I. Le II juillet
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pié et abandonna les lignes, où les ennemis ouvrirent aus^i^ôt un passage pour leur cavalerie. Le sii^ur dé la Motte étoit avec la sienne de l'autre côté, l'iniianterie qu'il avoit ralliée et un renfort envoyé par le comte de Harcourt. Il vouloit tomber sur les Espa^iols oui étoient le long des .lignes; maïs Marcin », coionel Liégeois, trésbrave «t fort cxpérim«ïté, lui dit que l'infanterie ennemie, ibvonsée par nos lignes, tueroit toute •notre cavalerie sans que celle^ri pût l'enfoncer, >et qu'il falloit attendre que les Espagnols s'éloignassent pour ga^er la ville , entre laquelle et le retranchement il y avoit une lieue de prairie .unie où on les pourroit charger avec avanta^. Le sieUr de la Motte déféra à ce prudent avis. Peu après , Charles de la Gatta passa les lignes avec sa cavalerie et son infanterie, pour s'avaniCer vers Turin, croyaot avoir tout gagné; mais dès qu'il fut au milieu de la praine, la Motte itomba brusquement sur lui avec douze cents che- ,yaux et autant d'infanterie, et mit d'abord en désordre ses^ troupes , qui* ne s'attèndoient pas à cette attaque. La Gatta se décida alors à s'ap^ procher de la ville au grand trot, après avoir .ordonné à son infanterie de faire la même chose .en Jongeant h contreyallation des François. Le sieur de la Motte,* abandonnant la cavalerie, tourna aussi-tôt contre cette infanterie, dont la partie qui étoit dans la prairie fut taillée en pièces . après une aeule décharge. Le reste^, qui s'étoit
I . Jean-Gaspard-Ferdinand , comte de Marsin , gentilhomme du pays de Liège. Il fut, en Guyenne, pendant la Fronde, un des chefii les plus actifs du parti des Princes.
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réfugié dans nos redoutes, y fut attaqué avec tant de furie , qu'il ne s'en sauva pas un homme. La Gatta arriva aux portes de Turin avec ses quinze cents chevaux, en même temps que le prince Thomas y rentroit. Il en étoit sorti avec quatre mille hommes, qui chassèrent et tuèrent une partie de nos gardes avancées du côté de la ville ; mais voyant arriver le comte de Harcourt ui venoit de repousser le marquis de Léganès»
se retira lui-même. Il est certain, d'après le rapport des témoins de l'action , que s'il eût attaqué en même temps que le général espagnol, notre armée ne se pouvoit sauver; mais on croit qu'il aima mieux, comme cela paroît assez, perdre Turin par une composition qui lui faciliteroit un accommodement avec la France , que d'y voir le marquis de Léganès le plus fort; ce qui seroit arrivé s'il eût secondé de bonne foi l'attaque de nos lignes.
Nous arrivâmes au camp devant Turin le lendemain de ce grand combat. Les corps morts des quatre mille fantassins espagnols qui y avoient été tués étoient encore entassés sur le champ de bataille. Le marquis de Léganès repassa le Pô, et nous travaillâmes sans délai à l'achèvement de la ligne contre la ville , où il ne se trouvoit alors guère moins de cavalerie que dans notre camp. Il y avoit des escarmouches continuelles où il se perdoit toujours quelqu'un de part et d'autre. Les ennemis nous fatiguoient jour et nuit par des sorties. La garnison que nous avions dans la citadelle nous aidoit aussi à les tourmenter. Au bout de quinze jotjrs la contrevallation fut en défense; mais
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nous 7 ajoutions sans cesse de nouveaux forts ou redoutes. Le comte de Harcourt nous avoit reçus avec une joie qui ne se peut exprimer. Le régiment de Normandie logea à son quartier avec dix compagnies du réeiment des Gardes Françoises, qui y étoient déjà, et autant de Suisses. Il entroit, tous les jours, le tiers de notre monde en garde aux lignes et redoutes contre la ville. Un mois après notre arrivée , le marouis de Léganès , s'étant fortifié de quelque cavalerie et infanterie , se vint poster dans les collines de l'autre côté du P6 , à la portée dv canon de la place , la rivière enivre lui et nous. Nous avions seulement de l'autre côté nos forts des Capucins, trop bons et trop bien gardés pour qu'il les pût prendre , et l'ancien pont du P6 , au-dessous , pour y aller, et un autre que nous construisîmes près du Valentin, pour passer plus commodément de l'autre côté de la rivière.
