fait capital du volume que nous publions à notre tour; et elle suffiroit seule pour justifier cette seconde édition , puisque la première est épuisée. On sait, en effet, quel éclat elle fit' au commencement de la régence. Elle valut au duc de Beaufort un emprisonnement qui ne dura guère moins de cinq années, et qui fournit à la Fronde un de ses argumens les plus retentissans contre le gouvernement du Mazarin. Elle abaissa la maison de Vendôme, que la mort de Lioms XllI avoit semblé devoir relever; elle jeta le vieux duc dans l'exil. Elle fit disparoître la coterie des Importans, qui peut-être en attendoit raccomplissement de ses rêves , et elle poussa la fortune du premier ministre, qu'elle avoit pour but de renverser. Quoique le Cardinal eût été informé du coup qui menaçoit sa vie, quoiqu'il connût les noms des principaux conjurés, et qu'il déployât, pour les livrer à la justice , toutes les ressources de la puissance suprême, le secret fut si fidèlement gardé pourtant que Madame de Motteville , ordinairement bien instruite , n'en parle qu'avec hésitation , et que le cardinal def Retz le nie. Ce sont les Mémoires de Henri de Campion qui l'ont dévoilé.

Mais l'intérêt qu'ils présentent ne se concentre pas tout entier dans cette révélation. S'ils ne font, pour ainsi dire, qu'effleurer le curieux épisode

VU) Préface.

remis par M. de Montpoignant consiste dans onze petits cahiers de format in-quarto, dont les trois premiers et les trois derniers sont de la main d'un copiste , et les cinq autres de celle qui a écrit la première note de la relation dont on vient de parler. A la tête de ces onze cahiers, qui ne sont pas tous de suite et offrent diverses lacunes considérables , il y a un feuillet sur lequel on lit :

« De ceci, joint au vieux manuscrit de la vie de M. du Feuguereiy écrite par lui-même et qu'on n'a pu donner telle qu'il l'a écrite, par rapport à plusieurs foiblesses et superstitions indignes d'un homme d'esprit et de mérite tel qu'il étoit, on peut fort bien faire un morceau d'histoire qui ne seroit pas désagréable, y ayant des faits qui ne se trouvent nulle part, etf'avois déjà commencé, en supprimant plusieurs cfioses, comme on peut voir dans le premier cahier; mais, en ayant perdu plusieurs de ceux que j'avois copiés et corrigés, cela est devenu un chaos que je ne puis plus débrouiller, et je donne seulement ce que j'en ai pu retrouver. Cette note est de la mauvaise écriture dont il est question plus haut; et les cahiers qu'elle indique ne contiennent rien qui ne se trouve dans l'ouvrage de Henri de Campion. Le rédacteur s'étoit borné à de légères corrections dans l'exposé des faits , mais sans en altérer aucun, et à changer le style. »

Quand le général de Grimoard commença la lecture des Mémoires de Henri , il ne savoit des messieurs de Campion aue ce qui est dit d'Alexandre dans les Mémoires ae la Châtre et dans ceux du cardinal de Retz. Quand il en fit la publication, quoiqu'il les eûtétùaiés avec attention, commentés avec soin , quoiqu'il fût dans des termes

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d'amitié avec M. de Montpoignant , il manquoit pourtant encore des renseignemens nécessaires pour éclaircir les obscurités de ces titres et de ces notes. Ce ne fut qu'en 1 808 que , poursuivant ses recherches , il eut connoissance de trois volumes publiés, deux en 1657 : Recueil de lettres qui peuvent servir à l'histoire, et diverses poésies, et les Hommes illustres de M, de Campion; le troisième, en 1704 : Entretiens sur divers sujets d'histoire, de politiaue et de morale ; volumes oont nous aurons à parler plus amplement , mais dont il suffit de dire ici qu'ils appartiennent à la vie des trois frères. La même année , il rendit compte de ses rencontres au public dans une lettre qui se trouve au quatrième volume, page 95, du Magazin encyclopédique. Nous n'apercevons pas qu'il ait entrevu alors le jour que le dernier jette sur les manuscrits des Mémoires.

