‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 33 sur 231 · A^NÉE · texte numérisé non relu

A^NÉE

en cas qu'il ne fût pas secouru avant le jour des Rois. Lorsque toutes les troupes furent à Sigean, Pon marcha par les montagnes jusqu'à une lieue de Salces^ avec le projet d'attaquer la nuit par la hauteur au-dessus de la place, dans l'espérance que l'obscurité nous seroit favorable. Le maréchal de Schomberg étoit au désespoir d'àyoir une commission où ilitoit assuré d'échouer, mais il craignoit de oerdre sa fortune s'il ne hasardoit pas comme la Cour l'ordonnoit. Il fit la revue oe l'armée, qui ne se trouva que de trois mille cinq cents hommes de pié et de douze cents chevaux; il assembla ensuite le conseil, le duc de Nemours et le marquis de Coilin présens, et manda tous les commandans des corps d'infanterie pour savoir s'ils étoient d'avis d'attaquer. Espanelle, comme commandant du plus ancien régiment, répondit, après avoir consulté avec Jes autres, cju'ils étoient venus pour déclarer que l'infantene exécuteroit tous les ordres qu'on lui donneroit; mais que puisque, contre les andennes règles, on ne les avoit point appelés aux délibérations d'atUqueset d'assauts où il y avoit apf)arence de réussu*, il n'étoit pas raisonnable qu'ils opinassent dans une affaire désespérée, pour mettre les autres à couvert du blâme; qu'ils se bomoient donc à assurer qu'ils ne demandoient au'à obéir. Ensuite le marquis de Coilin, plus nardi que les autres, comme proche parent au cardinal de Richelieu, dit qu'il s'étonr noit que l'on agitât de tenter avec quatre mille hommes une chose qui, selon la vraisemblance, ne. réussiroit pas avec trente mille. Après qu'il eut parié ainsi, les autres déclarèrent hardiment

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qu^l y auroit de la folie à hasarder l'attaque: L'on résolut de s'en retourner, et je crois que je m'en trouvai bien, car j'étMS commandé pour mener les hommes détachés.

L'on nous envoya passer notre quartier d'hiver en Haut-Languedoc. La sortie du sieur d'Espenan de Salces ^ fut tout-à-fait honorable pour lui et utile au Roi, car, à la suite de cette conquête^ l'armée Espagnole fit tant d'insolences et de voleries dans la Catalogne, que cette province se révolta contre son roi Philippe IV, et se donna au nôtre a : elle est demeurée en son pouvoir jusqu'en 1652, que nous perdîmes Barcelone 3; ce qui n'empêche pas que nous ne tenions encore tout le Roussillon et Rose en Catalogne 4. Nous eûmes dans l'Albigeois huit ou dix bonnes villes ou bourgs pour notre seul régiment. J'allai avec trois compagnies à Lautrec^ où je commandai le quartier en l'absence des capitaines. C'est une fort jolie ville, où je passai trois mois très-agréablement ; j'y fis amitié avec une fille de condition et bien spirituelle, qui s'appeloit Lucrèce de Saint-Julien, avec laquelle je passai de douces heures. J'étois presque continuellement dans les bals et les divertissemens de femmes, celles de Languedoc étant les plus charmantes que j'aie

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