H.-A. de Loménie, comte de Brienne, mort en
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le Duc , d'en envoyer un autre à sa place, après les services qu'il avoit rendus à sa maison. Il ajouta qu'il se sentoit plus d'estime et d'amitié pour moi ([ue pour personne du monde , mais aue je considérasse que si je prenois l'emploi qui! avoit eu d'abord, l'on croiroit qu'il auroit fait quelque faute honteuse, méritant un traitement si extraordinaire , et que si je voulois travailler avec le Père et lui, il seroit ravi d'une assistance si utile.
Je répondis à Vaumorin qu'il voyoit par la lettre du Duc au Père la Boulaye l'ordre que j'avoîs, et que puisque celui-ci, en le lui montrant, m'6toit les moyens* de l'exécuter, je me retirois en l'assurant qu'il ne tiendroit pas à moi qu'il ne continuât sans trouble sa négociation. Je retournai donc à Anet, et dis au Duc ce qui s'étoit passé. Il en voulut toujours mal depuis au Père la Boulaye; mais la crainte de flécher le duc de Vendôme, qui avoit croyance entière en lui et en Vaumonn, fut cause qu'il n'osa les troubler dans leur emploi. J'ai rapporté ce qui m'arriva avec eux pour faire voir qu'il est dangereux à un prince d'employer plusieurs hommes égaux dans une même affaire, s'ils ne sont de profession différente ; car en ce cas la connoissance qu'ils ont que ce ^ui est propre à l'un ne l'est pas à l'autre les fait agir sans envie. Mon retour au^enta beaucoup la bonne volonté que le duc de Beaufort avoit pour moi, par la certitude qu'il eut que la crainte de nuire par ma présence à son rétablissement m'avoit fait quitter de moi-même une commission trèshonorable.
Peu de temps après, le duc de Mercœur eut
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la liberté d'aller à la Cour, et la duchesse sa mère aussi. Ils y furent bien reçus, et obtinrent le même avantage pour le duc de Beaufort, aind que le retour du duc de Vendôme à Anet. Nous fumes, au commencement du Carême, à la Cour, où le duc de Beaufort fut accueilli du Roi, de la Reine et de tous les ministres mieux que je ne le puis exprimer. Il est nécessaire, pour mieux éclaircir ce que j'ai à écrire sur cette année 1643, que je dise Pétat où se trouvoit alors là Cour.
Après la mort du cardinal de Richelieu , qui avoit gouverné dix-huit ans la France avec un pouvoir absolu et une gloire sans pareille, le Roi, qui, dans ses dernières années, avoit cher-^ ché les moyens de le perdre, mais ne l'avoit osé entreprendre, parce que le cardinal avoit l'argent, les places et la connoissance des affaires du royaume, eut une telle joie de se voir délivré d'un nomme qu'il regardoit plutôt comme son compétiteur que comme son ministre, qu'il ne songea plus qu'à chercher les moyens de faire la paix, de soulager son peuple, et de remettre la France en l'état florissant où le roi Henri-le- Grand, son père, l'avoit laissée; mais je crois que Dieu ne voulut pas que celui qui , par sa foiblesse, avoit causé ou du moins souffert tous les maux qui avoient affligé la chrétienté pendant son règne, eût la gloire d'y apporter les remèdes nécessaires, comme assurément il en avoit le dessein. La justice divine voulut retrancher les jours à celui qui avoit persécuté sa mère jusqu'à la mort. Le roi tomba malade le Carême , d'une maladie de langueur, accompagnée d'un flux
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hépatique qui le minoit peu à peu. Ses raéde* cins en eurent très-mauvaise opinion dès le commencement, de sorte que tout le monde étoit en attente de ce grand changement.
