octobre
5. Us étoient cinq : deux princes, François-Hyacinthe, qtn moarut Vannée suivante; Chatles-Emmanuel II; et trois princesses.
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gouvernât à leur préjudice, et ayant dans toutes les guerres précédentes pris le parti de l'Espagne contre la France, quoique le Duc, leur frère, eût fait une ligue offensive et défensive avec le Roi, résolurent, voyant les choses changées , de tenter toutes sortes de voies pour mettre le Piémont et la Savoie dans leurs mtérèts; et afin d'y mieux réussir, le cardinal quitta Rome, oùilétoit, pour venir en Piémont, où le prince Thomas se rendit aussi de Flandre, où il commandoit une armée , dans Tobjet d'essayer de se rendre maître du pays, quoiqu'il y eût des troupes françoises pour fortifier le parti de Madame Royale*, car c'est ainsi qu'on l'appeloit. Il y avoit garnison françoise dans la citadelle de Turin et dans Casai, et tout le Montferrat étoit occupé par les forces du Roi , aussi bien que Pignerol , excellente place à la sortie des Alpes, du côté d'Italie, et oui donne la liberté au passage des monts à celui qui en est en possession. Nonobstant les avantages de Madame, les Princes ses beaux-frères ménagèrent si bien la noblesse et le peuple du Piémont, qu'ils les attirèrent la plupart à leur parti,- particulièrement les habitans de Turin, capitale du pays. Lorsqu'ils se virent en état d'éclater, ils les firent armer avec tant de promptitude, que tout ce que purent faire deux mille François oui y étoient en garnison, fut de prendre aussi les armes pour tavoriser la retraite de Madame et de ses enfans dans la citadelle, où ces troupes se jetèrent ensuite pour la défendre.
Les Princes, devenus maîtres de la ville, as;siégèrent la citadelle. Le cardinal de la Valette,
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commandant de l'année françoise en Piémont , ne se trouvant pas en état de reprimer leurs desseins. Ton y envoya le duc de Longueville avec les troupes qu'il commandoit du côté de la Franche-Comté. Ces deux généraux, s'étant joints, marchèrent droit à Turin , et après avoir £ut lever le siège de la citadelle, donnèrent un assaut à la ville par l'esplanade qui la sépare de la citadelle, où il n'y avoit nulle fortification ; mais les Princes se défendirent si bien que les nôtres furent repoussés avec grande perte. L'on fit ensuite retirer Madame et sa famille à Chambéri, en Savoie, pour y attendre les événemens de la guerre. Les généraux, après avoir laissé le sieur de Couvonges I dans la citadelle, avec une forte garnison et les munitions nécessaires, allèrent attaquer d'autres places révoltées, étant alors maîtres de la campagne. Mais pendant ce temps ) c'est-àdire en 1639, le duc de Weimar étant mort de maladie en Allemagne ^, le Roi donna le commandement de ses troupes au duc de Lon^evilie , qui par cette raison fut contraint de quitter le Piémont. Peu après le cardinal de la Valette mourut 3, et cet accident mit les alfaires du Roi et de Madame Royale en grand désordre en Italie. L'on y envoya au commencement de 1640, avec le titre de général, le comte de Harcourt^, auquel on donna, pour commander la cavalerie, le vicomte de Turenne, maréchal de. camp, et
i. Antoine de Stainville , comte de Couvonges. 2. Le 18 juillet 1639.
?. Le 28 septembre 1639.
4. Henri de Lorraine, comte d*Harcourt , plus tard grand écuycr de France.
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les sieurs du Plessis-Prâlin > et de la Motte^wdancourt, aussi maréchaux de camp. Le dermer commandoit un corps à part des troupes que le duc de Longuevilie avoit laissées.