La ville se trouva enfin incommodée du trop de cavalerie qu'elle renfermoit , le fourrage commençant à y être rare ; ce qui obligea les assiégés à tenter une sortie de mille chevaux , tant pour soulager la place que pour fortifier l'armée du marquis de Léganès. Ils choisirent une nuit fort noire, et débouchèrent sur le quartier du sieur de la Motte , qui les reçut de manière qu'il n'en passa qu'environ quatre-vingts; soixante fiyent tués, et le reste repoussé oans Turin. Il se trouva parmi les morts une femme qui avoit toujours passé pour un homme chez les ennemis, sous le nom ou capitaine Hendrich. Elle étoit lieutenant-colonel a'un régiment de cavalerie
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allemande , et avoit épousé depuis dix ans , pïour' mieux tromper le monde, une autre femme qui étoit la seule qui sût son secret. Au commencer ment on Pappeloit le capitaine Capon , parce' qu^on ne lui voyoit point de barbe. Elle avoit tué en duel , pour cette injure , un autre capitaine, ce qui la fit laisser en repos. Elle passoit pour un des meilleurs officiers de Parmée des Espagnols, qui, le lendemain de la sortie, envoyèrent réclamer instamment le capitaine Hendrich. On répondit que l'on n'avoit fait prisonnier aucun officier, et on mena les ennemis examiner les mcyrts , où leur surprise fut étrange, quand ils reconnurent pour femme celui qu'ils avoient toujours cru un des plus bravés officiers de leurs troupes. On leur rendit son corps : elle pouvoit avoir quarante ans. On a ajouté beaucoup de fables à cette histoire ; mais ce que j'efi dis est la pure vérité , qui fait voir une grande chasteté dans cette femme , et une discrétion non pareille dans celle qu'elle avoit épousée.
Le prince Thomas et le marquis de Léganès troavèrent une assez belle invention pour s'écrire. Ils firent faire des boulets creux, dans lesquels ils mettoient leurs lettres , et qu'on fermoit avec une cheville de fer à vis. Comme le camp du Marquis étoit à portée du canon de la place, ils -avoient chacun en face les «ns des autres une pièce de canon, avec laquelle ils tiroient à coups perdus lorsqu'ils se vouloient écrire. Nous appellions cela leur courrier. L'on prit deux de ces boulets , que la foiblesse de la charge empêcha de porter jusqu'à la ville. Quand le pnnce Thomas jugea que le fourrage mân-
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queroit à sa cavalerie y il résolut de faire un dernier effort avant que la disette mît les chevaux hoT$ d'état de servir; mais avant de rien entreprendre de sérieux , il Ait presqu'un mois à tenter presQue toutes les nuits de fausses attaques; ce qui obligea le comte de Harcourt, qui savoit que les ennemis ne pouvoient plus guère tenir, à foire coucher toute l'infanterie dans les redoutes et le long des lignes ; nous rentrions le matin dans nos tentes pour nous reposer. Cela dura trente jours, au bout desquels l'infanterie se trouva si fatiguée, que tous les corps chargèrent le chevalier du Repaire ', capitaine, commandant le régiment de Normandie en l'absence du sieur d'Espanelle, qui ne servit pas cette campagne, de représenter au comte de Harcourt qu'une garde de cent hommes par régiment suffisoit pour arrêter le premier effort des ennemis, en prenant de bonnes mesures pour que le reste des corps arrivât promptement afin de la soutenir, et que si on en usoit autrement, il étoit impossible que la plupart de l'infanterie ne pérît dans les fatigues continuelles d'un si long siège.
Le général françois approuva cet arrangement, et n'envoya ce soir-là, pour la garde, que des hommes détachés; mais la même nuit, une heure avant le jour, soit que les ennemis eussent dans le camp (quelqu'un c[ui les avertit de ce qui $['y passoit, soit par un simple effet du hasard, ils tentèrent leur aemier effort. Le prince Thomas sortit de U ville avec toutes ses troupes, et vint
I. Armand de Beaumont, chevalier du Repaire. Il étoit capitaine dès 1617.
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attaçiuer nos lignes et nos redoutes près du Valentin et le long du Pô, vers le pont de bateau par lequel nous communiquions avec les forts des Capucins, espérant, s'il s'emparoit de ce pont, joindre le marquis de Léganès, qui marcha toute la nuit à travers les collines voisines du Pô, et où il étoit campé une lieue plus bas; mais comme il avoit un grand tour à prendre pour éviter nos forts et des défilés difficiles à passer, il ne put arriver à la vue du pont qu'au lever du soleil. Pendant sa marche, le prince Thomas, le croyant plus proche, attaqua nos lignes demi-heure avant le jour, après avoir fait tirer successivement trois coups de canon pour avertir le général espagnol. Ces coups, et la grêle de mousquetades qui les suivit, firent mettre incontinent l'armée sur pié.