Il est parlé dans la deuxième note du second manuscnt « d'un gros tome de différents manuscrits , corrigés et copiés dans la vue de faire imprimer tout ensemble pour faire une seconde édition des Conversations qu'il contient. » Ces conversations évidemment sont les Entretiens sur divers sujets d'histoire, de politique et de morale. Or l'éditeur de& Entretiens est l'abbé de Garambourg. C'est par conséquent cet abbé qui est aussi l'auteur ae la note. On voit, en effet, dans l'épître dédicatoire à l'abbé de Poiignac, que le volume de 1704 n'étoit en quelque façon qu'un essai qui devoit être suivi d'une publication plus complète. L^abbé de Garambourg s'étoit occupé de cette publication; il l'avoit préparée. C'est ce que la note nous apprend. .

. Deux conséquences sont à déduire de ce fait:

X Préface.

l'une est « que le gros tome de difFérens mam scrits» a été arrangé par l'abbé de Garambouq la note sur ce point est parfaitement claire. L'aut conséquence est que la Relation exacte de tout qui arriva au duc de Beaufort en l'an 164^ a é extraite des Mémoires de Henri de Campion, égah ment par l'abbé. C'est ce que confirme d'ailTeu la note détachée du premier manuscrit : « M

moires d'où j'ai tiré spécialement les anecdot

d'une partie de la vie de M, le duc de Beaufort, »

Ainsi {à Relation n'est pas autographe \ comm Ta cru le général Grimoard ; elle n'est pas d l'écriture de Henri de Campion lui-même , et 1 nom deduFeuguerei, qui se lit à la fin, n'est pa une signature. Ainsi encore les corrections etaddi tions qui ont été faites au premier manuscrit sont contrairement à l'opinion du général, de l'édi leur des Entretiens, puisqu'elles accusent la mêmi main que les notes du second, et non de l'auteu des Mémoires»

Faut-il croire que ce premier manuscrit soi vraiment le manuscrit autographe ? Nous n'ironi pas jusque-là. Il se peut qu'il ne soit qu'une copi€ faite pour être déposée dans les archives de h branche aînée de Montpoignant. « Si mes enfianî veulent être instruits plus particulièrement de leur origine, dit Henri de Campion, page 3 des Mémoires , ils peuvent avoir recours à d'autres mémoires que je leur laisse , et dont les originaux sont entre les mains de nos cousins de Campion-Montpoignant, qui demeurent dans la campagne de Neubourg. » Qu'y auroit-il d'étonnant après cela qu'il eût jugé à propos de mettre en dépôt et comme en sûreté dans les mêmes mains une copie authentique de ses ipémoires P

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En tout cas, le premier manuscrit est à la fois le plus ancien et le plus complet.

Ce manuscrit excepté, tout le reste, manuscrits et notes, étoit la préparation générale de la seconde édition des Entretiens que l'abbé de Garambourg se proposoit de donner. Comment l'avoit-il entenauer II est difficile de le dire. On peut croire qu'il n'a pas toujours travaillé sur le même plan. Ce que nous voyons clairement , c'est, d'une part, qu'il avoit voulu publier la Relation à la suite des Entretiens; la première note du second manuscrit , qui est toute de sa main , étoit sans aucun doute destinée à la terminer. C'est, d'autre part, qu'il a renoncé à son projet , « parce qu'ajant perdu plusieurs des cahiers qu'il avoit copiés et corrigés, cela étoit devenu un cahos qu'il ne pou voit plus débrouiller.»

Tout cela, répétons-le , ce ne sont que des conjectures. Nous regrettons vivement de n'avoir pas pu les vérifier sur pièces ; mais les manuscrits ont disparu après la mort du général de Grimoard. Que sont-ils devenus ? La respectable mademoiselle de Montpoignant , qui représente aujourd'hui la noble maison de Campion, et que le marquis de Blosseville a bien voulu prier en notre nom d'interroger ses souvenirs, nous a fait répondre qu'ils n'avoient pas été rendus à sa famille, et qu'elfe croyoit se rappeler qu'ils avoient été recueillis avec les papiers du général par un grand établissement public de Paris. Nous nous sommes adressés successivement à la Bibliothèque impé^ riale et au Dépôt de la guerre; mais en vain. Les Mémoires de Campion ne s'y trouvent pas , non plus que les papiers du général de Grimoard.