A l'arrivée du comte de Harcourt, le sieur de la Motte n'ayant pas encore joint, il ne se trouva que trois mille hommes de pié et trois mille chevaux. Avec ce petit corps il s'alla poster à Quiers, à cinq milles de Turin , au-delà du Pô , tant pour y subsister, parce que c'est une assez grande viUe dans un bon pays, (^ue pour incommoder les ennemis. Après y avoir été environ six semaines, le prince Thomas sortit de Turin avec six mille hommes de pié et douze cents chevaux, et marcha droit à Quiers, en même temps que le marquis de Léganès, gouverneur du Milanois pour le roi d'Espagne et général de ses années en Italie, passant du Mi&nois dans le Montferrat, se porta aussi par cette direction sur Quiers avec quatorze mille hommes de pié et quatre mille chevaux. Le comte de Harcourt, infonné de l'approche des ennemis par ces deux points, sortit de (^iers, et voyant qu'il n'y avoit pas d'autre parti à prendre que d'aller au-devant du marquis de Léganès ou du prince Thwnas, résolut de marcher au dernier, tant parce qu'il se trouvoit le plus foible, qu'à cause que c'étoit le chemin pour regagner Pignerol. Le Prince attendit les François, que le marquis suivit en queue; mais ils tombèrent si brusquement sur l'armée du pre-
I . césar de Choiseul , comte du Plessis-Praslin , maré- <:hal de France en 1645, duc et pair en novembre i66j. Il é\o\\ alors maréchal de camp du 21 juin i6jj.
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:niier^ qui étoit à la Rotta, qu'ils la défirent entièrement. Le Prince se sauva à Turin avec sa cavalerie. Plus de la moitié de son infanterie iîit taillée en pièces, et le reste pris ou dispersé dans les collines ou les bois voisins du Pô. Le marquis de Léganès se contenta d'escarmoucher avec la queue des troupes du comte de Harcourt pendant ce combat , sans entreprendre de les enfoncer, ce qui fit croire, avec beaucoup d'apparence, qu'il avoit voulu laissé battre le prince Thomas, tant pour le contraindre par le mauvais état de ses affaires de remettre Turin entre les mains du roi d'Espagne, que par suite de la mauvaise intelligence que tout le monde savoit qui étoit entre eux, et qui, dans cette occasion comme dans les suivantes, procura bien de l'honneur au comte de Harcourt, lequel, après cette victoire, alla rafrakhir ses troupes aux environs de Turin,* sans -que personne s'y opposât.
Le marauis de Léganès, sans s'inquiéter du Piémont , alla investir Casai , où il se hâta de faire une circonvallation. Le comte de Harcourt, trop foible pour. secourir cette place, envoya donner avis à la Cour de l'état des choses; mais sur ces entrefaites le sieur de la Motte-Houdancourt le Joignit, et il se trouva à la tète de cinq mille hommes de pié et de trois mille cinq cents chevaux, tous troupes d'élite. La Cour lui ayant laissé la liberté d'agir à son gré, il résolut d'aller attaquer les Espa^ols, quoique de la moitié plus forts et bien retranchés, son humeur des plus hasardeuses ne lui permettant pas de l)alancer. Il marcha donc à Casai et attaqua les retranchemens. Son infanterie fut d'abord re-
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poussée; mais en longeant les lignes avec de la cavalerie, il y découvrit un endroit peu gardé et plus facile que les autres, y donna, passa des premiers, et fut ensuite si bien secondé, le sieur de la Motte étant aussi entré d'un autre côté , que les ennemis abandonnèrent les lignes. Tout . ce que put faire alors le marquis de Léganès fut de rassembler promptement ses troupes, de retirer son canon et de regagner le Milanois. Pendant le combat, le sieur de la Tour », gouverneur de Casai, en sortit avec partie de sa garnison pour joindre et aider le comte de Harcdurt. Le général espagnol ne perdit pas deux mille hommes dans cette action. Il se retira en si bon ordre, qu'on ne lui tua ensuite que peu de monde ; mais il lui en coûta tout le bagage de son armée, et pour la consoler il fut obligé de lui donner des quartiers de rafraîchissement.