Notre régiment se trouva prêt en un instant, et Roqueservières >, maréchal de bataille, vint lui ordonner de marcher promptement vers le Valentin, pour s'opposer aux ennemis. Ce lieu étant assez proche, nous y fûmes bientôt, et y trouvâmes le vicomte de Turenne à la tête de ïa cavalerie, et ralliant l'infanterie qui avoit abandonné les redoutes et les lignes. Aussi-tôt qu'il nous apperçut, il dit à notre commandant d'attaçiuer la redoute la plus voisine, d'où les ennemis faisoient grand feu, et qu'il nous soutien-
1 . La Gazette dit qu'il fut tué d'un coup de canon dans cette affaire. « Il fut regretté, ajoute-t-elle, à cause de son courage, de sa fidélité et de son expérience. » Extraord. du 25 septembre 1640. On ne doit pas le confondre avec-rofficier du même nom dont il est parlé dans une note précédente.-
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droit avec sa cavalerie ^ en attendant que les gardes et les autres corps fussent arrivés. C'étoit au chevalier de Sévigné, comme capitaine^ et à moi, comme lieutenant, à mener les hommes détachés. Je me mis à la tète de trente mousquetaires, soutenus par lui avec cinquante; et à notre gauche Ivemaut ^ lieutenant, et de Breuil, mon capitaine, avec pareil nombre d'hommes dans le même ordre. Le corps marchoit ensuite pour nous appuyer. Nous assaillîmes cette redoute de deux cotés, où les ennemis nous reçurent fort résolument; ils nous tuèrent d'abord la Forêt*, enseigne, qui étoit avec moi, et plusieurs soldats; mais Sévigné, le Breuil, Ivemaut et moi, montàm^ si vite chacun de notre côté, qu'ils se jetèrent dans la prairie vers leur armée, par une ouverture qu'ils avoient faite, et recalèrent leurs troupes qui étoient en bataille derrière. Nous sortîmes aussi de la redoute après y avoir laissé un sergent avec quelques soldats, et rejoignîmes notre régiment, près duquel étoit le comte de Harcourt et toute sa cavalerie ?.
1 . Livernot et Lesseveroaut dans la Gazette. Il avoit été blessé le 19 juillet 16^9 devant Salces; il le fut encore de* vam Coni le $ septembre 1 641. On le verra plus bas nommé dans une note avec Campion.
2. CaïQpion a déjà dit qu'un enseigne du nom de la Forêt avoit été tué en 1637 à la prise de Lons-le-Saulnier. Est-ce une erreur, ici ou là ? Ou bien y a-4-il eu deux la Forêt du même grade ensemble ou successivement ?
). La redoute fiit prise le 14 septembre, a Les sieurs de Sévigny et du Breuil , capitaines, Campion et Livernot, lieutenants audit régiment , détachés avec cinquante hommes chacun, et soutenus par tout le corps, attaquèrent si vivement cène redoute, l'epée à la main, que nonobstant la forte résistance que firent les ennemis , qui témoignoient une ré**
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Il nous ordonna aussi-t6t d'aller reprendre la redoute du bout de notre pont aue les ennemis avoient gagnée, et qui les rendoit maîtres du passage. Comme elle étoit fort grande, il s'y trouvoit cinq cents Espagnols commandés par cinq capitaines et autant d'alf^ès K Le comte de Harcourt poussa avec sa cavalerie jusque sur le bord du fossé , où une mousquetade lui perça son chapeau à fleur de tête. Il Tôta, et le montrant, dit de bonne grâce : Le coup est favorable, sans quitter la place, quoique très-périlleuse^. En abordant la redoute, les ennemis nous firent une fiirieuse décharge, de laquelle le chevalier du Repaire, notre commandant, et Serisi, lieute-- Qant, furent blessés à mort 3. ijous ne laissâmes
Î)as de monter dans la redoute, malgré les efors des ennemis, qui, après que nous les eûmesi
solution de la défendre jusqu'à la mort selon l'ordre qu^ils* en avoient eu, elle fut néanmoins bientôt emportée , et toutce qui s'y trouva dedans taillé en pièces. » Gazette. Extraord.. du 2$ septembre.
Dupleix a copié ce passage presque textuellement dans son Histoire de Louis XllI.
La Gazette ajoute : « Campion , Livemot , Montigny et tous les officiers de Normandie ont fait des actions fort dignes de louanges. »