Le Roi, après la mort du cardinal de Richelieu, se servit des mêmes ministres qu'il lui avoit donnés, et prit pour chef de son conseil, à sa place et à sa recommandation, le cardinal Mazarin, sa créature, homme qui s'étoit employé heureusement dans plusieurs grandes négociations , d'un esprit souple , accommodant , et toutà-fait propre pour le cabinet. Quoiqu'il flllt Italien , le crédit de la France lui avoit procuré le cardinalat, et il y avoit si longtemps qu'il étoit à la Cour, qu'il la connoissoit pamitement. Il savoit que la plupart des princes et des grands seigneurs avotent été persécutés par son prédécesseur, qui ne s'étoit maintenu que par la violence, et jugea qu'un étranger comme lui ,- sans amis ni parens, devoit s'établir par d'autres voies. Il chercha à s'appuyer des plus considérables personnages du royaume, et comme il savoit que la maison de Vendôme avoit été la plus exposée à la persécution, il crut qu'elle lui seroit d'autant plus obligée s'il la relevoit. Il connoissoit outre cela que le duc de Beaufort étoit alors le prince le plus estimé du royaume pour son courage, son audace, et sur-tout sa probité, tant son voyage d'Angleterre, qu'il n'avoit fait que pour ne pas accuser ses amis, lui avoit acquis de réputation. Il considéroit de plus que ni lui, ni le duc de Mercœyr, son frère, n'étant mariés, il pourroit, en leur faisant épouser ses nièces, contracter une liaison sûre avec ces prin-
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ces , dont les ^ands biens et le crédit i'aideroient à se maintenir. Ces motiiis le déterminèrent à tenter toutes sortes de moyens, et à faire des ouvertures très-avantageuses pour gagner la maison de Vendôme; mais le duc de Beaufon, dont l'esprit n'est pas capable de soutenir une bonne fortune, et encore moins de l'établir, voyam que toute la Cour avoit les yeux tournés sur lui, et se persuadant que la Reine, qui l'aimoit beaucoup alors, se gouvemeroit entièrement par ses conseils quand elle seroit maîtresse, se mit en l'esprit, persuadé outre cela par la duchesse de Montbason et par tous ceux qui avoient été ennemis du cardinal de Richelieu, de ruiner ses parents et ses créatures, qui composoient alors ce qu'il y avoit de puissant dans l'Ëtat, s'imaginant qu'après la mort du Roi, qu'il regardoit comme très-prochaine, la seule affection de la Reine et l'aiae des persécutés lui suffiroient pour en venir à bout. Ces pensées furent cause qu'après avoir refusé l'amitié du cardinal Mazarin, il se déclara hautement l'ennemi de tous ceux ui avoient tenu à son prédécesseur, ce qui ren- [it tous les ministres ses ennemis. Le cardinal Mazarin, se voyant méprisé de la maison de Vendôme, se rallia à la cabale de celle de ilichelîeu ui, étant appuyée du prince de Condé et du ;uc d'Enghien, son fils, qui avoit épousé sa nièce ', ne se pouvoit perdre sans mettre l'Ëtat en grande confusion.
I. claire-Clémence de Maillé-Brézé , fille d'Urbain de Maillé-Brézé et de Nicole du Plessis-Richelieu, sœur du cardinal.
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-Pendant ces intrigues, le Roi diminuoit toujours, et à Pâques sa maladie le laissoit sans espérance. Le duc de Beaufort ne quittoit point Saint-Gennain, ni moi lui. En ce temps le duc d^Enghien partit pour aller commander l'armée de Champagne * et pour s'opposer aux Espagnols, qui assiégèrent Rocroi peu après. Le duc d'Orléans et le prince de Condé étoient à la Cour avec la plupart des grands du royaume. Le duc de Beautort avoit toute la confiance de la Reine. U arriva alors pour son malheur qu'il prit une foiblesse au Roi, malade au château neuf de Saint-Germain; la Reine, M. le Dauphin, le duc d'Anjou, son frère, et toute la Cour, logeoient au vieux. La Reine, avertie de l'extrémité où Vùn croyoit le Roi, envoya quérir le duc de Beaufort, et lui dit aue, comme il étoit l'homme du monde en qui elle se fioit le plus, elle lui en vouioit donner une marque considérable; que le Roi étant à l'extrémité , elle alloit se rendre auprès de lui; qu'elle laissoit ses enfans entre ses mains pour lés garder, et empêcher ^ue les princes du sang ne s'en saisissent, s'il amvoit faute du Roi , et que pour qu'il le pût plus facilement, elle aliott ordonner aux commandans des Gendarmes, des Chevaux-Légers, des régimens des Gardes Franç(Mses et Suisses, de ne point reconnoltre d'autres ordres que les siens; ce qu'elle fit à Fheure même, et alla ensuite trouver le Roi, de même aue le duc d'Orléans et le prince de Condé. Le duc de Beaufort fit aussi-tôt mettre les gardçs. sous les armes, et les fortifia des compa-