Le comte de Harcourt , glorieux de ses grands succès , résolut d'aller investir Turin avec sa petite armée. Espérant qu'on lui enverroit des secours de France, il commença ses approches au mois d'avril , quoiqu'il sût que le prince Thomas avoit dans la place mille chevaux et six mille hommes de pié, dont deux régimens d'Espagnols naturels, outre, pour le moins, dix mille habitants portant les armes. Il forma donc un simple blocus , jugeant bien qu'il n'y avoit pas de raison d'attaauer de vive force une ville qui renfermoit tant de monde et quasi autant de
I . Philippe de Torci , marquis de la Tour. Le marquis de Léganès fut forcé dans ses retranchements devant Casai le 29 avril 1640.
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sens de guerre qu'en son armée. L'on se saisit d'abord d'un faubourg entre la place et le P6^ ensuite des Capucins, qui sont de l'autre côté de la rivière, sur un coteau où il y avoit deux petits forts qui commandoient le pont. L'on éleva la circonvallation, d'un bord du P6 , près le Valen* tin, maison de plaisance de madame de Savoie ; à l'autre, enceignant la ville et environ trois lieues de pays. Lorsque la circonvallation contre les secours fut en défense, on en commença une autre contre les assiégés, à cause de leur grand nombre et de leurs fréquentes sorties, qui • contraignoient nos troupes d'être toujours sous les armes.
Tandis que l'on y travailloit, le marquis de Léganès, ayant assemblé son armée, marcha vers Turin pour le secourir avant que les deux circonvallations lussent achevées. Lorsqu'il eut passé le Pô à Montcalier, le vicomte de Turenne alla avec une partie de la cavalerie et quelqu'infanterie; pour lui empêcher le passage d'une autre petite rivière » qm étoit entre son armée et les Qgnes. Il y eut un grand combat, où M. de Turenne fit merveilles et tua beaucoup de monde aux ennemis, jusqu'à ce qu'ayant reçu une mousxjuetade au travers du corps, il fallut l'emporter, et ses troupes se retirèrent, laissant le passage libre aux Espagnols. Le marquis de Léganès se posta ensuite à la vue des lignes, où il resta un mois pour couper les vivres à notre armée, qui «ssuya de grandes nécessités.
I . La Sangone , qui se jette dans le Pô entre Turin et llontcalier. .1
Ce fut alors que Ton nous envoya ordre , dans le Vivarais, de marcher en diligence au camp devant Turin. Nous étions environ huit mille hommes de pié, qui traversèrent aussi-tôt le Dauphiné pour aller passer le Mont-Genève audelà de Briançon , et de-là par la vallée de Pragelas % Pignerol , d'où , n'osant aller droit à Turin, à cause de l'armée ennemie qui étoit devant nous, nous gagnâmes Veillane, où le vicomte de Turenne, qui n'étoit pas encore bien guéri de sa blessure , nous vint joindre. Nous n'avions pas plus de trois cents chevaux , et marchâmes fort serrés. Pendant ce temps, le marquis de Léganès, n'osant venir à nous de peur que, le comte de Harcourt le suivant , il ne se trouvât entre deux armées, résolut d'attaquer les lignes. Il trouva moyen d'avertir le prince Thomas du jour et de l'heure, et fit deux attaques en plein jour » , l'une le long du P6, vers le Valentin, près le quartier du comte de Harcourt, à laquelle il commanda lui-même les deux tiers de son armée; l'autre à environ une lieue plus loin du côté delà plaine , sur le chemin de France. Don Charles de la Gatta, général de la cavalerie, eut la conduite de cette attaque, dirigée contre le quartier du sieur de la Motte, et formée par quatre mille hommes de pié et quinze cents chevaux. Ces attaques commencèrent en même temps au signal de trois coups de canon. Le marquis de Léganès fut repoussé aorès un combat fort opiniâtre; mais don Charles ae la Gatta fit donner l'infanterie espagnole si hardiment que la nôtre lâcha le