‹ Mémoires de Henri de Campion, nouvelle éd (volume 2)Chapitre 41 sur 231 · Le 9 septembre · texte numérisé non relu

Le 9 septembre

j. 11 falloit lire Ncuilli et non Nevilli. On le trouve encore dans l'état de la France de 166 1 comme gentilhomme ordinaire chez le roi aux gages de 2,000 livres. Un des espions de Mazarin signale la présence de M. de Neuilly à

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S. M., par laquelle elle lui'mandoit qu'elle avoit été avertie que le grand-écuyer Tavcrît voulu embarquer dans ses mauvais desseins, et qu'il avoit remsé d'y entrer, dont elle lui savoit bon gré, quoiqu'il eût fait la faute de ne pas lui donner avis de cette proposition; que cependant elle l'oublieroit, pourvu qu'il la vînt trouver aussi-tôt, pour lui rendre compte de ce qu'il savoit de cette affaire.

Le duc étoit à la chasse lorsque Névilli arriva. On le ftit avertir aussi-tôt du sujet de sa venue, qui le fit résoudre à faire le malade, pour avoir le temps de songer comme il se conduiroit en cette occasion. Il dit en revenant qu'il avoit la fièvre , et le lendemain on lui frotta le visage et tout le corps d'une certaine eau qui lui fit paroître par-tout des marques de rougeole. Après s'être tait voir en cet état à Névilli, il écrivit au Roi qu'il ne savoit rien des affaires du grandécuyer, ayant toujours été son ennemi, et que sans sa maladie il ne manqueroit pas d'aller trouver S. M. Peu après, Névilli apporta un commandement plus exprès au duc de Beaufort d'aller à la cour s'il ne vouloit qu'on le crût criminel. Il étoit toujours au lit pendant le jour, à cause de sa feinte maladie. Le soir, la duchesse sa mère, le duc de Mercœur et la princesse sa sœur se trouvèrent dans sa chambre, où ils firent venir un prêtre de l'Oratoire, leur confident et très-habile nomme, nommé le Père la Bou-

Anet en septembre 1643 après l'arrestation du duc de Beaufort. Avis de ce qui se disait et faisoit À Anet et touchant Campion,

laye S le sieur de Vaumorin^, qui avoit la confiance du duc de Vendôme , et négocioit toutes ses affaires en France, allant et venant d'Angleterre chaque fois qu'il le falloît, et moi, en qui le duc de Beaufort se fioit déjà entièrement, afin de résoudre tous ensemble ce qu'il étoit à propos de faire pour le sortir de cet embarras. Passionnément amoureux de la duchesse de Montbazon 3, il ne pouvoit se résoudre à quitter la France pour se mettre en sûreté. Il nous dit, qu'après avoir fait quelque temps le malade, il pourroit , changeant souvent de lieu , obtenir par ses amis que le Roi le laissât en repos, ou attendre que les circonstances devinssent différentes. La duchesse sa mère et le duc de Mercœur, qui craignoientque cette affaire n'achevât de perdre leur maison, étoient d'avis qu'il allât à la cour, ou se retirât en Angleterre auprès du duc de Vendôme ; mais le Père la Boulaye , mon frère, qui étoit arrivé pendant notre conférence , Vaumorin et moi, nous étant trouvés tous de la même opinion, nous dîmes que, puisque le Roi avoit commandé deux fois au duc de l'aller trou* ver, il étoit obligé d'obéir ou de quitter le royaume, ne pouvant éviter l'un de ces deux

1 . On verra plus loin qu'il étoit prieur de Vendôme. Or le collège de cette ville avoit été donné par César, duc de Vendôme; en 1 620, aux Oratoriens avec de grands avantages, n est probable que le P. là Boulaye y avoit été placé par le piince, son proteaeur et le bienfaiteur de son ordre.

2. Gentilhomme du duc de Vendôme. Il avoit un frère, nommé Hurliére, qui étoit au comte de Brion , plus tard duc de Dainville.

y Marie de Bretagne, seconde femme d'Hercule de Rohan, duc de Montbazon, mort le 28 avril 16)7;.