Nous avons été réduits à tirer des remarques -

xxviij Préface.

les archives de la famille. C'est là cju'il a rencontré les Entretiens , dont il s'est fait plus tard l'éditeur; « Il y a cinquante ans, dit-il encore dans la même epître , que les héros de cette petite scène vivoient familièrement ensemble et exerçoient leurs esprits par des disputes et des conférences qu'un d'entre eux prit soin de ramasser et d'écrire. » Et il donne la clef des noms sous lesquels l'auteur a jugé à propos de déguiser ses personnages. Ezicrate, Alexandre de Campion; Phronimony du Feuguerei ( Henri de Campion); Agathiste, Pabbé de Campion; Apiste , du Troncé , beau-frère d'Alexandre ; Gamopéan, des Resvintes; Critobuley de BaiHeiû; Hédomène, de Beauregard; Zénopompe, Émery Marc de la Ferté, soixante-et-onzième évêque du Mans; Nosophiky Viellard , médecin de Dreux; Eugénie, mademoiselle de Fontaine, belle-fiUed'Alexandre; P hilarité , madame de Berville, sœur des trois Campion ; Crisinoë , madame d'Auberville , fille de au Troncé; Eucalie, madame de Quenel, amie et parente.

Les Entretiens sont au nombre de douze; mais les deux premiers nous paroissent une imitation bien plutôt qu'une rédaction des Conférences. Ils ne nous ont rien fourni pour l'intelligence et l'annotation des Mémoires. Ceux dont nous avons pu tirer parti, sont : le troisième, Possession des religieuses de Louviers; le cinquième , De la mort des Épicuriens; le sixième, Que la mort des Épicuriens ne peut être tranquille iJe septième , Du Mariage; le huitième. Les Serpents mystiques; le neuvième, Le plus sûr appui de l'autorité souveraine; le onzième. De la Conduite du ministre. C'est Nicolas Campion qui en a été le rédacteur.

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M. Barbier fait remarquer c^a'il est nommé dans le privilège. C^est une autorité très-valable assurément ; mais elle n'étoit pas nécessaire. Vingt passages du texte prouvent assez que l'auteur des Entretiens est Agathiste , pseudonyme de Nicolas. Les réunions semblent avoir eu lieu quelquefois à Paris ou à Rouen, quelquefois à la campagne, chez du Troncé, chez Alexandre de Campion , suivant les circonstances. L'abbé de Garambourg a négligé un soin qui auroit été fort utile, celui d'en indiquer les dates, au moins approximativement; et il en a pris un dont on se seroit bien passé, celui de corriger le style de l'auteur. Tels qu'il nous les a conservés pourtant, les Entretiens sont très-bons à consulter. Nous y avons puisé avec d'autant plus de liberté c[u'on ne les rencontre que fort rarement aujourd'hui.

A tous ces instrumens de travail qui ont manqué au général de Grimoard, nous avons ajouté ceux aue nous avons pu emprunter au livre récent ae M. Cousin : Madame de Chevreuse et madame de Hautefort. On sait avec quelle autorité l'illustre écrivain a démontré la véracité parfaite du récit aue Henri de Campion a fait de la conjuration au duc de Beaufort. C'est peut-être la meilleure page de son premier volume. Il a confirmé le témoignage des Mémoires par de nombreux extraits des Carnets du cardinal Mazarin et par plusieurs pièces jusqu'à lui inédites. Nous avons cité de ces extraits et de ces pièces divers passages qui nous ont paru nécessaires pour édaircir et pour compléter notre texte.

(^'il nous soit permis, en terminant, de remeraer notre bon ami , M. le marquis de Bios-

XXX Préface.

seviDe , de l'assistance qu'il nous a prêtée avei une bienveillance toute particulière. Nous lu devons les plus utiles renseignemens sur la mai son de Campion et sur les lieux dont la seigneuri lui a appartenu. Nous le prions ici de recevoi l'assurance de notre gratitude.

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