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partis, à moins de hasarder sans sujet sa per* sonne et sa maison ; que s'il alioit à la cour, 9 ne falloit pas douter, étant ennemi du cardinal, qu'il ne le fit arrêter comme complice des accusés, ou qu'après l'avoir fait interroger sur l'affaire dont il étoit question, il ne fît courir le bruit qu^il avoit accusé ses amis, afin de lui ôter la réputation d'homme d'honneur et de probité qu'il avoit alors plus qu'aucun prince de France; de sorte que nous pensions que son voyage à la cour ne se pouvant faire sans qu'il perdît l'honneur ou la liberté, le seul moyen d'éviter ces inconvéniens étoit d'aller en Angleterre auprès de M. son père attendre un meilleur temp^.

Après plusieurs autres discours, nous déter^ minâmes avec bien de la peine le duc de Beaufort à sortir de France. Il m'ordonna aussi-t6t d'aller trouver quelques-uns de ses amis, pour qu^ils lui fissent apprêter un vaisseau sur les c6tes de Normandie, et écrivit au Roi pour obtenir du temps, assurant que sitôt qu'il seroit cuéri il satisferoit aux ordres de S. M. Au bout de quelques jours nous eûmes assurance d'un vaisseau quidevoit attendre à l'embouchure de la Seine,

Eres du Havre. Je })artis sans délai pour lui lire trouver des relais sur les chemins, et le fus attendre au Boscferei', près Elbeuf, qui est la maison où je demeure encore à présent. Il s'y

I. Le Boscferei ou Boscferet est un hameau de la commune de Thuîtsignol, canton d'Amfreville-la-Campagné , arrondissement de Louviers, département de TEure. On y voit encore un petit manoir sans aucun carartère d*architec-. :ture qui appartient aujourd'hui à M. ie Haitre.

Année 1642. ij9

rendit au jour marqué, après avoir laissé à Vendôme une lettre pour le Roi, à qui il mandoit que la crainte que les ennemis de sa maison n'empêchassent S. M. d'agir avec sa bonté et sa justice ordinaires Pobligeoit de se retirer en Angleterre jusqu'à ce qu'il l'eût persuadée de son innocence. Cette lettre ne fut envoyée qu'après notre embarquement. De chez moi, nous allâmes passer la Seine à Jumiége ' , et de là près du Havre, où nous apprîmes que la tempête avoît éloigné notre vaisseau des côtes | ce 3ui nous décida à nous enfermer chez le sieur e Mémont à Franqueville», près de Fécamp, où nous fûmes quatre jours, pendant lesquels notre vaisseau revint à Iport ?, petit village proche du lieu où nous étions. Nous nous embarauàmes le lendemûn. Le Duc n'avoit avec lui quêtes sieurs de Vaumorin , de Brillet , son écuyer, et moi, qui avois un valet pour nous tous, la crainte d'être reconnus ne nous ayant pas permis de mener plus de monde 4.

1. Abbaye célèbre de l'ordre de Saint-Benoit, sur la rive droite de là Seine, au-dessus de Caudebec.

2. Hameau de la commune de Contre-Moulins, canton de Valmont, arrondissement d*Yvetot , département de la Seine- Inférieure.

). Mieux écrit Yport, dans la commune de Criquebœulen-Caux, canton de Fécamp, arrondissement du Havre, département de la Seine-Inférieure.

4. Dans une lettre datée de Vert, 1642, Alexandre de Campion rend compte de la fuite du duc ,de, Beaufort au duc de Vendôme. Voir la Lettre 71 à la fm du volume. H y parle d'une circonstance que Henri avoit sans doute oubliée ; c'est qu'après que la résolution du prince eut été prise « il le quitta pour aller l'attendre dans une maison qu'il avoit en Normandie, près de la rivière de Seine. »

l6o M^ÉMOIRES DE CaMPION.

. Nous arrivâmes assez heureusement à Rîéj port d'Angleterre», d'où nous nous rendîmes en poste à Londres. Le duc de Vendôme nous y reçut avec des joies non pareilles. Le duc d'Epernon», le marquis de la VieuvîUe J, le comte de Montresor4, le comte d'Aubijoux5, les sieurs de Fonterailles ^ et de Varicarvillev, y étoient aussi retirés pour se mettre à couvert de la haine du cardinal. Nous passâmes là six mois dans toutes sortes de divertissemens, pendant lesquels le roi d'Angleterre, Charles 1er, gui étoit sorti de Londres aussi bien que la Reine, peu de temps auparavant, après avoir été forcé de signer la mort du comte de Stafford , son favori ^ assembla des troupes et donna une bataille

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